Hbnnebert. — Histoire d'Annibal. Paris
2. Les routes romaines étaient de véritables constructions à chaux et h sable ; elles se composaient de diverses couches de maçonnerie, encaissées dans une tranchée ou cuvette creusée
L'occupation grecque et phénicienne de la côte gauloise, qui remonle à six ou sept siècles avant Jésus-Christ, ne s'est pas bornée d'ailleurs à la fondation de quelques comptoirs échelonnés le long de la mer. Un grand nombre de villes de la zone littorale, situées assez loin du riv*-ige et dans la vallée du Rhône , ont été sinon conquises , du moins agrandies, habitées et enrichies par les émigranls de rionie, au lendemain de la fondation de Marseille.
dans le sol, à un mètre environ de profondeur, et surmontées soit d'une chaussée d'empierrement, soit d'un pavé en gros blocs polygonaux irréguliers, mais très bien Taccordés, de granit ou de lave basaltique, assujettis sur un mussif formé de trois assises différentes superposées, savoir :
La couche inférieure — statumen — composée de grosses pierres plates, le plus souvent sans liaison, reposait sur une couche de mortier de 2 à 5 x^entimètres d'épaisseur ;
La couche médiane — rudus — était établie en béton et formée de pierres concassées, noyées dans delà chaux vive ou du ciment, et fortement battues;
La couche supérieure — nucleus ou noyau — formait la chaussés proprement dite; elle avait une épaisseur de 20 à 50 cenlimètres et était composée d'une couche imperméable de ciment mélangé de fragments de poteries, de briques, de pierres volcaniques, de scories de fer (d'où le nom assez commun de camin ferra dans les contrées métallifères comme le Vivarais et ie Haut Languedoc) et en.général de débris de toute nature présentant une très grande dureté.
LE PAYS DU SEL ET LE CANàL M, REAUCAIRE. 11
D'autre part, la présence des Phéfliciens dans ces mêmes villes est au moins contemporaine de l'occupalion grecque, si elle ne lui est pas quelque peu antérieure ; et des découvertes archéologiques récentes oM déniontré l'existence d'une ancienne voie phénicienne qui reliait toutes les colonies établies sur le littoral de la GeHo^LigUTie.
Cette route, de proportions grandioses, existait, d'après le témroignage de Pôlybe, à l'époque de Ja deuxième guerre punique.; on rap['>elailt encore la voie Héracléeaine, via Heraclea ou Hermlea; et elle desservait tous les comptoirs phéniciens dont quelq«ies-uns ont conservé a^ssi ce nom générique de villes Héracléennes, en soiflvenir d'Hercule, leur légendaire fondafeur. Telle était antre autres V.Heraclea bâtie dâ'ns l'estuaire du ftbône, berceau de la ville et du port de Saint-Gilles, que l'exhaussement du fond de la lagune, les inondatioms et les atterrisseraente du fleuve ont condamnés dei|3uis plusieurs siècles à une décadence complète.
<Oette réminiscence d'ïîercuèa, dont le mom a servi pour désigner à la fois la route antique et les villes échelonnées sur son parcours, est une preuve indéniable de l'occupation phéni-
cienne. Hercule ou Héraclès, en effet, n'a jamais été un dieu hellénique ; ce n'est que la transformation adoucie et poétisée par les Grecs du terrible Melkartli tyrien, le « Dieu fort par excellence », qui était adoré à Tyr, à Sidon, à Carlhage et dans toutes les colonies phéniciennes de la Méditerranée ^
On sait que l'une des plus anciennes traditions de l'Orient, qui s'est répandue successivement de l'Asie en Grèce, en Italie et en Gaiile, où elle a subi un très grand nombre d'altérations, parle de voyages accomplis par le héros tyrien sur tout le littoral de la mer Ligustique ou Tyrrhénienne, depuis l'ancienne Calpé phénicienne, où se trouvaient les célèbres colonnes d'Hercule, jusqu'au port de Monaco, dont le nom caractéristique Monoïcos — ijlovoç oix^, seul dans la maison — rappelle le temple consacré au culte exclusif du demi-dieu voyageur et conquérant.
l\ est à peine besoin de dire que cette légende n'est qu'un symbole, et que le dieu Hercule n'a jamais réellement existé. Ce voyageur intré-
1. Amcdée Thierry. — Hist. des Gaulois, première partie, ch. r. Paris, 1878.
pidc et bienfaisant, fondateur de villes, vainqueur des barbares, destructeur des monstres, posant et reculant tour à tour les bornes du monde, n'est, à vrai dire, que la figure du peuple lui-même qui a accompli celte migration armée et exécuté ces grands travaux. C'est, en définitive, le génie tyrien personnifié et déifié; et la légende du dieu, chantée et embellie parles poètes, devient un véritable document pour la critique moderne, si on considère qu'elle n'est en réalité que l'histoire même de ses adorateurs^
Il est donc constant aujourd'hui que la grande route Héracléenne, dont on a trouvé tant do tronçons sur le littoral entre les Alpes et les
1. Arist. — De mirab, auscultât,, éd, Did., t. IV, l'"* part.