C. LXXXV
Amm. Marc. — xv.
DioD. Sic. — L Y. — Sïl. Ital., I, v. 560 et suiv.
L'abbé J. J. L. Barges. — Recherches archéologiques sur les colonies phéniciennes établies sur le littoral de la Celto-Ligurie. Paris, 1879.
Pyrénées, a été constraite par les Phéniciens près de huit siècles- avant notre ère. On: peot même affirmer que cette route! a'a été que la régularisation des anciens sentiers frayés par les Ibères, les Celtes et. les Ligures,, dont la présence dans la région méridionale de la Gaule remonte au seuil même des temps historiques; et la configuration du sol ne permet pas, sauf quelr ques variantes de peu d'importance, de lui donner une direction et un tracé différents de ceux de la voie Âurélienne, de la voie Domitienne et de la route royale qui fut une des grandes œu- ' vies de l'administration de nos provinces.
Ainsi on le voit : l'homme parcourt depuis bientôt trente siècles la même route. Le voyageur inconscient, qui circule à grande vitesse entre Perpignan et Nice, suit à très peu près le mêihe itinéraire que les barbares de l'ancienne Celtique, les commerçants de la Grèce et de la Phénide, les colons dç la Narbonnaise, les armées de la république et de l'empire, les serfs et les vassaux de notre poétique Provence et de notre vieux Languedoc ; et le tracé primitif, dessiné instinctivement par les peuplades nomades qui ont sillonné notre sol à ces époques indécises et confuses qui touchent au seuil même
LE PAYS DU SEL ET LE CAlVAL DE BEAUCAIRE 15
de riiistoire, est deveau tour à tour la route marchande des trafiquants de l'Orient, la voie militaire et administrative des légions romaines, la grande artère de& États de la Province, l'un des principaux éléments de notre réseau de routes nationales et presque Tassiette de notre chemin de fer moderne^
L'étude géologique du terrain sur lequel se développe cette route véritablement historique, qui a survécu à toutes les civilisations et s'est perpétuée presque sur place à travers les âges et les peuples, élargit bien autrement l'horizon et nous donne sur l'état ancien du pays des indications non moins intéressantes que celles de l'histoire et de l'archéologie.
En quittant la rive droite du Rhône, la route se dirige vers les Pyrénées dans la direction de l'est à l'ouest ; et l'examen le plus sommaire du sol permet de reconnaître que toute la région
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qui s'étend au midi de cette ligne jusqu'à la mer est recouverte d'une épaisse couche de cailloux roulés, entrecoupée de distance en distance d'étangs saumâtres, de flaques d'eaux stagnantes et de dépôts de limons tout à fait récents. Nulle part dans cette immense plaine on ne rencontre le rocher. Partout la terre meuble, des alluvions récentes et des marais; et, lorsque le caillou n'est pas apparent à la surface, il suffit de creuser à une très faible profondeur et de traverser la couche d'humus et de terre végétale qui constitue comme Tépiderme vivant de notre globe, pour le retrouver sur une épaisseur de plus de 20 mètres. Tous ces cailloux viennent du Rhône et de la Durance. Ce sont des fragments de rochers que les deux fleuves ont arrachés des gorges de leurs vallées supérieures et qu'un cataclysme violent, connu dans la science sous le nom de dihivium ou de « déluge alpin», a précipités, comme une monstrueuse avalanche, dans la région des embouchures. Le torrent boueux s'est alors arrêté devant la masse inerte des eaux de la mer et s'est répandu dans le golfe, qu'il a comblé \
1. Élie DE Beaumo^t. — Leçons do géologie pratique professées au Collège de France, 1845-44. Paris, 1845.
Ainsi, en remontant à Torigine de notre période géologique moderne, celle que l'on désignesous le nom de période quaternaire, on voit le Rhône et la Durance se jeter tous deux à peu près au même point de la Méditerranée, au centre d'une large échancrure demi-circulaire , dont la montagne de Fos, dans les Bouches-du-Rhône, et celle de Cette, dans le département de THérault, forment les deux extrémités, et qui présente une courbe très régulière, longeant le versant méridional de la chaîne des Alpines, le grand massif des carrièresde Beaucaire et la ligne continue de collines au pied desquelles se développe la route plusieurs fois séculaire dont nous avons parlé plus haut.
Cette route a été jadis tout à fait littorale et dessinait la falaise même de la mer primitive qui existait sinon à l'origine des temps historiques, du moins aux premiers siècles de notre époque géologique actuelle. Le diluvium a rempli ce golfe et a donné naissance à une immense plaine presque horizontale, mais qui a conservé une légère inclinaison vers la mer. Ce fut la grande Crau, dont le nom rappelle parfaitement l'origine (xpavaoy 7T£(îtov, plaine basse et pierreuse) et qui comprenait autrefois le grand triangle dont Beaucaire, Fos et Cette forment les trois
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sommets*. Sur celte mer de cailloux roulés, le Rhône et la Durance ont continué à rouler pendant de longs siècles, en suivant des lits sinueux dont le nombre et la direclion ne sauraient être exactement déterminés à travers tous les âges, et qui ont dû nécessairement varier un très grand nombre de fois en laissant sur leur passage de larges traînées de sables et d'alluvions. Telle est l'origine de la vaste plaine qui comprend non seulement la région cultivée, située à droite et à gauche du canal de navigation de Beaucaire, mais encore toute la zone littorale, coupée d'étangs, de fondrières et de marais, zone intermédiaire entre la mer et la terre, diibium ne terra sit an pars marisy comme disait déjà Pline, et que l'exhaussement continu du sol rattache de plus en plus au continent.
On conçoit sans peine qu'un territoire aussi récent et aussi plat a dû être bien des fois re-