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en sommeil jusqu’à ce que les grands « troncs » transcontinentaux aient permis de les exploiter. De même, dans le Sud-Oranais, il a fallu le chemin de fer de Colomb-Béchar pour révéler la petite houillère de Kenadza. Même dans nos vieux pays, il arrive que la construction d’un chemin de fer détermine le fonçage d’un puits. Ainsi la mine de Heinitz a été ouverte en 1847 pour approvisionner en charbon la voie ferrée que l’on établissait à cette époque (1). Si une partie des mines du Sulzbachtal (Jägersfreude, Dudweiler, Sulzhach, Friedrichsthal) sont antérieures à la construction du chemin de fer, du moins celui-ci a-t-il amené le développement des vieilles exploitations et la création de nouvelles : Reden, Altenwald.
D'une façon générale pourtant la mine a précédé le chemin de fer. Dans le Fischbachtal, Camphausen, Brefeld, Maybach ont été ouverts en 1871, tandis que la voie ferrée n’a été mise en service qu’en 1879; mais comme les mines avaient été établies dans la vallée, elles ont pu être desservies sans difficulté, soit directement, soit par l’intermédiaire de voies en épi. Presque toutes les mines, même les plus récentes, ont ainsi attiré la voie ferrée. Quelques-unes cependant, comme Steinbach (aujourd’hui fermée) et Frankenholz, évacuent leur charbon soit par un dispositif à chaîne, soit par transporteur aérien, le transport du personnel étant assuré par la route.
Quant aux nouveaux puits en cours d'équipement sur le Plateau Lorrain, ni l’un ni l’autre n’ont été établis immédiatement contre la voie ferrée; on s’est contenté d’un raccord en épi. En somme il existe, en ce qui concerne leur localisation réciproque, indépendance de la mine et de la voie ferrée. Pourvu que la liaison s’opère dans des
conditions économiques, il n’est pas du tout indispensable que la mine trouve le wagon à sa portée.
ù) La mine dans le paysage. — Même desservies par une gare, étoffées de quelques maisons d'employés, parfois d’une auberge ou d’une école, des mines comme Von der Heydt (Amelung), Steinbach, Maybach, Heinitz même modifient peu le paysage naturel. Elles ne constituent point des villages où les hommes vivent rassemblés et retenus à cette place par un certain lien entre les maisons et le terroir qui les porte. En Sarre, les maisons des mineurs sont souvent loin de la mine. Hameau solitaire, celle-ci s’anime trois fois par jour, à la relève des équipes, pour retomber ensuite dans le silence des bois.
Ce spectacle, il est vrai, se modifie sous nos yeux, en Lorraine surtout, où le progrès de l’industrie houillère se poursuit à un rythme
(1) ScHLEcHTENDAL [98], p. 113.
plus fiévreux, moins économe des champs et des arbres. Ici la forêt saute de toute part; les arbres abattus font place à des maisons; des cités ouvrières s'installent dans les clairières. <
En Sarre, l’évolution vers la concentration urbaine, quoique plus ancienne, n’est pas partout très avancée et tous les stades sont représentés depuis les mines-clairières (Steinbach, Maybach) qu'on découvre seulement à la silhouette géométrique des puits perçant la forêt dense, jusqu'aux mines-faubourgs [ Hostenbach, Victoria (Püttlingen)] reliées à une localité par une rue bordée de maisons. Enfin dans les vallées de la Sarre et du Sulzbach l’évolution est achevée. A Louisenthal, à Dudweiler, à Sulzbach, à Friedrichsthal, le puits est au milieu de l’agglomération — un vieux village rural devenu, grâce à la mine, un petit centre urbain. Ainsi l’histoire du bassin minier se lit dans le paysage.
En dépit de cette évolution qui tend à faire perdre aux puits leur caractère si original de mines-clairières, le cadre de verdure subsiste un peu partout, à peine défraîchi par le passage quotidien des hommes. C’est qu’une exploitation centenaire concentrée sur quelques points est moins dévastatrice qu’une industrie en perpétuelle migration. La conservation de la forêt sarroise atteste en définitive que, s’il y a eu des déplacements locaux pour différents puits, et pour la zone d'extraction une poussée continue vers l'Ouest et vers le Sud, l’industrie houillère dans son ensemble fait preuve, depuis cinq siècles, d’une grande fixité.