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LA STRUCTURE GÉOLOGIQUE

La répartition géographique des puits de mine a donc reflété, depuis trois siècles, les méthodes d’exploitation qui ont été successivement en usage. Mais elle a toujours été étroitement liée aux conditions géologiques, à laffleurement ou à l’allure en profondeur des veines de charbon, L’extraction a commencé par le Nord-Est parce que c’est là surtout qu’affleure le charbon, et elle s’est étendue vers le Sud et vers Ouest à mesure qu’on retrouvait en profondeur les veines connues en surface.

a) Nature des couches. — Les terrains d’âge carbonifère qui constituent le Bassin de la Sarre forment un ensemble d’une puissance

de 4.000 mêtres environ (1) dont on ne connait pas la base. Ils se divisent en couches d’Ottweiler (Stéphanien) au sommet, et en couches de Sarrebruck (Westphalien) à la base, séparées par l'horizon du conglomérat de Holz. Les couches d’Ottweiler sont stériles à l’exception de bancs très minces jadis exploités en galeries dans le Palatinat. Cependant, dans l’assise inférieure de cet étage s’intercalent deux veines de houille sèche à longue flamme, dite houille « maigre », exploitées encore aujourd’hui à Ensdorf.

Les couches de Sarrebruck constituent l'étage productif par excellence. Elles contiennent quatre faisceaux principaux : flambants supérieurs, flambants inférieurs, gras et Rothell séparés par des stampes stériles ou par des bancs-repères, les Tonstein (?). La division qui a l'intérêt pratique le plus considérable se place à la hauteur du Tonstein 2, qui sépare le faisceau inférieur des charbons flambants du sommet du faisceau des charbons gras. Au total, on connaît 567 veines représentant une épaisseur de 130 mètres de charbon; 95 seulement, avec une puissance totale de 45 mètres, sont actuellement exploitées.

Les veines de houille se sont formées, comme un sédiment ordinaire, sur les bords d’une nappe d’eau douce envahie par une végétation de roseaux, de fougères et de conifères. On ne connaît pas ici de formations marines comparables à celles qui existent en Westphalie ou dans le Nord de la France. On a pu cependant établir que le faisceau inférieur des gras représente la partie supérieure de Passise d’Anzin, tandis que le faisceau supérieur correspond à l’assise de Bruay (*).

b) Tectonique. — Les couches carbonifères ont été plissées au cours même de leur dépôt en un grand anticlinal de direction NE-SO fortement déversé vers l'Est. Il en résulte que toutes les couches connues par sondage affleurent à la surface, les plus anciennes suivant l'axe de l’anticlinal de Jägersfreude à Frankenholz, les plus récentes sur les bords du synclinal de la Prims. Les couches plongent vers l'O-NO avec un pendage qui, de 35 à 40° près de la voûte, diminue progressivement vers l'Ouest (fig. 24). De ce fait, les mines de charbon gras sont pour la plupart dans la partie orientale du bassin.

En Moselle, les divisions du houiller productif sont pratiquement les mêmes que dans la Sarre : flambants supérieurs, inférieurs (réunis

(1) 4.500 mètres à la hauteur de Dudweiler.

(2) Entre les flambants inférieurs et les gras se place le faisceau de Geisheck, exploité entre Neunkirchen et Reden et, en Lorraine, au puits Simon.

(3) P. BERTRAND [30 bis], p. 383.

sous le nom d’assise de la Houve) et gras. On retrouve à Merlebach la disposition en anticlinal dissymétrique et déversé vers l'Est. Cet anticlinal est doublé à l'Est depuis Petite-Rosselle par un deuxième anticlinal plus aplati dont l’axe passe à peu près par le puits Simon, au Nord de Forbach (1) (fig. 23); à la hauteur de Lauterbach s’ajoute à l'Ouest un troisième anticlinal encore plus aplati. Il est difficile de dire si l’anticlinal Simon est bien, comme le pense E. Sivrarp (?), la continuation de l’anticlinal principal de la Sarre ou si, par suite d’un décrochement à la hauteur de la vallée de la Sarre, il faut chercher plus à l'Ouest la continuation de ce dernier.

Tous ces plis ont été affectés d’ondulations transversales très prononcées. Suivant une direction parallèle à celle du plissement, on ne rencontrera donc pas toujours la même couche à la même profondeur. Ainsi l'étage des gras commence à — 366 mètres dans le dôme de Clarental, tandis que dans le synclinal de Burbach le sondage du Rastpfuhl a été arrêté à — 475 mètres sans qu’on soit sorti des flambants (*). La veine 1 des gras qui est recoupée à + 80 mètres à Frankenholz se trouverait, s’il n’y avait pas eu d’érosion, à + 900 mètres à Neunkirchen et à 1.200 mètres entre Saint-Ingbert et Hirschbach. C’est ce bombement transversal autant que le pli longitudinal qui a localisé l'exploitation pendant longtemps entre la Sarre et la Blies.

En règle générale, la puissance des veines diminue de l’Est à l'Ouest, celle des stériles varie en sens inverse. Aïnsi le faisceau supérieur des flambants comprend à Reden une vingtaine de veines d’une puissance totale de 24 mètres. Le même faisceau, au sondage 5 d’Ensdorf, comprend encore 24 veines, mais qui ne représentent plus que & m. 45 de charbon. Inversement, la stampe stérile qui sépare les flambants supérieurs des flambants inférieurs a une puissance de

460 mètres à Von der Heydt, de 750 mètres à Louisenthal (sondage de Alsbachtal).

c) La grande faille du Sud. — L'inclinaison régulière résultant du plissement a été modifiée par de très nombreuses failles. Le prin- <ipal de ces accidents, la grande faille du Sud, connue de Sarrebruck à Frankenholz, a provoqué l’effondrement de tout le flanc Sud-Est de l’anticlinal principal. Au sondage de Stuhlsatzenhaus, à l'Est de Dudweiler, le toit des couches inférieures d’Ottweiler, qui

(4) C. Barrois, P. BERTRAND et P. Pruvosr [25].

(2) E. SrvrarD [7].

(3) Tous les résultats des sondages d’avant-guerre sont cités d’après les indications de J. Scuzicker : Die Aufschlüsse der staatlichen Tiefbohrungenim Saarrevier.

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F1G. 24. — COUPE SCHÉMATIQUE A TRAVERS L’ANTICLINAL PRINCIPAL A LA HAUTEUR DE HIRSCHBACH

(d’après la coupe 16 de l’Atlas) Echelle 1/30.000.

sont encore improductives, a été trouvé à 600 mètres de profondeur. Les couches de Sarrebruck sont présentement inexploitables à cet endroit. On a donc considéré pendant longtemps que la grande faille du Sud marquait, entre Sarrebruck et Wellesweiler, la limite du bassin houiller. Ceci ne peut plus être considéré comme absolument exact depuis que les recherches exécutées en 1922 à Jägersfreude et en 1923 à Hirschbach ont permis de retrouver au mur de la faille les couches de gras en dressants renversés (1). Mais pratiquement l'exploitation ne pourra guère dépasser le grand accident longitudinal.

Au Nord, dans la région de Bexbach, la faille s’aplatit et prend les caractères d’une surface de charriage qui a amené les couches d’Ottweiler par-dessus l'étage moyen des gras. Plus loin la faille du Sud a laissé en place une partie du flanc Sud-Est de l’anticlinal. Le siège de Frankenholz piqué au sommet de la voûte exploite toujours les veines du flanc Nord- Ouest, mais déjà à Nordfeld on est dans les veines de pendage opposé. L’exploitation a pu ainsi se poursuivre en Palatinat, mais dans des couches plus récentes par suite de l’abaissement d’axe du pli.

Au Sud de la Sarre on a cherché longtemps la continuation de la grande faille du Sud et on a cru en retrouver les traces dans des tronçons de faille qui ont atteint des terrains plus récents, notamment au Sud de Hombourg-Haut. Les recherches exécutées depuis 1920 ont montré qu'il n'existait aucune discontinuité entre l’anticlinal de Merlebach et l’anticlinal Simon.

Les sondages ont rencontré le charbon à

Morsbach et à Cocheren et l'extraction pourrait s'étendre de ce

(1) E. Srviaro [57].

côté si la profondeur n’augmentait rapidement sur la retombée orientale de l’anticlinal Simon. Il est vrai qu'à cette plongée doit succéder à l'Est une nouvelle remontée : cela expliquerait que les sondages aient rencontré la houille en Lorraine (à Mont-sur-Meurthe) à une quarantaine de kilomètres à l'Est de l’axe de l’'anticlinal Merlebach—Faulquemont—Eply (t). De toutes façons l’absence de faille longitudinale élargit considérablement le champ de recherches, au Sud de la Sarre.

d) Allure du gisement dans le sens longitudinal. — Les failles transversales n’atteignent nulle part l'ampleur de la grande faille, mais des rejets de quelques centaines de mètres suffisent à interrompre la continuité d’une exploitation. Les failles constituent ainsi les cadres rigides des cellules d'extraction. Au Nord de Reden et d’Itzenplitz, la faille Circé marque la limite actuelle du bassin vers le Nord-Ouest (abstraction faite du nouveau puits Marcel-Bertrand), les veines de charbon se retrouvant près d’Ottweiler à plus de 1.000 mètres de profondeur.

Une série de failles Nord-Sud et NO-SE limite le champ des mines du groupé Est, mais l'exploitation reprend à l'Ouest de ces accidents et s’étend jusqu’à Dilsburg et Schwalbach, sans que de ce côté le bassin soit limité par des failles. Mais, en s’éloignant de l’axe de l’anticlinal, on ne rencontre plus que des houilles maigres dont l'exploitation s’est montrée, dans les dernières années, peu rémunératrice; d'autre part, l'épaisseur des stampes stériles augmente, ce qui constitue une limite pratique à l'exploitation. |

Au Sud la faille de la Sarre, dont on a discuté plus haut le rôle morphologique, relève le compartiment dans lequel coule la rivière et ramène les gras au niveau des flambants inférieurs. On peut donc exploiter encore les gras au Sud de la Sarre, à Fenne et à Velsen. Au Sud-Ouest de ce point, le houiller s’enfouit définitivement sous les morts-terrains, mais il demeure très accessible et les gras sont encore exploités aux puits Saint-Joseph et Saint-Charles de Petite-Rosselle, ainsi qu'aux puits Sainte-Fontaine et Cuvelette de Sarre et Moselle. Les sondages exécutés depuis la Guerre dans le Warndt ont rencontré les couches les plus riches, gras et flambants inférieurs, dans un domaine minier entièrement vierge. Les flambants exploités à Hostenbach disparaissent à l'Ouest de ce siège vers Differten, mais sont

(1) R. Zeirser : Plantes houillères des sondages d’Eply, Lesménils et Pont-à- Mousson (C. R. À. 18., t. 140, 27 mars 1905) et : Sondage de Mont-sur-Meurthe (C. R. A. S., t. 145, 31 juillet 1907).

encore exploitables au delà de la frontière à Creutzwald (la Houve), sur le flanc Nord-Ouest de l’anticlinal de Boucheporn.

Au Sud-Ouest des trois mines lorraines actuellement en exploitation, la profondeur augmente : les assises du Muschelkalk, puis du Keuper, viennent se superposer à toute l’épaisseur du Grès bigarré. Le faisceau des gras cesse définitivement d’être exploitable (1); mais les flambants sont encore accessibles (2?) et peuvent même être rapprochés de la surface par des ondulations transversales sur lesquelles on a naturellement campé les nouveaux puits de Folschviller et de Faulquemont. Dans le premier, la houille a été rencontrée à 550 mètres

de profondeur, et on pourra exploiter les faisceaux supérieur et moyen des flambants (3): Tous les sondages effectués dans la concession de Faulquemont ont donné des résultats positifs : ainsi celui de Tritteling a recoupé jusqu’à 1.250 mètres 18 couches exploitables, représentant 24 mètres de charbon; celui de Stocken a recoupé jusqu’à 1.516 mètres 22 couches et 29 mètres de charbon. Par contre, à l’Ouest de la vallée de la Nied allemande, sur la concession de Créhange, on n’atteint plus que les couches d’Ottweiler avec leurs petites veines de houille maigre.

Au delà de l’ancienne frontière franco-allemande, les sondages entrepris après 1902 dans la vallée de la Seille et dans la vallée de la Moselle avaient également rencontré le houiller : mais ur seul, celui d’Éply, avait recoupé le charbon à moins de 700 mètres (691 m.); dans quatre d’entre eux (Jezainville, Martincourt, Nomeny, Phlin) la houille n’a été touchée qu’au delà de 1.000 mètres (*. La portée pratique de ces résultats, déjà douteuse avant la Guerre, s’est encore amoindrie depuis que la France dispose du Bassin mosellan. Du moins ont-ils attesté la continuité du gisement et l’existence, entre l’ancienne et la nouvelle frontière, de tonnages importants. Leur profondeur, il est vrai, les rend difficilement exploitables à l'Ouest de la Nied; mais il faut réserver le cas où des sondages révéleraient une rapide remontée des couches le long d’une ondulation transversale, comme cela s’observe plusieurs fois entre Frankenholz et Faulque-

(1) Au sondage 312 (Faulquemont) la veine 1 des gras doit être (d’après la position des Tonstein) à — 1.600 mètres, c’est-à-dire à plus de 1.800 mètres de profondeur.

(2) I1 semble, d’après les sondages les plus récents, qu’au Nord de Faulquemont apparaît un nouveau faisceau que P. BERTRAND propose d’appeler faisceau de Steinsbesch. :

(3) La coupe moyenne dans la concession de Saint-Avold (Folschviller) est la suivante : 150 mètres de Muschelkalk; 50 mètres de Grès bigarré; 300 mètres de Grès vosgien; 80 mètres de Permien.

(4) DEFLINE, Les ressources de la France en combustibles minéraux (The Cu Resources of the World. Toronto, 1913. Vol. II, p. 667-670).

mont et comme cela semble indiqué par la rencontre des gras aux sondages d’Éply (sur la Seille) et d’Atton (sur la Moselle).

Ces réserves ont été en 1913 l'objet d’estimations précises pour le Congrès géologique de Toronto. Les réserves dans le Bassin de la Sarre proprement dit ont été évaluées à 5 milliards 576 millions de tonnes jusqu’à la profondeur de 1.000 mètres et à 9 milliards 358 millions de tonnes si l’on descend jusqu’à 1.500 mètres (profondeur déjà atteinte dans l'extrême Nord du Bassin westphalien) (1). En admettant que l'extraction se maintienne au chiffre de 1913, soit {4 millions de tonnes (chiffre brut), celle-ci aurait donc devant elle une durée comprise entre quatre et six siècles. Encore ces évaluations ne font-elles état que des veines d’une épaisseur supérieure à 0 m. 70; si l’on fait entrer en ligne de compte les veines plus minces qui peuvent être partiellement exploitées, les chiffres précédents pourraient être relevés. Jusqu’à 2.000 mètres les réserves seraient de 15 milliards 700 millions de tonnes; à la même profondeur, celles des Bassins français du Nord et du Pas-de-Calais ont été évaluées à 8 milliards. La France entière, avec ses 12 milliards de réserves houillères, renferme moins de charbon que le seul Bassin de la Sarre.

Beaucoup plus modestes sont les réserves du Bassin lorrain. Au même Congrès de Toronto elles ont été évaluées à 800 millions de tonnes seulement jusqu’à 1.500 mètres, ce qui représente une durée d'exploitation de moins de cent cinquante ans. C’est peu de chose en regard de la partie prussienne et l’on ne peut pas espérer beaucoup plus que ces estimations, même après l'avancée des puits jusqu’à la Nied. Mais, dans une France chichement pourvue en houille, ce Bassin mosellan, modeste en lui-même, prend une importance de premier ordre. Le seul gisement de Sarre et Moselle, qui est exploité seulement sur 45 % de la concession, renferme des réserves quatre fois plus considérables que celles de Marles, et l’industrie charbonnière, expirante dans un grand nombre de mines du Massif Central, a ici devant elle une longue carrière.

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