LA COKÉFACTION
Voici cinquante ans au moins que les charbonnages allemands se sont engagés dans une voie qui a fait déjà avant la Guerre leur grande prospérité. Au lieu de vendre la houille crue, ils la distillent et la vendent sous forme de coke, récupérant en outre des gaz, de lammoniaque et des goudrons d’où la chimie tire d’une part différentes huiles de graissage, d’autre part les phénols, benzols et la série des carbures d'hydrogène qui en dérivent.
Or, les prix de ces sous-produits n’ont cessé de s’élever depuis l’aprèsouerre, tandis que ceux des charbons bruts, ramenés à leur valeur or, n’ont que faiblement augmenté ou même ont fléchi.
Cette utilisation plus complète du charbon fut longtemps le secret
de la prospérité des charbonnages allemands. Depuis 1920, ils ont été imités par les principales Mines françaises du Nord. Mais, jusqu’à présent, les Mines domaniales de la Sarre ne les ont pas suivies. Elles ne possèdent qu’une cokerie : Heinitz, et la quantité de houille enfournée — 376.990 tonnes en 1931 — ne représente qu’une part infime de la production. On abordera plus loin cette question du coke SarroIs, trop intimement liée à la métallurgie du Territoire pour pouvoir être étudiée séparément. Il suffira d'indiquer ici pourquoi la cokéfaction en grand, telle qu’elle est pratiquée dans la Rubhr, ne peut pas
(1) Le problème du charbon, ses aspecis internationaux (Rapport préliminaire du Comité économique de la S. D. N.), 1929.
être appliquée, actuellement par les Mines domaniales de la Sarre.
C’est un fait qu’il existe des foyers domestiques qui consomment de la houille crue; de même les usines à gaz et les centrales électriques clientes de la Sarre exigent, non du coke, mais telle ou telle espèce de gras ou de flambant. Puisque le charbon sarrois se prête parfaitement à ces usages, on ne voit pas pourquoi il ne leur serait pas réservé. De la sorte, la moitié de la production totale est soustraite à toute valorisation. Ce sont autant de sous-produits perdus pour les Mines.
On peut évidemment envisager, dans un avenir plus ou moins éloigné, l'introduction dans chaque foyer du chauffage au gaz et l’alimentation des usines à gaz par les gaz de cokerie. On verra bientôt quels espoirs sont nés, en Sarre justement, de ces grandioses projets. Mais la condition préalable est que le coke fabriqué en grand par les Mines puisse trouver son écoulement dans la métallurgie. Or, celle-ci a, jusqu’à la Guerre, montré beaucoup de répugnance à l’employer parce qu’il était trop friable. Les seules forges qui l’acceptassent étaient les forges sarroises; mais précisément elles étaient toutes dotées de cokeries dont la production était, en 1913, cinq fois et demi plus forte que celle de l'unique cokerie fiscale. Ainsi, les Mine* domaniales se voyaient fermer à la fois le débouché local par les cokeries privées et le débouché lointain par l’infériorité de leur produit : elles ne trouvaient plus personne pour acheter leur coke. Jusqu’à la découverte récente d’un procédé de cokéfaction plus satisfaisant, le problème était insoluble.