À LA RECHERCHE DU MINERAI
Voici bientôt cent ans que les dernières voitures ont cessé de charroyer jusqu'aux forges les minerais pauvres de la région de Lebach. On a bien encore extrait de la région, par ci, par là, des quantités minimes; JAcQuoT mentionne qu’en 1853 la petite houillère de Merchweiler fournissait un peu de minerai de fer; plus tard encore la forge de Neunkirchen possédait sa petite exploitation de minerai, en galerie, près d’Elversberg. Mais l'extraction était infime : pour tout le cercle d’Ottweiler, elle atteignait, en 1850, 20 tonnes (1).
Dès 1840, la métallurgie sarroïise était aux abois. Le gisement découvert dans le Kôllertal n’avait eu qu’une durée éphémère. On avait vidé les fonds de tiroir en grattant aux exploitations abandonnées. Peut-être les minières locales épuisées en surface eussent-elles offert des ressources en profondeur; mais à quoi bon forer des puits, du jour où il était possible de faire venir du minerai plus riche sans frais de transport excessifs? La construction des chemins de fer porta le dernier coup aux mines locales.
Le premier bassin auquel la Sarre s’est adressée est le Bassin de la Lahn, partagé entre la province de Nassau et la Haute-Hesse. Il s’agit d’un minerai à haute teneur, pur de phosphore. L'industrie sarroise commença à s’y intéresser à la fin du xvurre siècle. Ne pouvant songer à faire venir du minerai par route de si loin, la métal- Jurgie sarroise importait alors de la fonte qu’elle achetait aux forges situées sur les bords du Rhin, Neuwied et Bendorf, ou Hohen Rhein
(1) ScHLEcuTENDAL [98], p. 117.
LA SIDÉRURGIE 309
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sur la Lahn. Ce trafie se développa pendant l'occupation française du Premier Empire, quand les barrières douanières eurent disparu sur la rive gauche du Rhin, et pendant plus d’un demi-siècle ces fontes « rhénanes », fabriquées avec du minerai de la Lahn, constituèrent un des principaux chargements des péniches qui remontaient jusqu’à Sarrebruck. Les usines consommatrices étaient alors Geislautern, Creutzwald, le Halberg, et surtout les aciéries qui rebutaient la fonte sarroise. On ne dira jamais assez les conséquences politiques de ce trafic : des liens d’affaires, puis de famille, noués par la bourgeoisie sarroise avec les fondeurs d’outre Rhin, comme les Remi de Bendorf; la solidarité établie entre la rive droite et la rive gauche; la ‘voie préparée à la Prusse.
Apartir de 1840, des importations de minerai de fer se substituent à ces importations de fonte, preuve que non seulement les usines de transformation, mais encore les hauts fourneaux faisaient maintenant appel à la matière première étrangère. Neunkirchen et Dillingen devinrent les principaux consommateurs de fer hessois. Le minerai, extrait d’abord dans la région de Wetzlar-Limburg, puis autour de Giessen, arrivait dans les premiers temps par péniches, comme les fontes. Mais la navigation sur la Moselle et sur la Sarre étant interrompue l'hiver par les glaces, l’été par les basses eaux, les forges ne pouvaient pas travailler régulièrement ; les transports de minerai se firent par eau jusqu'à Ludwigshafen, puis par fer; enfin, à partir de 1862, quand les prix de transport eurent été abaiïssés, les importations de minerai de la Lahn se firent entièrement par voie ferrée.
Réduits au minerai de fer hessois, les Sarrois se trouvaient en état d’infériorité manifeste par rapport aux Westphaliens qui ne s'étaient un peu éloignés du minerai que pour s'établir sur le charbon (1), un des meilleurs que la métallurgie puisse souhaiter pour la fabrication du coke. Cette rivalité, qui devait tant de fois par la suite orienter la métallurgie sarroise sur des voies différentes de celles de la Rubr, la pousse, dès ce premier moment, vers un autre bassin minier.