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L’ÈRE DES ESSAIS

Jusqu’alors la houille n’était employée que pour l’affinage, et seulement dans des fours à reverbère où le métal n’est pas en contact avec le combustible. La fusion du minerai dans le haut fourneau ainsi que l’affinage de la fonte, quand il avait lieu à un feu d’affinerie ordinaire, étaient toujours pratiqués au bois.

À partir de 1755 des fours à coke furent construits à Sulzbach sur l'initiative du prince de Nassau-Sarrebruck Guillaume Henri, et des essais entrepris pour utiliser ce coke à la fonte du minerai. Ces essais, poursuivis avec persévérance pendant une dizaine d'années, aboutirent en 1765 à un succès complet, à la suite duquel le haut fourneau de Fischbach fut, pendant deux ans, régulièrement alimenté au coke (1). Mais le procédé n’était pas encore susceptible d’un rendement industriel. La mort du prince interrompit ces expériences coûteuses et la société française qui reprit les forges à bail en 1776, après quelques essais douteux, jugea plus économique de revenir au procédé traditionnel (?).

Aucun progrès ne se produisit dans les années qui suivirent, bien que, dès 1782, un premier haut fourneau marchant au coke eût été allumé au Creusot. On a cherché ailleurs à rendre compte de ce retard (®). Les causes en sont multiples : l'abondance des bois et les propriétés très spéciales de la houille sarroise n’incitaient pas à la recherche les industriels plus soucieux de rendement immédiat que de progrès techniques. L’armée, principale cliente des forges, se montrait difficile pour les qualités du fer et l’on pensait communément que la présence de soufre dans la houille rendait le fer cassant. Enfin, les houillères ont été constamment, à partir de 1754, exploitées en régie et, malgré les affouages importants, l'Administration des Mines faisait encore payer la houille trop cher à l’industrie. L’attribution de concessions, prévues par Napoléon Ier en 1808, eût sans doute incité les maîtres de forges à tenter de nouveaux essais; mais le décret de 1808 ne reçut même pas un commencement d'exécution et la Prusse, après 1815, maintint la régie.

En 1816, le gouvernement prussien reprit les essais de cokéfaction. | Cependant l'initiative de la révolution industrielle ne devait pas venir de la Sarre, mais de la Lorraine. Vers 1820, l'usine De Wendel à Hayange commença à mélanger au charbon de bois un peu deX

1) HassLAGHER [165], p. 99.

2) Hasez [130 bus].

( (3) R. CaporT-REY [280], p. 17% sq.

coke sarrois qu'on n'avait jamais cessé de produire en petites quantités pour l’expédier aux fonderies de plomb ou de cuivre du Massif Schisteux Rhénan. En 1825, on transporta par voitures 2.250 tonnes de coke de Sarrebruck à Hayange; en 1829, 7.200 tonnes.

Au moment où la Lorraine s’engageait décidément dans la voie de la fusion au coke, la Sarre marquait une ultime hésitation. Le grand Frédéric Stumm, celui-là même qui était descendu du Hunsrück pour trouver à Neunkirchen un combustible remplaçant le bois de ses forêts ruinées, adopta la houiïlle pour le puddlage en 1833, essaya des mélanges à faible proportion de coke; mais ilse refusait toujours à chauffer les hauts fourneaux exclusivement au coke. C’est seulement en 1842 que son fils se décida à faire charger les hauts fourneaux avec plus de 50 %, de coke. Dillingen, dont le premier laminoir à vapeur fut mis en service dès 1835, n'eut son premier haut fourneau marchant exclusivement au coke qu’en 1865. Il avait fallu un siècle pour que la métallurgie sarroise appliquât un procédé qui était courant en Angleterre dès le milieu du xvir1e siècle, et que la Sarre elle-même avait essayé avec des éclairs de succès. Il est vrai que la Ruhr ne fut pas plus pressée! (1).

Encore la métallurgie sarroise continua-t-elle pendant quelque temps d'employer le charbon de bois concurremment avec le coke. En 1854, 20 % de la fonte produite en Sarre était encore fabriquée au bois. Mais peu de temps après celui-ci fut définitivement abandonné. En 1862, les cinq hauts fourneaux de Neunkirchen marchaïent exclusivement au coke. Jusqu’alors, les cokeries avaient été annexées aux mines : Dudweiler, Altenwald, Heinitz, Kônig. En 1870, la forge de Neunkirchen construisit sa propre cokerie : la fabrication du coke cessait d’être le monopole des mines pour devenir la base même de l’industrie métallurgique. Désormais la consommation de coke allait croître parallèlement avec la production de fonte.

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