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L’INDUSTRIE DU VÊTEMENT

On parle souvent d’une industrie textile sarroise. Il serait plus exact de dire « industrie du linge et du vêtement » car, pour une seule filature de coton, à Saint-Ingbert, on comptait en 1933 une trentaine de fabriques diverses, plusieurs d’entre elles n’étant d’ailleurs que des entreprises faisant travailler à domicile. L’ensemble de la branche, en y comprenant les 250 ouvriers de la filature de Saint-Ingbert, occupait, en 1933, 3.300 personnes, pour la plupart des femmes et des jeunes filles (1).

Sous cette forme larvée, l’industrie sarroise n’est pas sans intérêt. Elle représente une tentative pour substituer à une vieille industrie dérivée de ressources locales une industrie fondée uniquement sur l'existence d’un marché de consommation.

Par « ancienne industrie textile », il faut entendre non pas l’atelier domestique tel qu’il a existé partout, sans jamais prendre en Sarre d'importance particulière (2), mais de véritables fabriques rassemblant un personnel relativement nombreux en des lieux privilégiés. Trois centres de ce genre existaient en 1808. A Saint-Ingbert une filature et une bonneterie de coton fabriquaient, avec du coton importé d'Allemagne, 300 douzaines de bonnets et de bas qui étaient vendus surtout dans le département. À Ottweiler une usine, qui occupait 73 ouvriers, fabriquait des pièces de futaine; enfin à Sarrebruck et à Saint-Arnual existaient deux fabriques de drap. La laine était fournie par le troupeau indigène qui produisait, en 1813, 45.000 kilogs dans l’arrondissement de Sarrebruck (°).

Cette industrie survécut à l'annexion du pays à la Prusse. En 1843 on comptait, rien que dans les cercles prussiens, cinq petites filatures de laine : une à Merzig, deux à Sarrebruck-Saint-Jean, deux à Saint- Wendel ou aux environs (*). Le recul de l’élevage du mouton devait amener leur disparition (5).

(1) E. Wegser : Die Saarländische Textilindustrie. (S. V. H. Zig, 21 octobre 1933.)

(2) Au contraire, le tissage à domicile était encore très répandu, au début du x1x® siècle, à l’extrémité orientale du Plateau Lorrain, où chaque village fabriquait des toiles grossières avec le chanvre qu’il récoltait. Cette industrie à domicile n’a jamais débordé vers le Nord parce que la culture du lin et du chanvre n’est pas pratiquée sur les sols pauvres du grès. On la retrouve au contraire dans les vallées du pays de Birkenfeld dont les lins servaient à faire des nappes renommées.

(3) DELAMoORRE [88] et A. N. F 10, 527-9.

(4) Bärscu [81], p. 31. ;

(5) Vers la même époque s’implantait dans la région de Sarreguemines l’industrie de la peluche; sous le Second Empire, les manufactures de Puttelange-lès-Sarralbe et de Sarreguemines occupaient déjà plusieurs centaines d’ouvriers.

Par contre, l’industrie du coton avait cherché à plusieurs reprises à s'établir en Sarre. En 1860 il existait dans le cercle de Sarrebruck deux filatures, lune de laine avec 120 broches, l’autre de coton avec 3.800 broches (1).

La guerre de Sécession, puis la crise de 1877 arrêtèrent l’industrie cotonnière. En 1884 nouveau départ : des Suisses montèrent à Saint- Ingbert une petite filature qui, cette fois, prospéra de façon durable. L'usine occupait 300 ouvriers et fabriquait du fil de qualité qui était vendu uniquement en Allemagne.

Telle était la situation en 1913 : une filature de coton mercerisé, une fabrique de lingerie, quelques ateliers de confection — sans oublier la fabrique de peluche de Sarreguemines, aussi vivace que la tradition du chapeau haut de forme en Lorraine allemande.

Aussitôt après la Guerre, à la faveur de l'inflation et des conditions douanières en vigueur entre 1920 et 1925, on assiste à un foisonnement d'entreprises nouvelles fabriquant du linge, des corsets, des cravates et des tricots, marchandises dont la demande est courante parmi une population ouvrière. Les nouvelles fabriques s’installèrent à Sarre-

bruck — quelques-unes provenaient d’ailleurs de la transformation

d’anciennes maisons de commerce — ou dans de petites agglomérations de la région industrielle : Wemmetsweiïler, Quierschied, Saint- Ingbert, mais sans chercher à se relier aux usines qui existaient déjà dans le Territoire. L'industrie textile sarroise montre à un degré rare labsence d'intégration. Une seule fabrique de linge tisse elle-même sa soie; la lingerie ordinaire est tissée avec des filés français et belges provenant de coton américain, tandis que la filature de Saint-[ngbert continue de travailler les longues soies égyptiennes.

Très vite le manque de débouchés devait arrêter ce bel essor. Pour la filature, la question se posa aussitôt après la fermeture du marché allemand en 1925. Les tricotages avaient pris leurs précautions. Ils comptaient travailler non seulement pour le marché sarrois, mais aussi pour l’Aisace et la Lorraine, où la clientèle n’avait pas eu le temps de s’habituer aux articles français. Effectivement, entre 1923 et 1929, les maisons sarroises purent exporter des masses de tricots, de costumes d’enfants et cette catégorie de linge appelée Leib und Seelwäsche : c’est ainsi que nos paysannes lorraines ont porté de gros bas de laine et de coton tricotés en Sarre (?). Là encore la surproduction était inévitable; les jeunes maisons sarroises n’ont

(1) Von GÂRrTNER [90], p. 61. ; (2) La Struma de Saint-Ingbert fabriquait encore en pleine crise (1933) 42.000 paires de bas tricotés par mois.

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pas toujours été de taille à lutter contre les maisons alsaciennes disposant d’un personnel plus expérimenté, d’une organisation commerciale éprouvée et surtout d’amples réserves. Cependant la crise n’a pas éclairei les rangs des producteurs autant qu’on pourrait le croire. 11 subsiste encore, outre la filature de Saint-Ingbert, 13 fabriques de lingerie, 2 fabriques de corsets, 3 fabriques de cravates, 9 fabriques ou entreprises de confection, 4 fabriques de tricots. Rien ne montre mieux quel solide facteur d’enracinement constitue pour une industrie l'existence d’un gros marché de consommation.

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