‹ La Région Industrielle SarroiseChapitre 179 sur 270 · RO ARR NT · texte numérisé non relu

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et à 3 kilomètres de la voie ferrée. Cette localisation imprévue a des raisons diverses. La brasserie, fondée en 1842 au village de Walsheim, ne fut pendant longtemps qu’une de ces chétives brasseries comme il en existait beaucoup dans le Palatinat. Peu à peu elle dépassa ses concurrentes, d’abord grâce à la pureté de ses eaux, fournies par les sources du Muschelkalk, puis grâce à la proximité de Sarreguemines qui, n'ayant pas sa propre brasserie, passa après 1870 dans la clientèle de l’usine palatine. Il se forma une main-d'œuvre expérimentée et aujourd’hui ce sont ces 200 ouvriers parfaitement stables, habitant tous Walsheim, qui retiennent au village la grande industrie. L’orge ou le malt vient de France, le houblon pour une faible part seulement d'Alsace; les houblons les plus estimés sont fournis par la Bavière et la Tchéco-Slovaquie (Saaz).

Avant la Guerre, les brasseries sarroises se contentaient d’approvisionner les centres urbains où elles étaient établies et les communes voisines, mais sans chercher à vendre en dehors de la région industrielle. Toute expansion vers l'Est eût été difficile, car chaque ville allemande possède sa brasserie à laquelle la population est fidèle : il y a un peu d’esprit local au fond de chaque chope. Au contraire, la production sarroise ne suffisant pas, c’étaient les brasseries de Deux- Ponts, de Pirmasens et de Kaiserslautern, voire de Dortmund et de Munich, qui vendaient leurs bières en Sarre.

Depuis la Guerre, deux faits ont modifié les conditions économiques. La consommation a fortement augmenté à la fois par suite de l'augmentation de la population et de l’accroissement de la consommation individuelle (passée de 100 1. en 1921-1922 à 127 I. en 1929- 1930 par an et par tête d’habitant). D’autre part, la Sarre a été rattachée à l’Union douanière française. Ses importations en bières du Reich ont complètement cessé et la brasserie sarroise s’est mise en mesure de satisfaire seule à la demande de tout le Territoire en doublant la production d’avant-guerre. [1 ÿ a mieux. Bien que trouvant devant elle les brasseries alsaciennes et lorraines, l’industrie sarroise a cherché à pénétrer sur le marché français. En Alsace et en Lorraine, la Walsheim s’est fait sa place à côté des bières locales, moins chères, mais moins fines (1), et elle est parvenue à se créer une clientèle dans les départements du Midi qui, avant 1920, ignoraient à peu près la bière. C’est la brasserie sarroise qui a révélé aux Méridionaux la fraîcheur et la légèreté de la boisson de l'Est. En dehors de la France

(1) Les bières locales se vendent 135 francs l’hecto, la Walsheim 220 francs (été 1933). En Allemagne, la législation interdit d'employer à la fabrication de la bière autre chose que du houblon et du malt; en France, les brasseurs peuvent employer le riz, le maïs, etc...

et des colonies (‘), la même maison écoule de petites quantités en Belgique et en Suisse, en Italie, dans les Pays-Bas, et elle a pénétré aux États-Unis aussitôt après la suppression de la prohibition.

Sans doute la crise et les charges fiscales ont, depuis 1931, diminué sérieusement la consommation du Territoire et de ce fait amputé d’une moitié environ les gains réalisés par rapport à 1920; mais l'exportation vers la France n’a pas souffert, de sorte qu'aujourd'hui cette industrie, née pour satisfaire la consommation de la région industrielle, ne se conçoit plus sans un débouché supplémentaire que l'Allemagne n’est pas en état de lui fournir.

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