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LE TABAC

Il existe en Sarre, en 1933, une vingtaine de fabriques de cigares et de cigarettes, presque toutes établies à Sarrebruck, plus quelques fabriques de tabac dispersées dans tout le Territoire, avec un petit

centre à Saint-Wendel. En 1913 il n’existait que 4 minuscules fa-

briques à Saint-Wendel et à Merzig; la quasi totalité des maisons ont été ouvertes dans les premières années de l’après-guerre.

L'industrie actuelle n’a presque aucun rapport avec celle qui s'était établie dans le pays on ne sait quand, mais certainement avant la Révolution (2). La statistique de 1860 mentionne dans le cercle de Sarrebruck 10 fabriques de cigares et cigarettes, occupant chacune 4 ou 5 ouvriers. On importait déjà du tabac du Palatinat et même de Java.

Pas plus que la matière première, la main-d'œuvre n’était originaire du pays. Le Landrat du cercle d’Ottweiler, dans son mémoire statistique de 1862, explique qu’on avait dû attirer la plupart des ouvriers d’autres régions de l’Allemagne en leur offrant des salaires plus élevés (3). Ce serait donc la consommation locale qui aurait déterminé la naissance de ces petites fabriques; mais il faut remarquer que cette consommation ne pouvait pas être très élevée, à une époque où le bien-être n’avait pas pénétré dans les milieux ouvriers; ScHLECH- TENDAL déclare d’ailleurs que la production était en partie exportée vers l’Allemagne du Sud et vers la Suisse.

Aïnsi l’industrie d’avant-guerre était une industrie de type mixte dont la localisation s’expliquait à la fois par la proximité d’une région

(1) Afrique du Nord et À. O. F. où Dakar est un débouché relativement important.

(2) On comptait en 1800, dans le département de la Sarre, 82 fabriques de tabac «peu conséquentes » (Zécowirz [1091], p. 403).

(3) ScnzecurEenDaLz [98].

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productrice (le Palatinat), l'existence d’un foyer de concentration humaine et la survivance d’anciennes relations commerciales entre la Suisse, les pays sarrois et les Pays-Bas.

Le remarquable essor qu’a pris cette industrie après la Guerre tient à deux séries de causes, les unes politiques, les autres économiques. Une fois constituée en Territoire autonome, la région industrielle a été mise en mesure de satisfaire à tous ses besoins. En même temps que se développait le bien-être de la classe ouvrière, la consommation de tabac augmentait. La Commission de Gouvernement contribuait à faciliter le commerce en s’abstenant d’une réglementation tracassière et d’une fiscalité trop avide; enfin on ne saurait tout à fait exclure l'attrait que peut constituer, pour certaines entreprises, les possibilités d’un trafic illicite, mais rémunérateur.

La situation actuelle est donc la suivante. La Sarre achète du tabac brut en Orient (Macédoine et Turquie), aux États-Unis, un peu dans le Palatinat et le Pays de Bade (1). Le tabac, débarqué à Amsterdam (très peu à Brême) arrive par fer ou par auto. Une fois travaillé, mis en boîtes ou en paquets, le tabac est redistribué par une soixantaine de maisons de gros.

La production n’a cessé de s’accroître, même au plus fort de la crise (?) :

1929/30 1930/31 1931/32 1932/33 Cigares + 2. 45 49 70 82 CIS ATELTES RE 455 428 418 629 Autre tabac . . 15927 2.427 2.203 2.210

Cette production dépasse sensiblement la consommation du Territoire évaluée officiellement à 3 kilogs par an et par tête d’habitant, mais demeurée toujours au-dessous de ce chiffre. L’exportation est irrégulière. Le succès d’une marque tient à des causes — publicité, présentation, parfois au seul nom — qui ont un effet foudroyant, mais éphémère. C’est surtout vers l'Allemagne que sont dirigées ces exportations. Vers la France, où le commerce du tabac n’est pas libre, elles sont officiellement très faibles (10 à 20 &. de cigarettes d’après la statistique des Chemins de fer); mais en pareille matière la statistique est illusoire; sur le simple chiffre des entrées de voyageurs aux gares-frontières, on peut évaluer les cigarettes sarroises introduites en France à des quantités bien supérieures.

(1) Elle achète aussi du tabac fabriqué, surtout en Allemagne. (2) Chiffres en tonnes (S. 4. V. Zig, 1933, n° 22).

ne

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