D. — UNE INDUSTRIE FILLE DE L'HEURE
L'industrie du vêtement, la brasserie, la fabrication des cigarettes existaient déjà en Sarre en 4913 et, si énorme que soit la différence entre la production actuelle et celle d’avant-guerre, 1l n’y a eu là qu’un développement, une suite. Plus nette apparaît l'influence génératrice des conditions politiques quand l’industrie n’avait aucune racine dans le pays, quand il y eut vraiment création ex mthilo.
Au début de l’année 1910, il n’existait pas dans toute la région industrielle de la Sarre une seule manufacture de chaussures. Cette année-là un petit fabricant de Deux-Ponts transféra son atelier à Blieskastel et ce fut tout jusqu’en 1924. Aujourd’hui, en 1933, on compte dans le Territoire 30 manufactures de chaussures occupant 3.000 ouvriers.
Tout dans cette industrie est singulier : localisation, organisation du travail, spécialités, débouchés.
‘Les 30 manufactures sont situées dans la partie orientale du Territoire : les trois localités de Homburg, Einüd et Blieskastel occupent à elles seules les deux tiers de la main-d'œuvre; le reste se disperse entre différentes localités du Bliesgau ou de la bordure. Deux choses frappent dans cette localisation. Les usines sont collées à la frontière du Palatinat; elles sont établies en pleine région agricole et ne débordent pas sur la zone de forte concentration industrielle, l’usine de Friedrichsthal exceptée. Ces deux traits s’expliquent par les conditions dans lesquelles l’industrie a pris naissance. La chaussure est, depuis des siècles, une spécialité de la petite ville palatine de Pirmasens qui, jusqu’en 1925, écoulait en Sarre une partie de sa production. Quand ils virent qu’une frontière douanière allait être établie entre le Territoire et le Reich, plusieurs industriels de Pirmasens décidèrent de transporter leur industrie dans le Territoire. Ils emmenèrent avec eux bon nombre d'ouvriers spécialisés qui ou bien se sont établis en Sarre, Ou bien reviennent chez eux le dimanche : d’où la prédilection des usines pour la région voisine du Palatinat. Cette main-d'œuvre palatine ne suffisant pas, les fabricants ont dû recruter des ouvriers sur place. Ils les ont trouvés d'autant plus facilement qu’ils s’établissaient dans une région agricole, moins atteinte par l’aspiration des mines, et où le rythme des occupations agricoles introduit un chômage saisonnier. L'industrie de la chaussure est une industrie mixte : le travail se fait partie à la machine, dans une usine, partie à la main, à domicile; combinaison qu’on retrouve en Tchéco-Slovaquie. On