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CRISES DE DÉPEUPLEMENT ET REPEUPLEMENTS

Au cours du Moyen âge on assiste à des crises de dépeuplement et de repeuplement, les premières marquées par des disparitions de villages, les secondes par la création de fermes et de villages.

Le recul de l’occupation humaine doit avoir commencé au plus tard avec l'invasion alamane (298). On reconstruisit ensuite partiellement les maisons incendiées; mais cette renaissance fut définitivement interrompue par la grande invasion franque. En 412, les Francs Ripuaires détruisent Trèves et en 464 Metz. Dans l'intervalle ils avaient fait leur apparition dans notre contrée. Un certain nombre de lieux habités, notamment le vicus du Halberg, furent alors définitivement abandonnés; mais il n’y eut pas évacuation totale par la population gallo-romaine. Ainsi, dans la Campagne de Tholey, les racines latines ont été conservées dans les lieux-dits (?) et sept villages ont encore aujourd’hui leur finage limité par la voie romaine de Stennweiler à Tholey. De même la route romaine de Metz à Trèves parait avoir exercé un effet durable sur le peuplement : ou bien elle forme ‘imite de communes, ou bien elle sert de rue principale à certaines agglomérations (?). D'autre part, les envahisseurs étaient peu nombreux : on n’a retrouvé jusqu’à présent que de rares tombes barbares et rien de l’époque mérovingienne.

S'il y a eu à l’origine localisation différente du peuplement galloromain et du peuplement germanique — les envahisseurs établissant leurs villages près des ruisseaux, tandis que les fermes gallo-romaines occupaient des versants ensoleillés — cette différence n’a pas tardé à s’effacer, car les terres défrichées ne pouvaient manquer d’attirer les nouveaux venus. Il existe des villages, et fort anciens, en dehors des vallées : Berus, Biesingen, Bietzen, Scheuern, Tholey, etc. Tout au plus peut-on dire que le pays compris entre cette dernière localité et Birkenfeld conserve dans la toponymie plus de traces du peuplement gallo-romain, soit qu'il ait servi de refuge, soit plutôt parce qu’il était, avant les invasions, plus peuplé que le Pays aux Bois.

Une première poussée de colonisation s’opéra sous l’action de certaines abbayes. Toutes n’ont pas laissé de traces de leur activité et le thème des moines défricheurs paraît tout au moins exagéré.

(1) Exemples dans C. Scxnur [20], p. 52. :

(2) Par exemple le hameau de Scheuerwald (commune de Launstroff) allongé le long de l’ancienne route romaine (aujourd’hui chemin du Tockfeld), mais disposé obliquement par rapport à la route moderne (d’après l’extrait du plan cadastral qui m'a été fourni par M. le garde forestier Becker).

Ainsi les deux plus anciens monastères de la contrée, Saint-Arnual fondé vers 600 et Neumunster (864), se consacrèrent exclusivement à l'évangélisation. Par contre Hornbach et Wôrschweiïler, deux abbayes bénédictines fondées la première en 740, la seconde en 1131, créèrent de nombreuses fermes (grangia) dans le Bliesgau et défrichèrent le bassin de Homburg-Limbach. Dans le Küllertal on peut suivre les progrès du peuplement à partir des deux centres gallo-romains de Külln et de Heusweiler. Il existe trois générations de villages ou de hameaux : les plus anciens avec terminaison en hof, ensuite en bach, les plus récents en scheidt (1). La colonisation s’est faite en partant de la Sarre, où l’occupation fut continue depuis le Néolithique, et en remontant les affluents; mais elle s’est arrêtée aux terres stériles du Grès bigarré.

Toutes ces fondations médiévales n’ont pas subsisté. ScHNuR cite 91 localités mentionnées avant 1600 qui avaient disparu en 1800, soit une proportion de 22 % de localités disparues (Wüstungen). Dans le Pays de Bitche, où ces disparitions ont été également nombreuses, GrospipiErR DE Marons suggère qu’il s’agissait sans doute d’habitats temporaires, forges volantes ou campements de bûcherons.

La suggestion est d'autant plus intéressante qu’on a des preuves, pour la région de Hornbach, que la culture temporaire sur brûlis s’est maintenue au moins jusqu’au début du xvuie siècle. Mais le déplacement des champs n’entraîne pas forcément le déplacement de l'habitat, et on conçoit mal que des localités, mentionnées à plusieurs reprises sous le même nom, aient été des habitats temporaires. D’autre part ces disparitions ne sont pas limitées au Pays aux Bois. Elles sont peut-être encore plus nombreuses sur le plateau agricole du Palatinat occidental, défriché plus tôt et par conséquent lieu d’une culture plus stable. Bref, il y a tout lieu de croire qu’il s'agissait bien en Sarre d’habitats permanents.

Beaucoup de ces disparitions sont antérieures à la guerre de Trente Ans. Elles seraient dues, d’après Scxnur, à la crise agraire qui sévissait au début du xvie siècle. Une étude récente de F. HELLwIG (?) a jeté une lumière nouvelle sur la question en montrant « l’action négative des couvents sur le peuplement ». Les couvenñts dé la région sarroise, notamment Hornbach et Wôrschweiler, ont systématiquement acheté les villages et les fermes des environs et procédé à des évictions en masse. À la place des paysans libres, ou bien ils ont ins-

(1) On trouve parfois le terme de Scheidthauer employé avec le sens de Holzhauer. (bücheron).

(2) U. S:, 15 avril 1932, p. 66.

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tallé des frères lais, ou bien ils ont tout simplement rasé les maisons et transformé les champs en prairies. HELLwIG cite comme exemples Hundhausen, près d'Einüd, qui fut complètement détruit après avoir été acheté par les moines de Würschweiler, et Ringweiïler, village appartenant à l’abbaye de Hornbach en 1317 et qui, dès 1367, avait disparu. Ainsi le grand mouvement de disparition qui commence au milieu du xive siècle et qui finit au xvie siècle ne serait qu’une forme de concentration de la propriété, quelque chose d’analogue à ce qui se passe aujourd’hui sous l'influence de l'emploi des machines dans la culture. Les historiens auront à poursuivre ces recherches, notamment pour préciser quel intérêt les moines pouvaient avoir à chasser des paysans qui leur payaient des dîmes (1); mais dès maintenant les géographes peuvent retenir cette action négative des couvents comme un facteur dans l’histoire du peuplement.

Le fait que le dépeuplement avait commencé avant la guerre de Trente Ans ne diminue en rien l’importance de celle-ci pour notre région. Elle a été vraiment, plus encore que l'invasion franque du ve siècle, la Grande Épreuve. Ici les témoignages sont abondants et d’une précision qui ne laisse rien à désirer.

Voici ce qu’écrit le Rentmeister Klicker en 1635, après l'occupation du pays par les troupes impériales de Gallas : « À Ottweiler. il n’y a plus que 10 bourgeois valides et 7 malades; les autres et la plupart des gens de la campagne sont morts de la peste ou d’autres épidémies. Les villages du bailliage sont tous brülés, sauf 5, et les habitants ont presque complètement disparu, de sorte qu’on ne récolte plus ni céréales ni fourrage. Exweiïler, Schiffweiler, Stennweiler, Menzweiler, Wemmetsweiler, Herzweiler, Neumunster et Steimbach ont été mis en cendres par le gouverneur trévirois Cherfontaine; à Ober et Nieder Linxweiler, à Berschweïler et à Dirmingen il ne reste plus que quelques maisons. À Fürth vivent deux personnes, à Dürrenbach il ne reste plus que deux petites filles, à Welsbach il ne reste plus personne; à Wiebelskirchen il reste 4 personnes, Neunkirchen et Spiesen sont plus qu’à moitié brûlés, et dans ces deux localités ne vivent plus que 4 personnes; Wellesweiler est complètement abandonné » (2).

Saint-Ingbert, qui comptait 140 habitants à la fin du xvie siècle, fut détruite en 1637; quatorze ans après, il ne subsistait de sa population que 4 personnes (avec 5 enfants) qui n’étaient pas encore revenues à leur domicile et il faut attendre 50 ans pour qu’on enregistre

(1) HezzwiG donne comme explication que la règle cistercienne, plus austère que la règle bénédictine, imposait aux moines le travail personnel. (2) Cité par F. Kræœverorn [6], p. 78.

une naissance. En 1696 la localité ne comptait encore que 88 habitants (1). En Lorraine, Sarreguemines et les villages voisins ne commencèrent à se repeupler qu'après 1660; Welferding, qui comptait 25 familles en 1598, demeura complètement abandonné de 1633 à 1665 (?). On pourrait multiplier les exemples : pas un coin de notre région ne fut épargné.

Cependant Sceanur (3), constatant — ce qui est indiscutable — que beaucoup de disparitions sont antérieures à la guerre de Trente Ans, a été amené à penser que celle-ci n’avait pas provoqué de destruction définitive. C’est pousser trop loin la réaction contre l’enseignement traditionnel. Sur les 91 noms de localités disparues, nous en avons relevé 13 qui sont encore mentionnés après 1550 et dont la disparition semble bien ne pouvoir être imputée qu’à la guerre de Trente Ans, puisque la fin du xvie siècle et le début du xvri® avaient été une période tranquille pour ces contrées. D’autre part Gayor (!) cite, rien que dans le Bliesgau, 6 villages définitivement ruinés à la même époque. Sur le Plateau Lorrain, entre Forbach et Sarreguemines, on sait pertinemment que plusieurs localités : Guirling (E. de Cocheren), Betting (près de Kerbach), ont disparu pendant la guerre de Trente Ans.

Le repeuplement s’opéra lentement, à la fois par le retour des habitants dans les villages abandonnés et par la fondation de nouveaux villages peuplés avec des immigrants. Celle-ci avait commencé déjà avant la guerre de Trente Ans. On avait vu apparaître presque en même temps Merlebach (1590), Freimengen, fondé en 1602 par le seigneur de Créhange; Ludweiler et Nassweiler fondés en 1604 et 1608 par le comte de Nassau; Henriville (1608) et Porcelette (1611), par le duc de Lorraine. Après la Guerre s’y ajoutèrent Clarenthal (1688), Neu-Forweiler (1704), Creutzwald-la-Houve (1705), Lauterbach (1706), Carlsbrunn (1718), Friedrichsthal (1723), qui souvent attestent par leur nom la fondation seigneuriale.

Dans le Warndt, plusieurs de ces villages ont été, à l’origine, des colonies de verriers. Le registre paroissial de l’église de Carlsbrunn porte la mention suivante : « En 1718 quelques fabricants de miroirs se sont établis ici dans un endroit très sauvage et ont fondé la localité et l'usine » (5). Il s'agissait de verriers de Wiesbaden et d’Otterberg que

(1) Rapport du bailli de Blieskastel Jakob Friedrich zu Eltz, cité par W. KRäâMER [240], p. 81.

(2) J. Kinseu [238], p. 56 et 186. LA Ë :

(3) « Alle Verüdungen waren nur vorübergehend, so dass keine düriliche Siedlung nach dem Kriege dauernd wüst blieb », Scanur [20], p. 75.

(4) J. Gayor [285], p.152, n. 1.

(5) H. BucuzelTNer [228], p. 50.

le comte Charles-Louis de Nassau-Sarrebruck avait installés au milieu du Warndt. Lauterbach ne fut pendant longtemps qu’une métairie de l’abbaye bénédictine de Mettlach. En 1707 des verriers de Werbeln vinrent y établir leur industrie. Le village se confondait avec l'usine : il comptait 15 verriers ou büûcherons avec leur famille. Wilhelmsbronn fut fondé par des gentilshommes verriers français et Clarenthal fut, à l’origine, une colonie de verriers installés vers 1660 par le comte Gustave-Adolphe. De même, en Lorraine, Creutzwald doit sa naissance à un arrêt du duc Léopold (29 avril 1705) autorisant des verriers à défricher cent arpents dans la forêt de la Houve (1).

Certaines de ces verreries ont eu une existence très éphémère. Sept ans après la fondation de la verrerie de Carlsbrunn-Saint-Nicolas, les colons hessois quittent le village pour des raisons inconnues et vont s'établir dans les environs, à Lauterbach et à Creutzwald. La verrerie de Wilhelmsbronn déjà déplacée en 1726 disparut pendant la guerre de Trente Ans. La verrerie de Clarenthal fut arrêtée dès 1723, après un demi-siècle d'activité, mais, dans aucun cas, la disparition de l’usine n’entraîna l’évacuation du village : si pauvre que fût le sol, les conquêtes de l’occupation humaine étaient définitives.

Il faut souligner la part prépondérante qu’ont eue les Lorrains dans le peuplement du Pays aux Bois. A cet égard, le cas de Ludweïler mériterait d’être plus connu. Déjà, dans la T'ürkenschatzung de 1542, on pouvait relever, parmi les noms des habitants du comté de Sarrebruck, beaucoup de noms et de prénoms français (?). Le mouvement d’immigration s’amplifia après 1558, par suite de l’arrivée de réformés fuyant les premières persécutions. Un grand nombre s’établirent alors dans le comté de Saarwerden qui appartenait au comte de Nassau. À Bouquenom (Sarre-Union) les Français s’installèrent comme orfèvres, fourreurs et chapeliers; à la campagne ils se dispersèrent dans sept villages qu’on appela à cause d’eux « Welschendürfer », et ils apportèrent des cultures et des méthodes nouvelles (3). L’expérience dut être satisfaisante, car en 1604 le comte Louis de Nassau- Sarrebruck autorisa le gentilhomme français protestant Daniel de Condé et plusieurs de ses compagnons à s’établir dans le Warndt pour y créer un village qui fut appelé Ludweïler (— Ludwigsweiler) en

(1) Fzory [178], p. 210.

(2) Miteilungen, IX, p. 217.

(3) BucureirNer, qui rapporte le fait ([2281, p. 6), ne dit malheureusement pas lesquelles.

l'honneur du comte (1). Quelques années plus tard, Daniel de Condé partit fonder une verrerie un peu plus à l'Ouest, à Wilhelmsbronn. Privé d’une partie des premiers colons, le village n’en subsista pas moins. Pendant la guerre de Trente Ans il fut, sinon ruiné, du moins vidé de ses habitants; mais en 1685 il reçut un nouveau contingent de calvinistes français quittant le royaume après la révocation de l'Édit de Nantes (2). Ces émigrants, originaires de Metz et de Courcelles, étaient tous de langue française. Le français demeura la seule langue employée à l’église et à l’école jusqu’en 1794; les pasteurs étaient envoyés par la ville de Bâle et payés par elle. Peu après Pentrée des troupes françaises dans le pays, le pasteur bâlois émigra. Son successeur, un homme du pays, prit l'initiative de prècher une fois sur deux en allemand; mais ce fut seulement après 1815 que l'allemand a été seul employé à l’église et à l’école. Les colons français de la première génération avaient tous été dispersés pendant la guerre de Trente Ans: mais les descendants des émigrants de 1685 n’ont pas quitté le pays (?) et ils conservent le souvenir de leurs origines francaises : chaque année, le premier dimanche de septembre, qui est le jour de la fête du village (Kirmes), ils reçoivent solennellement leurs coreligionnaires de la région messine.

Ludweiler n’est pas le seul village du Warndt à avoir été peuplé par des Lorrains. Nassweiïler a été fondé, en 1608, par des colons lorrains attirés par le comte de Sarrebruck; c’étaient eux aussi des protes-

(1) Voici à titre d'exemple la lettre d'établissement de la colonie de Ludweiler (1604) publiée par BUGHLEITNER [228].

« Nous avons accordé à chacun des requérants sur le ban du village un emplace-

ment de 4 arpents pour y bâtir et y faire un jardin clôturé; plus 80 arpents pour en faire des champs, plus 20 arpents à défricher pour en faire des prés. Le défrichement des prairies commencera en aval de l'étang le plus bas auprès de Rixfurth et continuera jusqu’à ce que chacun ait son compte. . «De plus nous leur donnons un endroit libre pour bâtir une église et établir un cimetière ainsi que quelques maisons communes de pâtres et en plus un terrain spécial en dehors du village comme terrain de pâture commune (Almende). Nous leur accordons en outre au delà des limites du village un terrain de parcours pour le bétail et un terrain dans le Warndt pour la glandée ». 1

On notera qu’il ne s’agit pas à proprement parler d’un village de défrichement: car il existait depuis la fin du xvre siècle un petit centre de peuplement (peut-être temporaire) et le début de la lettre dit expressément que le village doit être bâti de nouveau. Les défrichements se sont bornés aux prairies. Toutefois la libéralité avec laquelle le seigneur accorde les terrains de culture et de pâture indique une occupation du sol extrêmement lâche.

(2) Ils apportaient avec eux les vases pour la Cène. L’un fut rendu à l’église de

. Courcelles après 1870; l’autre est encore conservé à Ludweiler.

(3) On trouve encore à Ludweiler les noms suivanis : Aubertin, Bachelier, Desgranges, Dufrêne, Duval, Guerce, Guillaume, Henry, Laval, Manville, Mollet, Odon, etc.

tants, mais qui se firent luthériens sur la demande du comte (1). De même, pendant toute la seconde moitié du xvre siècle, on note dans la seigneurie lorraine de Sarreguemines un afflux de Lorrains de langue française, catholiques ou calvinistes (?), immigration qui s’est traduite par un progrès du français à la fin du xvr® siècle (#).

La paix de Münster (1648) ne délivra pas les pays sarrois de loccupation militaire. D’abord la partie lorraine seule, puis les états des princes allemands furent occupés par les troupes françaises jusqu’en 1697. Mais leur présence n’entrava point le repeuplement du pays (*). Bien au contraire, l’intendant français de La Goupillière, reprenant l’œuvre des princes allemands, rend le défrichement obligatoire et fonde des villages dans le voisinage des deux capitales de la nouvelle province : Hangard et Münchwies à l'Ouest de Homburg, Picard au Sud de Sarrelouis; Sarrelouis elle-même est fondée en 1681 et peuplée avec les habitants de la ville lorraine voisine de Vaudrevange, qui avait été détruite. Pour repeupler les autres localités, on peut présumer qu’on fit également appel à des Lorrains. Dans la seigneurie d'Ottweiler, des villages entièrement protestants, au début de la guerre de Trente Ans, comptaient, à la fin du xvrre siècle, plusieurs familles de cultivateurs catholiques. Dans le Palatinat occidental, le duc de Deux-Ponts installa des Suisses et des Tyroliens.

Au xvire siècle l'accroissement de la population se poursuivit à un rythme accéléré. Le prince de Nassau-Sarrebruck put recruter dans son petit état jusqu’à trois régiments (dont l’un, il est vrai, comprenait aussi des Lorrains); la surpopulation se faisait la pourvoyeuse de l’armée. Mais tandis que, dans le Pays aux Bois, les habitants trouvaient aux houillères et aux forges des ressources nouvelles, ceux du plateau demeurés excessivement paysans se sentirent bientôt à l’étroit. En outre une révolution agraire s’annonçait qui, par la clôture des prés et la suppression de la vaine pâture, aggravait la condition des manouvriers (Hintersassen). Les Cahiers de 1789 témoignent des colères soulevées en Lorraine et dans les Trois-Évêchés par l’édit sur les clôtures (1767). Ces deux causes, l’une démographique — l’accroissement de population — l’autre économique — les premières atteintes portées au régime communautaire — expliquent qu’une foule de paysans, parfois des villages entiers, curé en tête, soient partis chercher fortune dans des pays neufs, spécialement dans le Banat de Temes-

1) H. BucHLeiTNER [228], p. 104.

2) H. Hrecez [286], p. 475.

3) P. Lévy [197], t. I, p. 260.

4) J. Kirscu [238], p. 27.

var, où Joseph IT attirait alors les colons (1). Les registres paroissiaux de beaucoup de localités du Gau (Œting, Kerbach, Behren, etc.), indiquent une diminution très nette des naissances entre 1760 et 1780 (?). Le mouvement avait gagné le Warndt pourtant bien faiblement peuplé (3) et, sans affecter, semble-t-il, les comtés de Sarrebruck et d’Ottweiler déjà industrialisés, il se faisait sentir dans le bailliage trévirois de Saint-Wendel, où d’ailleurs l’émigration était endémique : des habitants de Saint-Wendel partirent pour la Hongrie où ils se fixèrent près de Perjamôs (*). L’émigration cessa vers 1780 (5) pour reprendre sous le Consulat en s’étendant cette fois à l'arrondissement de Sarrebruck (6). Ces poussées d’émigration montrent qu’il ny avait pas encore équilibre entre le chiffre de population et les ressources offertes par le pays.

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