LES EMBELLISSEMENTS D'APRÈS GUERRE
Depuis 1920, toutes les communes enrichies ont dépensé des sommes considérables en travaux d’édilité. Les rues ont été pavées, des égouts installés un peu partout, des travaux d’adduction d’eau entrepris là où cela était nécessaire. Le chômage prolongé a été l’occasion de nouvelles dépenses intelligemment choisies : églises neuves (1), vastes écoles, égouts, trottoirs, terrains de sport. Jadis, pour trouver un village propre, il fallait le traverser un dimanche, quand chaque ménagère tenait à honneur de montrer aux commères se rendant à la messe un extérieur immaculé; maintenant c’est tous les Jours fête. Le village classique, encombré de bois, de chariots et de fumiers, est de plus en plus relégué à la périphérie du Territoire. A l’intérieur de la région industrielle, le fossé qui existait entre l'habitat rural et l’habitat urbain est en train de se combler. tp
Que manque-t-il en définitive à ces villages de deux, cinq et même dix mille habitants pour être des villes? D’abord les signes extérieurs : les magasins bien assortis, les hautes maisons de rapport, les devantures alléchantes, les affiches et la publicité.
Puis il leur manque la fonction essentielle de la ville, le commerce. Habités par des gens qui sont tous, à des degrés divers, des paysans, ils vivent dans une certaine mesure sur leur propre fonds. Sans doute ces villages sont eux aussi obligés d'acheter; ils ont presque tous un marché. Mais on n’y apporte que les objets de première nécessité : le commerce de luxe est le privilège de la ville. L'argent lui-même n’est abondant qu’à la ville et c’est là que se fixent ceux qui en font trafic.
Surtout il manque à ces villages parvenus l'esprit urbain qui est avant tout une fierté du passé. Or les colonies n’ont pas d’histoire et les vieux villages ruraux ne peuvent prendre conscience de la leur, faute de témoins : rares sont ceux où la guerre de Trente Ans n’a pas fait table rase; ils n’ont que l’esprit de clocher. L’administration allemande, si libérale pour les villes, une fois celles-ci reconnues, ne favorise guère leur émancipation : jamais le conseil municipal du
(1) De 1920 à 1930, on a construit ou restauré 36 églises, quelques-unes luxueusement.
village n’est ce qu’il est chez nous, un parlement au petit pied, et le tuteur qui est donné par l’administration aux communes, le bourgmestre, est le plus souvent leur maitre.
Aünsi les villes conservent, sinon la supériorité du nombre des habitants, du moins leur cachet original et l’accroissement de la population des villages n’entraîne pas forcément leur transformation.