OÔTTWEILER
Ottweiler montre, sur les deux rives de la Blies, deux quartiers qui ne se ressemblent pas. Sur la rive droite c’est le « Tensch », la vieille ville aux maisons serrées, aux rues tortueuses et étroites, tournant
(1) On y applique la Rheinische Siädieordnung et non l’Allgemeine Landesordnung.
(2) Parmi ces villes officiellement reconnues, l’administration distingue les villes formant cercle (Kreïsfreie Städte) et les villes rattachées à un cercle. Celles-ci sont soumises au contrôle du sous-préfet (Landrat), tandis que les premières n’ont pas de Landrat et jouissent d’une autonomie administrative complète. Seule Sarrebruck, dans le Territoire de la Sarre, représente cette catégorie.
vers la rivière des restaurants et des jardins. Sur l’autre rive, des villas s’égaillent au flanc du coteau que couronne un hôpital neuf.
Cette dualité d'aspect trahit la double origine de la ville actuelle : un château et un monastère. Le château d’Ottweiler fut construit à la fin du xure siècle sur la rive droite pour protéger un village mentionné dès 1223 et dont nous ne savons rien, sinon qu’il succédait peutêtre à une villa gallo-romaine. Le monastère (Neumünster) avait été fondé en 864 sur une terrasse ensoleillée de la rive gauche, à l’abri des inondations. Créé pour des chanoïnes, il devint à la fin du xe siècle un couvent de Bénédictines.
Jusqu'au xvie siècle, Ottweiler et Neumünster menèrent une vie indépendante. Le château, au milieu d’une vallée ouverte, n’eut jamais grande importance stratégique. D’autre part, la route de la vallée de la Blies n’était pas alors très fréquentée et le village ne se développait que lentement. En 1551, le comte y créa un marché hebdomadaire et éleva le bourg au rang de ville — par provision sans doute, car la proximité de Saint-Wendel, autre ville (depuis 1332) et marché, mieux placée pour les communications avec Kusel et le Palatinat, entravait le développement d’Ottweiler.
Cependant que la ville grandissait, le château perdait son caractère. Au xvie siècle, le donjon fut remplacé par un château de plaisance qui jusqu’à sa démolition, au xvirie siècle, servit souvent de résidence aux comtes de Sarrebruck. Les bourgeois et les fonctionnaires firent alors élever les belles maisons qui entourent le Schlossplatz. C’est de cette époque que date la manufacture de porcelaine qui accompagnait alors fréquemment les petites cours princières. Elle n’eut, à Ottweiler, qu’une existence éphémère.
Quant au monastère, comblé de dimes et de dons, il laissa déborder ces libéralités sur le village qui avait grandi auprès de lui. En 1552, Neumünster était aussi peuplé et probablement plus riche que la ville d’Ottweiler, puisqu'il était taxé à un chiffre supérieur. Pour le reste, jusqu’à sa sécularisation, ce monastère de Bénédictines n’a pas laissé d’autre trace de sa contribution au développement économique du pays.
Au début du xix® siècle, Ottweiler semble figé à jamais avec les traits du passé. En 1809, elle ne comptait que 1.883 habitants et lannuaire statistique du département, s’arrêtant comme par politesse à cette bourgade, ne trouve rien à en dire, sinon que les environs sont bien cultivés (1). En 1843, elle en était encore à moins de 3.000 habi- -
(1) Deramorre [88], p. 28.
tants (1). Survient la grande poussée industrielle de 1850 et c’est une renaissance inespérée. L'industrie métallurgique et l’industrie chimique, remontant la vallée de la Blies, y établissent leurs avantpostes. Une ressource locale, jusqu'alors négligée, les argiles et les bancs calcaires du Permien, suscitent la création d’une usine de ciment et d’une usine de briques réfractaires, Mais tout cela n’occupe guère plus de 500 à 600 ouvriers, et c’est insuffisant pour transformer l'aspect et l’esprit de la petite ville. Les maisons à pignon et à colombage demeurent en place et avec elles survit l’esprit conservateur, consolation des capitales découronnées.