NEUNKIRCHEN
Neunkirchen est presque exactement le contraire d’Ottweiler une ville récente, sans monuments et sans histoire. À son origine on trouve des forges et des mines. La nouvelle église (Neuen Kirchen) à laquelle la localité doit son nom avait été consacrée, en 1352, à sainte Barbe, patronne des forgerons. Le plus ancien texte mentionnant l'extraction du charbon (1429) se rapporte au Sinnertal, actuellement faubourg de Neunkirchen. |
Pourtant des éléments divers interviennent dans cette formation. Il y eut d’abord, comme à Ottweiler, un château (1570) et un village, l’un et l’autre bien situés à l’endroit où la Blies, tournant vers l'Est, ouvre une route vers la dépression de Landstuhl. Mais le château n’eut jamais d'importance politique et le village, au milieu de ce pays boisé, se développait mal. Heureusement le site devait retenir les forges : d’abord errantes dans la forêt charbonnière (Kohlwald), elles descendirent ensuite dans la vallée du Sinner pour se fixer finalement dans celle du Waldbach qui fut barré afin de créer un étang. En 1728, la forge de Neunkirchen était déjà le plus important de tous les établissements similaires de la rive gauche du Rhin et il s’était constitué autour d’elle une petite agglomération.
Primitivement les deux agglomérations, la rurale et l’industrielle, l'une perchée sur une colline, l’autre proche de l’étang, ne formaient qu’une commune. En 1799, les paysans du Haut-Neunkirchen réclamèrent la séparation pour ne pas avoir à leur charge les ouvriers du Bas-Neunkirchen. Satisfaction leur fut donnée, mais pour peu de temps : dès 4809 la statistique ne donne qu’un seul chiffre de popu-
(1) En y comprenant les faubourgs de Neumünster et de Ziegelhütte (BARscH [81], II, p. 55).
lation (1.409 habitants) pour les deux localités. En réalité, du jour où Frédéric Stumm eut acheté la forge, en 1806, le sort du village allaït être irrévocablement lié à celui de l’usine. Les Stumm sont devenus les maîtres de la ville et avant la Guerre aucun fonctionnaire ne pouvait être nommé dans la localité sans leur agrément. Cette ville, qu’on pourrait imaginer ardemment socialiste comme sa voisine Dudweiler, est en réalité un fief des seigneurs de l’acier, sagement administrée par le plus prudent des partis politiques.
Non moins décisif pour son développement fut la proximité des mines de houille. La mine de Kohlwald existait déjà au xvrrre siècle. En 1821 est ouverte la mine de Kônig, au voisinage immédiat de la forge et aux fins de l’approvisionner en combustible; plus tard s’y ajoutèrent les puits de Heinitz et de Dechen. Les avantages de la situation, demeurés jusqu'alors dans l’ombre, sont enfin aperçus et Neunkirchen, tête de ligne de la voie ferrée construite pour transporter les charbons de la Sarre sur la rive droite du Rhin, fut reliée au Rhin trois ans avant Sarrebruck.
Mais Neunkirchen est bien plus industrielle que commerçante, et à part deux usines de produits chimiques, quelques tuileries et briqueteries, elle est exclusivement la ville de la métallurgie lourde. Les étapes du peuplement sont celles du développement de l’usine Stumm (1).
En se développant, le village a rejoint d'anciennes agglomérations rurales envahies par les mineurs : Wellesweiler, Kohlhof, Sinnertal et une colonie fondée pour les ouvriers de la forge : Schlaverie. Il s’est formé un complexe de plus de 40.000 habitants auquel la Commission de Gouvernement a accordé en 1921 le droit de ville, comme don de joyeux avènement. Cependant ces éléments, mal fondus, forment un assemblage assez hétéroclite. L'usine elle-même, située à la limite Ouest de l’ancienne agglomération de Neunkirchen, mais au milieu du territoire communal, s'étend sur 1 kilomètre du Nord au Sud : hauts fourneaux au centre, aciéries et laminoirs au Nord, cokerie au Sud, en direction de la mine de Heïnitz qui fournit le charbon; chacun de ces groupes ayant ses maisons ouvrières collées à lui. En ville, les grands magasins côtoient les maisons basses; des terrains vagues subsistent entre les constructions neuves. Neunkirchen est |trop prolétaire pour se payer le luxe de beaux pares et de quartiers à villas; elle a les bords de l’eau les plus laids qu’on puisse rêver : une |ville à l’âge ingrat.
(1) 1809 : 1.409 habitants
1895 : 22.677 1900 : 27.684 (29.187 avec Nieder- Neunkirchen).