RESSOURCES AGRICOLES PRÉCAIRES
Tous ces matériaux donnent des sols à peu près également médiocres. La moitié du sol n’est pas en culture : vastes étendues boisées où les princes jadis se bâtissaient des pavillons de chasse : Jägersfreude, Jägersburg, Jägersberg. Longtemps le gibier fut la plaie
(1) De Gries — gravier. Noter les noms de Griesborn à l'Est de Sarrelouis; Gries à l'Est de Waldmohr.
des communes du Warndt. Aüïlleurs, la vie agricole est chétive. La vache se substitue aux chevaux dans les attelages et ceci ne signifie pas seulement que la terre sablonneuse peut être labourée sans effort; c’est la preuve que les propriétaires ne sont plus en mesure d'entretenir autre chose. La culture change d’échelle.
Cette agriculture dérive de formes archaïques qui ont subsisté ici très longtemps. Jusqu'au xvuie siècle on a pratiqué uniquement la culture temporaire sur brülis. Des paysans de Dudweiler, dans une requête de 1732, expliquent qu’ils ne sèment que deux ou trois ans, après avoir brûlé les bois essarts (Rodhecken) puis qu’ils abandonnent le terrain à la pâture (1). À la même époque une partie des terres était encore propriété collective et indivise. C’est seulement au milieu du xvuIe siècle qu’un prince éclairé, Guillaume-Henri de Nassau, donna l'autorisation de les partager (à Lummerschied en 1736, à Quierschied en 1750, à Etzenhofen et à Sellerbach en 1757, à Lauterbach en 1764) (?). En même temps il ordonnait la division du terroir en soles et assujettissait les paysans, sur toute l'étendue du ban, à respecter l’assolement triennal (Flurzwang), comme cela se pratiquait déjà dans le Gau et dans la vallée de la Sarre (?). Or ceci se passait au moment où, en France, étaient publiées une série d'ordonnances destinées à débarrasser les paysans des entraves de l’économie collective. Rien ne montre mieux le retard de l’économie rurale dans ces régions boisées, par rapport aux contrées plus anciennement défrichées.
De nos jours, l’assolement triennal n’a pas pu être étendu aux terres sablonneuses, trop pauvres pour donner des grains deux années de suite. C’est l’assolement biennal seigle-pomme de terre qui est toujours pratiqué. Les prairies sont très étendues (cercle de Sarrebruck :16 % du sol utilisable) ; mais envahies par les jones et la mousse, elles ne donnent qu’un médiocre fourrage. Il n’y a de fermes cossues et de beaux fumiers qu’au Sud de Sarrelouis, sur les terrasses. Une ligne de fermes aux noms caractéristiques : Sandhof, Sablonhof ja-
llonne la rive gauche de la Sarre. C’est le seul coin du Territoire où Von pratique en grand les cultures maraïîchères (‘).
(1) RUPPERSBERG [245], p. 21.
(2) Juner [263], pp. 81 et 90; RuPPERSBERG [244], II, 258. La source commune est GiTTEL [101], I, 417.
(3) Dorfordnung de Fechingen (1737) : « Um besser allen Fruchtschaden zu verhüten sollen gewisse Saamfluren gehalien und kein Acker abgesondert vom Saamfeld allein besaamt, sondern zur Weide liegen gelassen werden ». Sirrez [101], p. 234.
(4) Encore étaient-elles liées, jusqu’à ces dernières années, autant qu’aux sols alluviaux, à l’existence d’une nombreuse cavalerie à Sarrelouis — à tel point que les agriculteurs du cercle réclamaient en 1923 le maïntien d’une garnison française pour ne pas perdre le bénéfice du précieux fumier.
LES PAYS SARROIS ol