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DÉVELOPPEMENT DE LA PRODUCTION LAITIÈRE

C’est surtout dans le ravitaillement en lait que l’agriculture locale montre sa puissance relative et ses limites. Il s’agit là d’un produit de consommation courante, facilement transportable en grandes quantités, mais exigeant un acheminement rapide, et dont les mouvements enregistrent avec fidélité les conditions géographiques et la structure sociale de la région. Pour comprendre la vie du bassin industriel, il n’est rien de tel que de suivre ses bidons de lait.

La consommation journalière de lait frais a été évaluée par C. Kapp- STEIN (1), en 1929, à O kg. 260 par habitant, soit, pour tout le Territoire, 205.000 litres par jour et 75 millions par an. Avec un cheptel de 46.557 vaches laitières (1927) (2) donnant environ 225.000 litres de lait par jour (), et apport de ses chèvres, la Sarre pourrait largement couvrir ses besoins, même si on tient compte de la quantité de lait

(1) C. Kappstein [214].

(2) Vaches et génisses de plus de deux ans. Une vache de Simmental donne de 5 à 7 litres par jour quand elle travaille, de 10 à 12 quand elle ne travaille pas.

(3) Le calcul a été fait en prenant comme base les données de l’enquête agricole de 1927. Si on tient compte de l’augmentation du bétail qui s’est produite depuis, on arrive à une production d’environ 300.000 litres par jour pour le Territoire (février 1934). :

absorbée par les veaux (20.000 L. par jour). Mais la population ouvrière consomme le lait plus encore sous forme de beurre que sous forme de lait frais : qu’on songe seulement aux tartines de Butterbrot englouties chaque jour par le mineur à sa taille, et l'employé à son bureau! On peut évaluer à 60 % la proportion de lait sarrois qui est ainsi soustraite à la vente. La consommation totale s’en trouve fortement augmentée, elle atteint, d'après Kappsrein, 545.000 litres par jour, soit 200 millions de litres par an. Le déficit serait donc d'environ 342.000 litres par jour qui sont importés soit sous forme de lait (125.000 1.), soit sous forme de beurre.

Tous ces calculs ont été établis d’après une enquête portant sur les années 1928 et 1929. Depuis cette époque, la production sarroise n’a cessé d'augmenter et on l’évaluait, en février 1934, à 300.000 litres de lait par jour en moyenne. Comme la consommation n’a certainement pas augmenté, la part du Territoire dans son ravitaillement s’est élevée à un peu plus de 50 %. Les producteurs se sont groupés par cercle en coopératives laitières (Molkereigenossenschaften) qui rassemblent le lait et centralisent la vente. À ce point de vue, le cercle de Sarrelouis a pris une avance remarquable. Dans les principales villes, on a créé des laiteries (Milchhôje) qui reçoivent le laït de la Sarre ou des régions voisines, le pasteurisent et assurent la redistribution. Toutefois la vente de lait sarrois demeure peu rémunératrice. Les producteurs sarrois témoignent d’un souci très louable de l'hygiène et ils opposent volontiers la propreté qui règne dans leurs étables avec la saleté du lait étranger. C’est de bonne guerre; mais on ne médit que de ce que l’on craint. Ne pouvant supprimer la concurrence lorraine, désavantagée en face d’elle par la cherté des fourrages et les hauts salaires ((2)) les producteurs sarrois entendent au moins se réserver la préférence du bassin industriel.

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