L’ALLEMAGNE
Trois régions dans l'Allemagne occidentale sont bien placées pour fournir au Bassin de la Sarre des produits agricoles frais : le Palatinat occidental, le Birkenfeld et le Hunsrück, les vallées de la Sarre inférieure et de la Moselle.
(1) C’est le chiffre adopté par le Statistisches Reichsamt pour le calcul des indices de cherté de vie.
Le Palatinat occidental comprend, au Sud, un plateau très disséqué, le plateau de Deux-Ponts; au Nord, un long fossé tourbeux bordé, en territoire prussien, par un pays montueux et bocager. Aucune de ces régions n’est spécialement fertile : au Nord de Deux-Ponts, les limons qui faisaient la richesse du Bliesgau disparaissent; les dolomies du Grès coquillier, bientôt le Grès bigarré lui-même prennent au sommet du plateau la place du calcaire, La dépression de Landstuhl est encore mal égouttée. Pourtant ce Palatinat occidental, entre la Haardt et la dépression boisée de la Sarre, fait figure de bon pays. Avant la Révolution, on le donnait en exemple à la Lorraine (1). En l’an II, ses riches moissons ont sauvé les armées françaises de la famine. Avant la Guerre, c’était le principal centre où la Sarre s’approvisionnait en viande, en grains et en lait dont la production se concentrait dans de grosses fermes autour de Deux- Ponts.
Le Birkenfeld et le Hunsrück, de climat montagnard et de sol pauvre, offrent moins de ressources. La forêt domine; rares sont les plaines qui, comme celle de Baumholder, pouvaient avant la Guerre exporter des quantités notables de grains et de pommes de terre. Par contre les prairies sont très étendues et il se faisait autrefois un grand commerce de bétail qui s’expédiait, à la fin du xvirre siècle, jusqu'à Paris.
Depuis la Guerre, l’agriculture est devenue plus rationnelle : certaines fermes se spécialisant dans l’élevage des volailles, d’autres dans la production des fourrages, etc. Des coopératives laitières, autour de Bucherbeuren, groupent les petits producteurs. Elles seraient en mesure, si les conditions politiques redevenaient favorables, de fournir d'importantes quantités de lait. Malheureusement, ces contrées sont un peu éloignées (le principal centre de consommation est à l’extrémité Sud du Territoire) et assez mal desservies par les voies de communication.
Quant aux vallées de la Basse Sarre et de la Moselle, avec leurs vignobles dorant les pentes et leurs bois assombrissant les sommets, elles ont une économie trop spéciale pour pouvoir contribuer au ravitaillement du bassin industriel. La région de Trèves, avant la Guerre, importait du lait des fermes lorraines du Bischwald. Tout au plus ces vallées peuvent-elles entrer en ligne de compte pour les fruits et les produits maraîchers.
(4) 4 Le Palatinat doit et peut nous servir d’exemple (pour la suppression de la vaine pâture). » (Cahier de Rémeling.)
Ainsi, la Sarre ne trouve autour d’elle, du côté allemand, que des pays médiocrement doués pour la culture. Plus loin, 1l est vrai, une fois franchies les crêtes boisées du Haardt, on pénètre dans la grande plaine rhénane, prolongement de cette terre d’abondance qu'est PAIsace. Le blé et la betterave, le trèfle et les asperges se pressent sur un sol jamais en repos; mais tout ceci se vend dans les grands marchés urbains de Ludwigshafen, de Mannheim et de Mayence, que la plaine alluviale ne suffit même pas à alimenter. Néanmoins, jusqu’en 1914, le Palatinat et la rive gauche du Rhin contribuaient pour une grosse part à l'alimentation de la région industrielle.
Ces relations entre la Sarre et le Reich ont été bouleversées par l'établissement d’un cordon douanier. Depuis 1925 tous les produits agricoles allemands sont soumis à un droit de douane à leur entrée en Sarre. L'application de la taxe sur le lait (0 fr. 10 par litre) a d’abord arrêté net les expéditions du Palatinat, d’autant plus que, déjà avant la Guerre, le lait allemand revenait un peu plus cher que le lait lorrain. À partir de 1929, les expéditions reprirent, remontant régulièrement de zéro, en 1926, à 1 million de kilogs, en 1931 (ce qui d’ailleurs ne représente pas 3.000 litres par jour). Le mouvement fut le même pour les produits de ferme, avec cette différence que le Reich n’avait pas cessé d’écouler en Sarre de grandes quantités de fromage. Mais ces relations demeurent précaires. À partir de 1932, la France ayant limité l’entrée des produits allemands en Sarre à certains contingents fixés tous les trois mois (1), les importations de lait et de beurre allemands sont devenues très irrégulières. Le courant passe ou s’interrompt suivant un ordre de Paris et la frontière, qui n’est rien dans la nature, joue le rôle de disjoncteur. Que reste-t-il de géographique dans une pareille circulation ?
Plus apparent encore est l'effet de la politique douanière sur les importations de bétail. Avant la Guerre celui-ci venait, partie de Lorraine, partie du Palatinat. Dans les premières années de l’aprèsguerre, l'Allemagne avec son cheptel décimé ne pouvait songer à fournir du bétail à la région industrielle. Celle-ci se débrouilla tant bien que mal avec de la viande frigorifiée et avec du bétail sur pied acheté un peu partout : au Danemark, en Hongrie, et surtout en France. Le report de la frontière douanière à la limite Nord du Territoire semblait devoir exclure le bétail allemand de la région industrielle. Et il en fut bien ainsi jusqu’au printemps 1930. A ce moment-là, un changement se produisit avec une brusquerie inouïe.
(1) Il a été accordé un contingent de 1.600 RE de lait Reis par l’avenant du 2 juillet 14932 à l’accord du 23 février 1928.
En quelques semaines, tandis que les prix montaient encore en France, les prix baissèrent en Allemagne et en Danemark à tel point que le droit de douane devint inefficace. L'agriculture allemande, soutenue par les primes d'exportation (1), put jeter sur le marché sarrois des quantités croissantes de bêtes de boucherie.
Importations de bétail allemand en Sarre.
POIDS VALEUR (2) (en 1.000 kgs.) (en 1.000 RM.)
PPS ME TE 11.471 1.120 ee 163.140 14.306
Il est possible que le public sarrois se soit laissé influencer par des campagnes de presse qui représentaient les bêtes françaises comme étant de qualité inférieure. Mais la préférence donnée aux bêtes allemandes est avant tout une question de prix. Il suffit de jeter un coup d’œil sur les cours pratiqués aux abattoirs de Sarrebruck en 1931 et 1932 pour se rendre compte que la viande allemande, une fois le droit de douane acquitté, revenait toujours meilleur marché (3). Qu'on ait encore vendu, à cette époque, des bêtes françaises en Sarre, c’est la meilleure preuve qu’elles ne sont pas toutes atteintes de tuberculose, fièvre aphteuse, peste bovine et autres maladies imaginaires dont les frapperait, s’il avait les mains libres, un protectionnisme honteux ({).
Les ventes de céréales et de farines allemandes ont beaucoup baissé. D’après une statistique qu’il a été impossible de contrôler (5), les expéditions de la région de Baumholder (cercle de Saint-Wendel,
(1) Aïnsi en 1930-1931, le Reich accordait une primed’exportationde 80à 100 marks par tête de bétail exportée de Bade, de Wurtemberg et de Bavière.
(2) BericurT, X, p. 60.
(3) Berrcar, X, p. 304.
(4) « Tout homme de métier est forcé de dire que les bêtes de boucherie venant de France sont de qualité bien supérieure à celles que fournit le Territoire de la Sarre. Si regrettable que soit cette constatation du point de vue de la Chambre d’agriculture, elle est un fait indéniable. Les bouchers ne demanderaient pas mieux que de s’approvisionner dans le pays, mais il est également un fait que l’agriculture sarroise n’y suffira jamais. Neuf dixièmes des bêtes de boucherie nécessaires en Sarre nous viennent de l’étranger. » (Lettre du syndicat des bouchers, S. Ztg, 2 février 4927:)
(5) Hozvermanx in Koelnische Zeitung, n° 476, 24 janvier 1930.
RÉG. IND, SARROISE 36
moins la partie incorporée au Territoire) auraient baissé dans la proportion suivante
1913 1929 Pommes de terre . . . . . 39.000 qx 2.000 BIENS Re CURE O2 UOUAUE »
AIT EL HE EN CR Re 2 0000 DA »
BEUTTO SN REPACPEALE 3.000 qx 200 CŒUIS ARC AS 00 00DBDIÈCESe 30.000 TLÉDUMES ER PTE 6.500 qx . 20 ÉTUDE. ACER ORNE LEE 9.000 qx 90
L'Allemagne a mieux défendu ses positions en ce qui concerne les pommes de terre. On a vu plus haut que les expéditions en Sarre ont représenté, pendant les quatre dernières années, en moyenne 60 %, des importations totales de celle-ci. Les pommes de terre proviennent en premier lieu du Palatinat et du Hunsrück, puis de la rive droite du Rhin. Il est arrivé que des pommes de terre de Pologne et de Lithuanie ont pénétré en Sarre comme marchandise allemande, mais l'obligation du certificat d’origine limite beaucoup la portée de ces fraudes.
En somme, si le Palatinat et la Province rhénane contribuent encore à l’approvisionnement de la Sarre, le reste de l’agriculture allemande compte fort peu pour elle.