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LES EXPORTATIONS

La Sarre exporte d’abord et avant tout du charbon, puis des objets fabriqués : aciers finis ou ébauchés; machines; verreries, céramique; quelques produits de moindre importance (engrais, ciments, goudrons); enfin un peu de bois (1).

a) On a vu plus haut quelles avaient été les vicissitudes des exportations de charbon sarrois depuis 1920 (cf. tableau p. 316). En 1932, sur 5.852.215 tonnes exportées, 914.421 (15,6 %) ont été vendues en Allemagne, 4.041.518 (69,05 %) en France. Soulignons une fois de plus que le renversement des proportions d’avant-guerre ne résulte pas seulement d’un jeu d’écritures, faisant passer la part de l’Alsace- Lorraine de l'Allemagne à la France. Celle-ci, dans ses limites de 1914, achète 49,1 % du charbon vendu en dehors du Territoire (contre 12,2 % avant la Guerre) ; l'Allemagne (sans lAlsace- Lorraine) 15,6 %, au lieu de 36,2% en 1913. La proportion des pays étrangers : Suisse, Belgique, Luxembourg, Autriche et Italie, supérieure à celle d’avant-guerre, est de 15,3 %.

b) On observe une modification analogue dans les ventes de produits métallurgiques. En 1932, sur 903.598 tonnes écoulées en dehors

(1) On néglige les trompe-l’œil de la statistique : le Territoire de la Sarre, qui ne produit pas assez pour se nourrir un jour sur quatre, trouve moyen d’exporter en France des céréales, du bétail, de la charcuterie, du cidre et même du vin. Les amateurs de champagne apprendront avec inquiétude que la Sarre expédie chaque année en France quelques hectolitres de vin mousseux. Rassurons-les : il s’agit de caisses défectueuses renvoyées à l’expéditeur. Dans les autres cas, la Sarre réexporte en France des marchandises allemandes ou même — triomphe de l’intermédiaire — des marchandises françaises. En sens inverse, la Sarre expédie en Allemagne des farines et des tourteaux qu’elle serait bien incapable de produire. Mais les réexportations dans ce sens sont faibles, à cause de l'élévation des prix français.

du Territoire, la France en a reçu 35 %, ; l'Allemagne 30 %,; l'étranger 24,2 %. Comme pour le charbon, il y a eu réellement conquête de débouchés nouveaux à l'Ouest et non simple jeu de statistique résultant de la désannexion de l’Alsace-Lorraine.

L'intégration de la Sarre dans l’économie française est, à ce point de vue, moins poussée que pour le charbon. C’est simplement à la faveur de la crise que les ventes en France ont dépassé celles en Allemagne et il suflirait d’une très légère reprise dans ce dernier pays pour qu’il redevienne le premier client de la métallurgie sarroise. Néanmoins on peut admettre que les positions conquises par celle-ci en France pourront être conservées, quelle que soit la conjoncture, aussi longtemps que sera maintenu le régime d’union douanière. Tout autre statut rejetterait la métallurgie sarroise vers l’Allemagne et les pays d'outre-mer.

Les chiffres ci-dessus ne s'appliquent qu'aux demi-produits et produits finis de la métallurgie lourde. Celle-ci récupère aussi des sousproduits dont elle exporte des quantités croissantes : benzol (21.983 t. exportées en 1931-1932 en totalité vers l'Allemagne); ciment (80.379 t. dont les deux tiers en France).

Pour l’industrie de transformation, il faut se plonger dans le détail de la statistique ferroviaire. On y voit que la Sarre vend à la France à peu près autant de moteurs qu’elle lui en achète, mais avant la crise elle en écoulait dans le Reich trois ou quatre fois plus qu’elle n’en importait. Inversement, dans la branche « appareillage électrique », la Sarre reçoit du Reich beaucoup plus qu’elle ne lui envoie, tandis qu’avec la France achats et ventes s’équilibrent à peu près. Troisième exemple : les machines. Les exportations de la Sarre dans le Reich représentent à peine la moitié des exportations allemandes en Sarre, tandis que le rapport est inverse avec la France (2.580 t. exportées par la Sarre en 1931-1932 contre 734 t. importées). L’industrie sarroise de transformation se trouve donc actuellement en bien meilleure posture sur le marché français que sur le marché allemand.

Pour tous ces produits l’importance des ventes dans les pays autres que la France est extrêmement variable. Presque nulle pour lappareillage électrique, elle atteint plus de 40 % du total des ventes pour les moteurs et la construction métallique.

c) Bien plus effacé est le rôle que jouent le verre et la céramique dans les exportations sarroises : ainsi, en 1931, l'Allemagne avait acheté pour 2,4 et 2,8 millions de RM. de ces produits, alors que la valeur des exportations de produits sidérurgiques sarrois dans le Reich atteignait, la même année, 50 millions de RM.

Il est vrai que l'Allemagne n’est plus aujourd’hui le principal débouché. En 1931-1932, presque la moitié des 22.544 tonnes de verre exportées par voie ferrée sont parties en France : tandis que l’Allemagne ne maintenait guère que ses achats de verre à vitres, la France achetait des quantités croissantes de gobeleterie et soutenait tant bien que mal cette industrie défaillante. Le chiffre relativement élevé des expéditions en Belgique trahit l'importance des ventes d'outre-mer.

Dans la branche céramique, sur une exportation de 10.284 tonnes (1) enregistrée à la statistique des Chemins de fer en 1931-1932, 6.723 tonnes ont été exportées en France, 2.030 tonnes en Allemagne; le reste se disperse un peu dans toute l’Europe, jusqu’en Pologne et dans les Pays Scandinaves. En 1928-1929, les proportions respectives de la France et de l'Allemagne étaient encore de 35,6 % et de 40,9 %. Le retournement brusque est d’autant plus remarquable que la céramique est une des branches où il n’y avait pas eu de nouveaux investissements de capitaux français après la Guerre, et c’est pour cela que le courant d’affaires avec l'Allemagne s'était maintenu régulièrement jusque vers 1929. Mais la crise venue, sans autre sollicitation que celle de l'offre et de la demande, l’industrie sarroise a fait demi-tour et s’est orientée vers le marché français.

Cendrillon du groupe, l’industrie sarroise du meuble est menacée dans son existence même par les exportations croissantes de PAllemagne et de la France. Sur les 2.500 tonnes qu’elle réussit à vendre en dehors du Territoire (?), la plus grosse part va en France, le reste en Allemagne et dans des pays divers.

Il est inutile de pousser plus loin l’énumération : à quelques exceptions près, la situation se présente partout comme pour le charbon, l'acier, le verre et la céramique. L'industrie sarroise a perdu une partie des débouchés qu’elle possédait avant la Guerre en Allemagne; par contre elle a largement étendu ses ventes dans toute la France.

Devant ce résultat, il ne manquera pas d’auteurs étrangers pour soutenir que la nouvelle orientation du Territoire est due unique-

(1) On rappelle que la statistique des Chemins de fer sarrois ne retient que les expéditions supérieures à 500 kilogs; les exportations totales sont très supérieures à ce chiffre. La statistique douanière du Reich donne 15.710 tonnes de produits céramiques exportées de Sarre en Allemagne en 1931. De la statistique ferroviaire on retiendra seulement les proportions.

(2) Statistique des Chemins de fer sarrois.

ment à la pression politique exercée par la France. Parce que la situation actuelle correspond en somme à ce qui avait été prévu par le Traité de paix, on voudrait faire croire qu’elle en dérive. C’est oublier par quels détours capricieux se fait l’évolution économique. Faisons la part aussi large que possible aux conséquences directes ou indirectes du Traité de paix : l'union douanière avec la France, l'introduction du franc, l'investissement de capitaux français. Il reste que tous ces facteurs réunis n’auraient pas réussi à interrompre les relations traditionnelles de la Sarre avec le Reich si celui-ci, principal client du Territoire, n’avait repoussé les produits sarrois, d’abord par suite d’une longue évolution qui tend à installer le charbon et les aciers westphaliens au cœur de l'Allemagne du Sud; puis par suite de la crise qui a contraint le Reich à vivre sur luimême.

Allons-nous en rester là et conclure que cette pénétration intime de l’économie sarroise et de l’économie française n’est qu’un accident, un épisode éphémère et sans portée? Il faudrait pour cela que la crise elle-même fût un accident, un de ces faits que l’on saute quand on reprend l'explication des événements.

Aujourd’hui, le plus mauvais pas franchi, nous pouvons juger la crise avec équité. Elle a dissipé le mirage né de l'inflation et remis en honneur la considération du prix de revient; elle a rétabli une hiérarchie entre les hommes et les valeurs, les usines aussi; car les industries qui survivent sont celles qui trouvent auprès d’elles ou les matières premières, ou la main-d'œuvre adroite et peu exigeante, ou les moyens de transport bon marché, en un mot celles qui sont à leur place; les autres, les champignons de l'inflation, les vieillies, les inadaptées, ont été éliminées. D’une certaine façon, la crise, c’est la géographie qui reprend ses droits. Si donc c’est bien la crise qui a lié fortement la Sarre à la France, plutôt que la volonté — si intermittente — de la politique française, on peut en conclure que cette union est dans l’ordre de la nature, et qu’elle a des chances de survivre aux conditions politiques actuelles.

Ainsi la France arrive au premier rang dans le commerce extérieur du Territoire dont elle est à la fois le premier fournisseur avec 79 % des importations et le premier client avec 61 % des exportations (le tout en valeur approximative). Puis vient l'Allemagne, dont la position est en réalité plus forte que ne l’indiquent les chiffres de

1932-1933, mais qui, depuis 1925, n’a jamais atteint les chiffres du commerce français ni à l'exportation ni à l'importation.

La France et l'Allemagne réunies font la plus grosse part du commerce extérieur de la Sarre : 92 % à l'importation et 90 % à l'exportation.

Commerce extérieur du Territoire de la Sarre du 1®7 avril 1932 au 31 mars 1923 (en milliers de francs) (1).

IMPORTATIONS sarroises en provenance d

EXPORTATIONS sarroises à destination de

| par voie ferrée .

par eau . .

France . .:

° |par route hr:

par colis postaux. .

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OR DT TC ne MT cs D . 954.6: 2.058.714

(1) Sur la manière dont ces évaluations ont été obtenues, cf. supra, p. 535-6.

Après elles les seuls pays qui comptent sont, à l'importation : la Belgique (à cause d'Anvers), le Luxembourg et les Pays-Bas; à l’exportation : la Suisse, la Belgique, l’Italie, le Luxembourg, l’Autriche et les pays d’outre-mer, qui échappent à la statistique ferroviaire sarroise parce que les exportations s’y font par Anvers ou Marseille.

Au total, même si on tient compte, comme nous l'avons fait, du trafic routier et du trafic postal qui porte presque uniquement sur des marchandises importées, la balance commerciale du Territoire

accuse un excédent d’exportations (1). Ceci n’est pas, comme dans le Reich, un fait récent, contemporain de la crise (?); il semble bien que dès le début le Territoire de la Sarre ait eu sa balance commerciale en équilibre (3). I1 y a là une indication précieuse sur la vitalité de la région industrielle. Alors que les petits pays industriels comme la Suisse ou le Luxembourg n'arrivent pas à équiliber leur balance commerciale, la Sarre, même en période de chômage, s’enrichit.

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