ÉvoLuTioN DES ÉCHANGES pEPuiIs
De 1926 à 1930, la valeur des exportations allemandes en Sarre n’a cessé de progresser pour atteindre en 1930 un chiffre triple de celui de 1926. L'augmentation avait porté sur toutes les catégories : produits alimentaires, bétail, matières premières et produits demibruts; produits fabriqués. Depuis la crise, ces exportations se sont réduites et n’ont plus atteint en 1933 qu’un chiffre inférieur de moitié à celui de 1930.
Les exportations françaises avaient marqué depuis 1920 et surtout depuis 1923 une augmentation très rapide, passant de 365 millions de francs en 1922 à 2.102 millions (BELLEr) en 1927.
Le déficit de certaines matières premières après la Guerre, puis l'instabilité monétaire, finalement l’introduction du franc et les difficultés de transport pendant l'occupation de la Ruhr concoururent à ce résultat : un an et demi avant l’incorporation de la Sarre au système douanier français, la Sarre avait été dans l’obligation de se tourner vers l'Ouest, au moins pour ses achats.
(1) I] en résulte que le déficit de la balance commerciale de la France seule est plus important qu’il n'apparaît sur les statistiques de l’Union douanière franco-sarroise.
(2) C’est en 1929, pour la première fois depuis la Guerre, que le bilan commercial du Reich fit apparaître un excédent d’exportations,
(3) J. Priou [17], p. 134 (1e édition).
A partir de 1926, à la suite de la stabilisation du franc et surtout des accords douaniers dont il a été question plus haut, les produits allemands reprennent une partie du terrain perdu. La crise a accentué ce retour offensif, l'Allemagne, la première touchée, ayant fait un effort considérable pour abaisser le prix de revient de ses produits manufacturés, tandis que la France se préoccupait surtout d'assurer une protection à ses agriculteurs et par là maintenait les prix des objets manufacturés à des chiffres supérieurs aux prix allemands. Les ventes françaises sont tombées en 1932-1933 à 1.347 millions environ.
Les exportations du Territoire, tout en présentant des fluctuations sensibles, n’ont jamais accusé des renversements aussi nets et aussi brusques dans l’orientation économique.
Les ventes sarroises en Allemagne se sont élevées de 133.954.000 RM. en 1925 à 230.325.000 RM. en 1927, pour retomber, par suite de la crise, à 89.201.000 RM. en 1930. Le poids des marchandises exportées se trouvait alors inférieur d’un cinquième à celui de 1925, ce qui indique qu’il n’y avait pas eu simplement baisse des prix. Depuis 1933, les exportations du Territoire dans le Reich sont en reprise.
En France, les ventes sarroises ont marqué depuis 1922 une progression continue :
Valeur des exportations sarroises en France.
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On voit que la progression a été à peine interrompue par la crise. En effet, la Sarre, qui peut se procurer en franchise des matières premières ou des demi-produits allemands, a bénéficié dans une large mesure de la baisse des prix dans le Reich et développé ses exportations en France dans la même proportion que le Reich lui-même.
Quelques faits essentiels se dégagent de la comparaison des statistiques d'importation et d'exportation du Territoire de la Sarre :
10 À l'heure actuelle (début 1934) la Sarre vend dans le Reich un peu plus qu’elle ne lui achète. Tel paraît bien être le rapport normal des échanges entre Sarre et Reich, puisque de 1925 à 1930 les ventes de la Sarre ont été toujours supérieures, parfois du double, à celles du Reich. La passivité de la balance commerciale sarroise de 1930
à 1932 est due simplement à l’acuité exceptionnelle de la crise dans le Reich.
20 Le Territoire de la Sarre représente pour la France un client de
| premier ordre. Le rang qu’on lui assigne dépend évidemment des
évaluations et on ne peut guère comparer les chiffres approximatifs du commerce franco-sarrois avec les chiffres exacts du commerce français avec l'étranger. Si cependant on replace le Territoire dans la liste des pays clients de la France, on voit qu’il occuperait en 1932 le cinquième rang, avant les États-Unis, les Pays-Bas et l’Italie (1).
30 Mais la France compte plus encore pour la Sarre que la Sarre ne compte pour la France. Le Territoire a pris l'habitude d’écouler chez nous des quantités croissantes de marchandises qui ont représenté en 1932-1933 jusqu’à 60 % de ses exportations totales, les ventes en Allemagne ne représentant que 29 %.
Il fut un temps où l’on disait couramment : « La Sarre achète en France et vend en Allemagne », expression qui n’a jamais été rigoureusement exacte et qui exprimait tout au plus ce fait qu’en 1926-1927 le rapport des échanges de la Sarre avec le Reich
Importations = ue Eu - .
Exportations — 9, était à peu près inverse du rapport des échanges de la Sarre avec la France (5 STE Aujourd’hui la formule n’a
même plus cette vérité relative : depuis 1929 la Sarre a vendu de moins en moins en Allemagne et de plus en plus en France; finalement, celle-ci est devenue pour l’industrie sarroise un débouché plus important que le Reich. On peut donc affirmer, en toute objec-
tivité, qu’à l'heure actuelle le commerce de la Sarre l’oriente vers la France.