DEUX PAYS A PART : LE BASSIN DE HOMBURG ET'LE KÔLLERTAL
Deux exceptions seulement : le bassin de Homburg et le Kôüllertal.
Le bassin de Homburg est la terminaison occidentale d’un large couloir qui commence à Kaiserslautern et qui cesse d’être nettement dessiné à l'Ouest de la Blies. Les auteurs allemands le désignent sous le nom de Westpjälzische Moorniederung. Nous l’appellerons, faute d’un nom populaire, la dépression de Landstuhl, du nom de la petite ville qui garde cette voie historique. C’est un long couloir, à peu près sans pente, dont la largeur atteint 5 kilomètres à Landstuhl. Le fond est occupé par des alluvions, sables et cailloux roulés, et par des tourbières. Des brouillards traînent longtemps sur les marais; pommes de terre et plants de pins souffrent des gelées tardives.
L'industrie métallurgique s’est établie à Saint-Ingbert et à Homburg et cette dernière est devenue un satellite de Neunkirchen. Mais faute de l’appui des mines — les derniers puits disparaissent à l'Est d’une ligne Saint-Ingbert— Wellesweiler— Frankenholz — elle
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demeure un peu en l’air; le Griesland, ici, est un pays rural. Encore la culture n’a-t-elle pris pied dans ces marais qu’à une date récente.
La mise en valeur de ces terres marécageuses fut une œuvre de longue haleine. Commencée au xt11e siècle par l’abbaye de Wôürschweiler, poursuivie au xv® siècle par les ducs de Deux-Ponts qui attiraient alors des Frisons, elle fut maintes fois interrompue. En 1810, il subsistait encore autour de Limbach des marais étendus qui créèrent de sérieuses difficultés lors de l'établissement de la route impériale. Dans la région de Landstuhl, le premier grand fossé de drainage, le Flossgraben, date de 1745, mais il a fallu plus d’un siècle pour obtenir un abaissement sensible de la nappe phréatique. Le terrain gagné est découpé par un quadrillage de fossés et de chemins en remblai; entre ces digues, les parties hautes ont été plantées en pins sylvestres, les parties basses transformées en prairies. Alors que les anciens villages s’allongeaient sur une terrasse, dans le sens du couloir (Hütschenhausen) comme les villages de Marschen de l’AIlemagne du Nord, des fermes ont surgi au centre de la dépression et autour d'elles sont apparus seigle et betterave. Des anciennes tourbières il ne reste plus trace dans le bassin de Homburg et elles n’occupent qu’une étendue restreinte aux environs de Landstuhl : pays silencieux et solitaire, auquel sa platitude et ses horizons de pins confèrent une grandeur triste.
Le Küllertal est une petite région, plaine plutôt que vallée, qui doit son nom à un affluent de droite de la Sarre. Elle est formée par les grès argileux du Carbonifère supérieur qui ont été nivelés en une surface à peine ondulée, presque horizontale.
Ces grès micacés donnent de bonnes terres à céréales. La région d’Heusweiler au Nord était peuplée dès l’époque gallo-romaine. Dans le Bas-Küllertal on peut suivre au Moyen Age une colonisation seigneuriale avec peuplement en fermes et hameaux : Etzenhofen, Walpershofen, Rittenhofen, Uberhofen, etc. (1). Le Küllertal devint alors le grenier d’avoine du comté de Sarrebruck et on y élevait des chevaux réputés; sous la Révolution française on constate que c'était encore lui qui approvisionnait le reste du pays. L’individualité était si nette que le Küllertal formait une unité administrative, une mairie (Meïerei) qui au milieu du xvrrre siècle comptait 27 localités (2).
Aujourd’hui il est envahi par l’industrie. Dans ce Kôllertal rasé de près comme une de nos campagnes françaises, les chevalements à l'horizon alternent avec les clochers. Les anciens hameaux sont
(1) Scanur [20], p. 56.
(2) Sitrez [101], p. 92.
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devenus villages et ces villages ont un cachet qui ne laisse aucun doute sur les goûts et les ressources d’une population dont l’agriculture n’est plus l’occupation principale. De plus en plus ce petit Gau relève du Pays des Bois et des Mines.
6. LE cOMTÉ DE NASSAU-SARREBRUCK, CENTRE POLITIQUE DE LA RÉGION
Le regroupement qui s’opère ainsi reproduit les divisions territoriales d'avant la Révolution. La plus grande partie du Pays boisé formait le comté de Nassau-Sarrebruck avec ses trois bailliages de Sarrebruck, Saint-Jean et Ottweiler. Le comte de la Leyen y possédait seulement la petite enclave de Saint-Ingbert; au duché de Lorraine appartenaient la moitié occidentale du Warndt, l’abbaye de Wadgassen (acquise par échange en 1766) et quelques localités du Küllertal qui furent cédées au comté de Nassau au même moment. A l'extrémité Nord de la région, la seigneurie d’Illingen relevait immédiatement de l’Empire. Enfin Homburg, point stratégique important, longtemps disputé entre les comtes de Nassau-Sarrebruck et les ducs de Deux-Ponts, échut finalement à ceux-ci (1755), mais trop tard pour que la ville en bénéficiât. Le dernier duc put y bâtir, sur le Carlsberg, un palais fastueux; il n’eut pas le temps d’en faire une capitale.
En somme, depuis Lauterbach dans le Warndt jusqu’au delà d’Ottweiler, toutes les terres appartenaient au même prince.
Il n’est pas inutile, pour l'intelligence du problème politique actuel, de souligner l'importance de ce fait. Les comtes de Nassau, passés à la Réforme en 1575, imposèrent le protestantisme à leurs sujets. Depuis lors, ceux-ci se sont trouvés isolés au milieu des catholiques populations de la Lorraine, de l'électorat de Trèves et du duché de Deux-Ponts. Le protectorat religieux que les rois de France ont exercé sur les populations catholiques cédées à l’Empire au traité de Ryswick, s’il a servi incontestablement l’influence française auprès de celles-ci, ne pouvait guère que lui aliéner la confession rivale. D'autre part, sans doute parce qu’il n’y existait guère de noblesse terrienne susceptible de limiter l’absolutisme du souverain, le petit comté prit de bonne heure le caractère d’un état. Dans une région Où les souverainetés étaient extraordinairement enchevêtrées et morcelées, les comtes de Nassau furent les premiers à faire un remembrement territorial; dans une région disputée entre la France et l’Empire, ils se montrèrent, dans la seconde moitié du règne de Louis XIV,
de tous les princes allemands les plus fermes dans leur fidélité à l’'Empereur. À tous les points de vue, ils furent des précurseurs. Il a fallu que la nationalité allemande se sentit en danger pour que l’histoire tirât de l’oubli ces princes aux traits rudes, à l’image des statues qui, dans l’église de Saint-Arnual, couvrent leur tombe. Mais c’est déjà beaucoup que d’avoir pu trouver dans le passé leurs figures de pierre. Pour les fidèles du Reich, ils ont été l'idéal personnifié.
Ainsi le comté de Nassau-Sarrebruck a joué, toutes proportions gardées, un rôle du même genre que celui de la Prusse. Comme celle-ci, il a été servi par le développement industriel, plus précisément par le charbon. Quand la Prusse s’est installée à Sarrebruck en 1815, elle n’est pas apparue seulement comme lhéritière d’une dynastie qui avait conservé des sympathies dans le pays, mais comme l'État propriétaire des mines, dont la politique devait désormais commander la richesse des habitants. Les nouveaux venus furent donc facilement acceptés et, en dépit des différences originelles entre indigènes et immigrés, la population du bassin houiller est aujourd’hui homogène, comme le pays minier est un.