COULEURS ET FORMES NOUVELLES DU PAYSAGE
Le passage à un pays nouveau s’annonce d’abord par un changement dans la couleur du sol. A la place des schistes gris s’installent des grès et des argiles d’un ton plus vif allant du rose violacé au rouge intense. L’affleurement du Permien ici comme ailleurs illumine le paysage. Le rouge est partout, aussi bien dans le sol que dans les constructions, là où le matériau, brique ou moellon, ne se dissimule pas sous un fard agressif. L’argile ou terre de rubrique (Rôütel) utilisée comme colorant a été longtemps l’objet d’une exploitation régulière (1) et on l’extrait encore de temps en temps entre Theley et Selbach.
(1) DELAMORRE [88], p. 82.
LES PAYS SARROIS 37
En même temps que le paysage s’éclaire, les horizons s’élargissent. Plus de vallées profondément ravinées où l’étroitesse du fond est encore accrue par l'encombrement des remblais industriels. En pénétrant dans la vallée de la Blies à Neunkirchen, on voit les versants s’abaisser et s’écarter, laissant entre eux de petites bandes alluviales où la Blies méandre à l’infini entre les aulnes. Les collines rigides du Grès bigarré s’émoussent au point de n'être plus que mamelons aplatis. Ce ne sont que formes molles, comme on n’en avait plus rencontré depuis le Plateau Lorrain, dépressions évasées qui rappellent les noues. Pour retenir l'argile qui glisse, les paysans coupent parfois les versants de petites terrasses, mais en général la pente est assez faible pour que les champs demeurent distincts sans haie et sans rideaux. L’eau sourd à chaque instant au contact des grès et des argiles, mais elle s’écoule normalement, et il n’y a aucune tendance à la formation d’étangs, comme sur le Grès bigarré. L’altitude moyenne n’est pas inférieure à celle de la région que nous venons de quitter; mais tandis que la dissection intense des grès évoquait souvent un avantpays montagneux, on a ici l'impression d’une plaine qui s’étend depuis la vallée de la Prims jusqu’à celle du Glan.
Cependant, à mesure qu’on avance vers le Nord, la continuité de la surface est interrompue par des reliefs inattendus. Au Nord d’une ligne Bettingen—Saint-Wendel, des collines qui atteignent fréquemment 400 mètres se dressent irrégulièrement au-dessus de la plaine. Leurs profils raides, terminés parfois en pitons, choquent dans un ensemble où toutes les formes étaient harmonieusement fondues. Ces roches nouvelles qui ont été mises en saillie par l'érosion, parce qu’elles offraient une résistance supérieure à celle des grès et des argiles, sont des roches éruptives tantôt massives formant dôme, tantôt stratifiées en coulées plus ou moins épaisses, se débitant parfois en colonnes prismatiques et donnant par désagrégation des boules qui roulent aux flancs du Schaumberg. Elles renferment (1!) des agates et des jaspes qui, à plusieurs reprises, ont été recherchées par les habitants qui les envoyaient à Oberstein pour être taillées. Cette extraction a complètement disparu; mais les massifs éruptifs retentissent toujours du bruit des marteaux. Là sont les grandes carrières de pavés du Territoire : Ober-Linxweiler, Marpingen, Bosenberg, Michelbach.
Les géologues ont longtemps confondu toutes ces roches sous le nom de « mélaphyres » (basaltes anciens), dénomination certainement
(1) Notamment à Oberkirch (cf. DELamorre [88], p. 82).
inexacte pour un grand nombre d’entre elles, mais qui, en rappelant leur teinte sombre, indique leur vraie valeur dans ce pays haut en couleur : ainsi le Schaumberg jette une ombre sur une tapisserie bigarrée.