‹ La Région Industrielle SarroiseChapitre 27 sur 270 · ANCIENNETÉ ET PERSISTANCE DE LA VIE AGRICOLE · texte numérisé non relu

ANCIENNETÉ ET PERSISTANCE DE LA VIE AGRICOLE

Si l’homme, dans cette région, a moins respecté la forêt, c’est qu'il pouvait attendre davantage du sol. Les grès du Permien, fortement argileux, mais ameublis par le sable, donnent, malgré leur pauvreté en Chaux, d’assez bonnes terres de culture, très supérieures en tous cas aux sables du Griesland. Les venues éruptives les ont d’ailleurs enrichies en potasse et en chaux et si les sommets de ces bosses, dépourvus de terre végétale, ne portent que des taillis et des landes, le ruissellement a entrainé les éléments meubles sur les pentes. Ainsi, tandis que les bois montent la garde autour du monument du Schaumberg, les champs de trèfle, de luzerne ou de pomme de terre s’étalent à leur pied et, sur le flanc Sud-Est, des vergers donnent les meilleures pommes de la contrée.

Les champs de seigle et d’avoine, alternant avec les prairies artificielles et les plantes sarclées, couvrent toute la plaine. Pendant longtemps les céréales ont été la ressource essentielle comme sur le Gau. Le règlement (Dorfordnung) du village de Remmesweiïler, qui remonte à 1663, le plus ancien document de ce genre que nous possédions pour le Territoire (1), dispose qu’il faut payer une indemnité à la commune pour établir une prairie, ou même pour en agrandir une. Encore en 1860 les bourgmestreries de Bettingen et de Lebach produisaient plus de grains qu’elles n’en consommaient. L'élevage n'était pratiqué que sous la forme de la vaine pâture. Mais il avait une certaine importance au moins en ce qui concerne les moutons. Saint Wendelin, patron de la contrée, est représenté comme un pâtre gardant ses moutons. Jusque vers 1870, les troupeaux amenés au marché de Saint-Wendel étaient expédiés sur Paris (?).

L'agriculture est donc la ressource sinon la plus importante, du moins la plus apparente de cette région. Maïs c’est une agriculture malgré tout assez pauvre et on ne peut parler de fertilité de sol que par comparaison avec le Pays aux Bois. Pendant longtemps on y a connu les mêmes formes archaïques de propriété, pratiqué les mêmes systèmes de culture temporaire sur brülis. Au témoignage de DurivaL l’écobuage était encore la règle au xvrre siècle dans le Schambourg. Les terres communes (Erbländereien), allotées plus ou moins régulièrement entre un certain nombre d'habitants, n’ont disparu que dans la deuxième moitié du xix® siècle, en 1860 à Scheuern, en

(1) Publié par L. PrINz (U. .), 1932, 3 a, p. 59. (2) Communication de P.-E. KiFrer.

1861 à Hasborn. A la même époque il n’existait pas un seul cheval à Scheuern.

Isolés par les reliefs forestiers, ces villages ou ces hameaux du Bohnental ont déjà des traits à demi montagnards. Les vieilles maisons à toit de chaume, à bâtis de bois rempli de torchis, s’y sont conservées plus longtemps qu'ailleurs. Les communaux y sont très étendus. On y laboure encore avec l’araire, une anomalie dans ce pays de champs ouverts. Les petits bassins de Grès bigarré, mal drainés, sont demeurés longtemps des foyers de paludisme. Partout les communications étaient difficiles. On est surpris de l’étroitesse de la zone dans laquelle pénètre la vie de la vallée. Haustadt, à 5 kilomètres de la Sarre, n'avait pas en 1845 une route carrossable dans la vallée, et les habitants, pour porter leurs grains au marché de Sarrelouis, devaient les charger sur un cheval et suivre le lit du Mühlenbach qui tenait lieu de chemin (1.

C’est l'emploi des amendements calcaires qui a transformé l’agriculture de ce pays. Les conditions naturelles y seraient plutôt favorables à l'élevage; mais l’extrême morcellement de la propriété et le caractère accessoire que présente l’occupation agricole pour beaucoup de ceux qui la pratiquent s’opposent au développement d’une économie herbagère spécialisée. Les champs subsistent donc et la disposition des parcelles rappelle l’époque où, à l’intérieur de chaque portion du terroir ou Gewanne, tous les champs devaient être cultivés en même temps et de la même façon. Mais ce n’est qu’une survivance à laquelle ne correspond plus aucune pratique de culture collective. L’assolement triennal a été abandonné, chaque paysan compose son assolement comme il lui plaît et sur la même saison,

la pomme de terre vient à côté du seigle, Le trèfle entre deux champs de navets.

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