VILLAGES ET BOURGS-MARCHÉS
Le mode de peuplement s'inscrit de façon non moins apparente | sur ce fond découvert. Comme dans la région gréseuse, les fermes sont rares, malgré la fréquence des sources. Les hameaux se font seulement plus nombreux quand le relief s’accidente, notamment dans la partie palatine, entre l'Oster et le Glan.
(1) I. Kez [237], p. 264. Jusqu'en 1858 les six villages de la Prims inférieure : Nalbach, Diefflen, Piesbach-Bettstadt, Bilsdorf et Kôrprich formaient une unité
administrative, le Nalbacher Tal, qui possédait dans l’indivision toutes terres de la vallée (Bresius [211], p. 64).
LES PAYS SARROIS 41
Les villages de la Haute Blies, avec leurs maisons rassemblées le long de la rue, le désordre de leurs parges encombrés de chariots et de fumiers, les caniveaux pavés où se dandinent les oies, rappellent, dans leurs traits essentiels, le type classique du village lorrain. La disposition de la maison n’a pas changé : deux ou trois pièces d’enfilade et une vaste cuisine où jadis s’ouvrait le puits. La grange et l’étable sont toujours sous le même toit.
Pourtant quelques différences apparaissent, assez constantes pour retenir l’attention. La place des habitations est mesurée moins chichement. Un désordre pittoresque préside à leur disposition. Elles présentent sur la rue tantôt leur façade, tantôt leur pignon, celui-ci pouvant dans les vieilles maisons déborder et former auvent (Urexweiler). Les maisons sont fréquemment séparées les unes des autres par des jardins dont les arbres, noyers ou pommiers, s'installent jusqu’au bord de la route, familiers et gais. L’arbre, en pénétrant dans J’agglomération, en a fait craquer la solide armature. Toute la sévérité du village lorrain se détend dans une impression de verdure fleurie.
Nuances après tout, et qui n’altèrent pas le caractère de l'habitat. Mais voici qui est plus significatif. Dans cette maison rurale, la grange et l’étable n’occupent plus qu’une place restreinte, indice d’une diminution d'importance des attelages, et plus généralement de la culture, tandis qu’à l'habitation, surtout quand elle est récente, s’ajoute un étage de chambres à la place du grenier. L'équilibre entre l’homme et les bêtes est rompu au détriment de celles-ci. C’est que toute la population ne vit pas des champs. Sous des apparences trompeuses de campagne, ce pays abrite une population qui vit de la mine. La maison était un premier iñdice; le mouvement ininterrompu sur les routes où circulent autobus, bicyclettes et piétons, confirme qu'entre les puits perdus dans la forêt et les villages étalés dans la plaine il y a un va-et-vient quotidien.
Mais le paysage n’en est pour ainsi dire pas modifié. L’extraction de la houille ne s’est jamais étendue que par intermittence dans la plaine entre Prims et Glan, attirée par quelques veines minces qui affleurent à la base du Permien et ces petites mines privées exploitées dans des conditions primitives (Dôrrenbach, Breitenbach, Altenkirchen) ont été peu à peu abandonnées. Les puits actuels, s’ils pénètrent dans la plaine du Küllertal, disparaissent dès que les terrains carbonifères plongent sous le Permien. Il en est de même pour l’industrie. Au Nord d’une ligne Dillingen—Saarwellingen —Heusweiler —Illingen et Ottweiler, il n’existe plus, en dehors de la vallée de la Sarre, en fait d'établissements industriels, que des briqueteries et des fours
à chaux. Le cercle de Saint-Wendel est celui qui avait le moins de chômeurs à sa charge pendant la crise. Seuls la situation et le commerce pouvaient donner l’avantage à l’un ou à l’autre de ces villages identiques d’aspect et de ressources : Lebach, bourg cossu aux foires jadis réputées, draîne aujourd’hui vers le Küllertal toute la population d’amont. Ottweiler, une des deux résidences du prince de Nassau, conserve des coins charmants, mais déjà ses faubourgs s’enlaidissent d’usines.
Saint-Wendel, ville depuis 1332, longtemps somnolente tant que la grande circulation se faisait par la dépression de Landstuhl, a bénéficié du détournement d’une partie du trafic vers les vallées de la Blies et de la Nahe et elle reprend dans la nouvelle formation politique l’aspect et l'esprit d’une petite ville. Mais à la différence de ce qui se passe dans les villes de la région industrielle, l’activité présente ne déborde guère le cadre ancien : un palais modeste, une église d’un gothique svelte et discret, des rues étroites qui s’animent au jour de marché, avec de larges échappées sur la campagne, donnent le ton à ce provincialisme dévot et quiet.