Le HocaxwaLp
Chacun de ces pays a des traits bien distincts. Le Hochwald est caractérisé par le contraste entre un rebord abrupt qui parfois prend l'allure d’une falaise et un plateau presque horizontal. Ce plateau est formé de schistes, de phyllades et de quartzites fortement redressés, mais nivelés en une surface d’où émergent à peine quelques croupes boisées. Un vieil annuaire du département de la Sarre le décrit ainsi : « Point de ces pics élancés et hardis qui commandent l’admiration. Point de ces rocs isolés qui dans d’autres contrées offrent à nos regards des contours aussi bizarres que variés; ce ne sont que des amas de montagnes adhérentes, qui toutes sont au même niveau, qui toutes se présentent sous le même aspect dans quelque sens qu’on mesure horizon » (1). On reconnaît la pénéplaine; il n'y manque que le mot.
Cette continuité de surface disparaît dans le Birkenfeld. C’est une succession de collines et de plateaux profondément ravinés et disséqués par des vallées tortueuses qui montrent tour à tour des prairies et des escarpements rocheux où les arbres ne peuvent s’accro-
(1) DELAmoRRE [88], p. 6.
LES PAYS SARROIS 47
cher : « eine buckelige Welt » (GümBeL). L'explication de ce relief tourmenté est dans la nature des roches. Des couches tendres d’argiles et de grès permiens émergent les formes lourdes de massifs porphyriques, le Hermannsberg et le Künigsberg, ou des coulées de roches plus fluides : andésites, labradorites ou basaltes. Les venues éruptives qui dans les Campagnes de Lebach et de Saint-Wendel ne se traduisaient que par des pointements isolés, se soudent ici en un ensemble qui atteint une largeur de 40 kilomètres entre Birkenfeld et la vallée du Glan.
Dans ces conditions, malgré l'altitude analogue, le Hochwald et le Birkenfeld ne sauraient avoir les mêmes ressources. Le premier est surtout un pays de bois. La forêt couvre d’abord tout le versant méridional. Sur une largeur de 2 à 4 kilomètres on ne rencontre pas une habitation : l’aridité du sol et la raideur des pentes expliquent cet abandon. Sans doute derrière cette façade sauvage, jadis repaire de loups, aujourd’hui but d’excursion, on découvre en arrivant à Hermeskeil de grands espaces nus où les bois semblent fuir derrière les champs et les prairies. Rien de comparable aux Vosges avec leur semis de fermes. L’habitat demeure groupé en villages, des villages qui ressemblent à de gros hameaux, riants d’aspect avec leurs maisons blanc et noir, leurs rues bordées de jardins enclos.
Mais cette surprise heureuse se dissipe vite. Il suffit d’apercevoir le plateau un jour d’hiver, quand la brume noyant toutes formes ne laisse distinguer que les pointes fines des arbres à l'horizon, pour en éprouver le caractère essentiellement montagnard. Le climat est rude. Cinq à six mois ont une moyenne inférieure à 100. I1 gèle couramment en mai et la moyenne de juillet ne dépasse pas 160. Septembre ramène les pommes aigrelettes et les brouillards que perce le cri des corbeaux. L'hiver, les chutes de neige sont abondantes. Hermeskeil reçoit 980 millimètres, les hauteurs qui l’entourent plus de 1 mètre. C’est le maximum de pluviosité de toute la région comprise entre Saverne, la Moselle et le Rhin.
Refoulée par la colonisation sur les affleurements de quartzite, la forêt couvre encore plus de la moitié du sol; forêt d’épicéas (la rigueur du climat écartant le sapin trop frileux) et de chênes, ces derniers traités en taillis que l’on écorce tous les seize ans pour recueillir le tan. Là où la forêt a disparu, le sol schisteux exige des amendements. Les prairies trop acides ne permettent d'élever qu’une petite race de vaches, solide, mais médiocre laitière. Les formes archaïques d’exploitation agricole ont subsisté plus longtemps encore que dans les prairies les plus déshéritées des Campagnes de Lebach et de Saint- Wendel. Ainsi à Saarhôlzhach l’ensemble des terres cultivables est
demeuré propriété commune jusqu’en 1863 (1). Les exploitations collectives appelées Gehôüferschaften subsistent encore pour les bois essarts (Gehüferschaftshecken) à Lockweiler, à Wadrill, à Morscholz (cercle de Wadern). Il a fallu la crise économique actuelle pour qu’on les partage et qu’on les donne à défricher à des chômeurs. En somme, c’est surtout la forêt qui fait vivre les habitants soit par la coupe et la vente des bois, soit par de petites industries : scieries et brosseries dont le centre est à Hermeskeil. Si la densité se maintient malgré tout assez élevée (cercle de Wadern : 109,6), très supérieure à ce qu’elle est dans les autres cercles du Massif Schisteux (Daun : 55,7; Prüm : 40,9), c’est qu’une partie de la population du Hochwald travaille à Trèves ou surtout dans la région industrielle sarroïise.