LE BIRKENFELD
Plus varié et en somme plus riche apparaît le pays de Birkenfeld. Dans l’ensemble il est nettement plus froid que les Campagnes sarroises. Birkenfeld a une moyenne annuelle inférieure de près de 20 à celle de Sarrebruck. La neige et la glace subsistent dans la vallée de la Nahe, alors que le dégel a commencé dans la vallée de la Blies et la végétation à Obertal est en avance de huit à dix jours sur celle de Sôütern. Cependant la pluviosité est moindre que dans le Hochwald (Birkenfeld : 850 mm.). Surtout il faut faire une distinction entre les plateaux au sol maigre, qui portent encore des forêts compactes (notamment les coulées de rhyolite autour de Nohfelden), et les plaines (souvent à l'écart des vallées principales trop encaissées), qui sont des lieux relativement riches. On peut y cultiver le blé, les arbres fruitiers, la vigne même dans la moyenne vallée de la Nahe. L'élevage surtout est florissant. On y élève une race de vaches, dite race de la Nahe-Glan, qui l'emporte sur celle du Hochwald autant par la taille que par les aptitudes laitières (?).
Mais l'originalité de ce pays est dans la variété de ses ressources
(4) Le plan cadastral du village est reproduit dans l’ouvrage de MerTzen. On sait que cet auteur voyait dans ce mode de régime agraire une institution particulière aux Francs, l’association égalitaire des Markgenossen. En ce qui concerne les Gehüferschaften, LaAmprecaT a montré (Deutsches Wirischaftsleben, 1, 451) qu’elles ne remontaient pas aux Germains, mais au régime seigneurial aux x°-x1ve siècles. On-a même soutenu qu’elles étaient plus récentes (cf. F. Rôric, Die Enistehung der Landeshoheit des Trierer Erzbischofs, 1906).
(2) «Comme la race des bêtes à cornes à presque atteint le dernier terme d’amélioration dans l’arrondissement de Birkenfeld. » (Journal du département de la Sarre, n° 58, 20 octobre 1807.)
LES PAYS SARROIS 49
minérales. D’innombrables carrières exploitent les basaltes et les rhyolites pour l’empierrement des routes. Les éruptions volcaniques ont été accompagnées d’une minéralisation intense; on connaît des gites de plomb, de cuivre, de fer, de manganèse et même de mercure. Ce sont ces richesses minières, autant que les ressources pastorales, qui expliquent le peuplement relativement dense à l’époque gallo-romaine (1). A Baumholder, le cuivre a été exploité sans interruption du xiv® au xixe siècle (?). Deux de ces ressources ont une importance particulière : le fer et les agates.
Le fer exploité sur la bordure méridionale du Hunsrück, à Buhlenberg, à Berschweiler et près de Wadern a donné naissance à des forges qui utilisaient la force des torrents descendant du plateau et les bois du Hunsrück. Ces forges ont eu jusqu’à la Révolution un très grand renom. En 1809, sur les 29 forges existant dans le département de la Sarre, on en comptait 11 dans l’arrondissement de Birkenfeld, 7 seulement dans celui de Sarrebruck, et la production de fonte des premières atteignait presque celle des forges de l’Eifel, alors à leur apogée. C’est seulement dans la dernière moitié du xixe siècle que les gîtes épuisés, les bois éclaircis autour des usines, enfin la force hydraulique ayant perdu son importance par suite de l’emploi de la machine à vapeur, les maîtres de forge se sont décidés à arrêter leurs établissements du Birkenfeld. Près de Wadern la petite usine de Mariahütte demeure en activité, curieux témoin d’une industrie jadis parfaitement adaptée à sa situation, et qui n’a survécu, une fois les avantages du lieu vue que grâce à une main-d'œuvre exercée et bon marché.
Quant aux agates et aux jaspes, on les extrayait de filons injectés dans les roches éruptives ou bien on les recueillait épars sur le sol. Freisen, Fohren (près de Baumholder) étaient les principaux centres de production. On les envoyait tailler et polir à Oberstein et à Idar dans de petits moulins actionnés par les affluents de la Nahe et elles étaient ensuite montées en bagues, cachets ou colliers. Louvois s’intéressa à cette petite industrie (*). Depuis le début du xrx® siècle on ramasse de moins en moins d’agates dans le Birkenfeld, mais Ober-
(1) On retrouve dans le Birkenfeld comme autour de Tholey des noms à radicaux celtiques (Bosen, Sôtern, Idar, Leisel, etc...) et de nombreux noms anciens en weiler (cf. H. Baznes, Geschichtliche Heimatkunde der Birkenfelder Landschaft).
(2) ZécowiTz [109], p. 381.
(3 ) « On me dit que le moulin à agates d’Oberstein est raccomodé et qu’il commençoit à travailler. Vous me ferez plaisir de m’envoyer une petite boîte d’agate propre à mettre des mouches et si je la trouve de la manière qu’on me les a demandées, je vous prierai de m’en faire venir d’autres...» (Lettre de Louvois à Boizot, 28 octobre 1680, A. Guerre (Anciennes), vol. 645, folio 589),
Fes
RÉG. IND. SARROISE
stein continue de tailler des gemmes venues du monde entier (1) et le commerce des perles s’est ajouté à cette industrie. « Chaque année, note en 1909 la banque alsacienne qui finançait ce trafic, 1l y a des départs nouveaux de débutants qui vont chercher la pierre à l’étranger, en Amérique ou en Australie; plusieurs lapidaires ont fait fortune en très peu de temps et sont millionnaires ou presque (?). »
Cette industrie d'exportation achève d'orienter les habitants du Birkenfeld dans d’autres directions que ceux du Hochwald. Avant la Révolution, tout le Hochwald faisait partie de l’électorat de Trèves. Aujourd’hui encore les relations sont avec Trèves, grâce à la petite ligne qui suit la vallée de la Ruwer, ou même avec Coblence : ainsi on boit à Hermeskeil de la bière de Coblence, une bière parfumée où semblent fondues l’âpreté de ce pays montagnard et la douceur des proches vallées. Le Birkenfeld tourne le dos à la Moselle. Avant la Révolution, il était partagé entre le Margraviat de Bade qui possédait le bas-comté de Sponheim (Birkenfeld), le duché de Deux-Ponts (bailliages de Nohfelden et de Lichtenberg) et différentes seigneuries immédiates d'Empire (Dagstuhl, Oberstein). La Lorraine y posséda quelques territoires jusqu’à la fin du xvirre siècle et la petite enclave de Castel sur la Haute-Prims était française en 1789. Aujourd’hui ce pays, politiquement partagé entre la Prusse et l’Oldenburg, entretient des relations à la fois avec la Sarre et le Rhin.
Ainsi le Hochwald et le Birkenfeld conservent chacun, en bordure des Campagnes sarroise et palatine, une physionomie originale.