‹ La Région Industrielle SarroiseChapitre 34 sur 270 · RELATIONS DE LA MONTAGNE AVEC LA RÉGION INDUSTRIELLE · texte numérisé non relu

RELATIONS DE LA MONTAGNE AVEC LA RÉGION INDUSTRIELLE

Si différents qu'ils soient entre eux, ces deux pays se comportent de la même façon vis-à-vis de la région industrielle. Aussi peut-on sans inconvénient, pour l’objet qui nous intéresse, les confondre sous le nom de Montagne. Ainsi les paysans de Lorraine appellent Montagne le plateau pierreux couvert de bois ou de fourrasses, par opposition aux versants où se dorent le raisin et les mirabelles.

La région industrielle demande avant tout qu’on la nourrisse. Pour ce rôle, la Montagne présente moins d’aptitudes que les Campagnes lorraine ou palatine. Elle ne peut guère fournir que du lait

- (4) Zécowirz [109], p. 415, signale, dès 1800, qu’à Oberstein on polit les jaspes de Russie, les poudingues d'Écosse, les divers cailloux de Suède : « Oberstein est devenu la manufacture de l'univers. »

(2) L. Fesvre et P. Leuirror, Les archives d’une banque contemporaine, À. H. B.S.,45 juillet 1931, p.867:

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et des produits de ferme; encore le transport souffre-t-il des difficultés du fait du relief. Cependant il faut distinguer entre les plaines et les plateaux. Alors que ceux-ci produisent à peine ce qui leur est nécessaire, on verra plus loin que certains bassins privilégiés, comme celui de Baumholder, étaient capables avant la Guerre de vendre en Sarre des quantités notables de pommes de terre, de grains, de lait, d'œufs, de fruits et de légumes. La région de Trèves expédiait dans le bassin industriel des peaux, du tabac et des fleurs. A l'heure actuelle seule la barrière douanière entre la Sarre et le Reich retarde le développement dans le Birkenfeld d’une économie herbagère orientée vers le marché sarrois.

Plus encore qu’un centre d’approvisionnement, la Montagne a été pour la région industrielle un réservoir d'hommes. Les conditions de vie y sont précaires, autant par suite du sol que par suite du régime agraire. De tout temps les gens du Hochwald ou du Birkenfeld ont cherché des ressources au dehors. Ils se faisaient maquignons et venaient dans les campagnes de la Blies acheter les jeunes bêtes pour les revendre dans la vallée du Rhin. Au même groupe de « petits nomades » appartenaient les musiciens ambulants du pays entre Lauter et Glan. Au début du x1x® siècle la région au Nord de Tholey et Tholey même étaient un centre d’émigration active vers l’Amérique. Cette émigration lointaine est à l’origine des relations étendues des lapidaires d’Oberstein.

Tout naturellement ces pauvres gens, dont beaucoup avaient exercé d’ailleurs dans leur pays même la profession de mineur ou de carrier, ont été attirés par les mines de charbon. Quelques-uns sont venus se fixer dans la plaine; beaucoup continuent d’habiter la Montagne et descendent tous les jours ou toutes les semaines à leur travail par les lignes de Wadern et de Türkismühle. Ce sont les Saargänger. En 1925, les Mines domaniales en employaient 6.728. Mais le nombre total, en y comprenant ceux qui travaillent dans la métallurgie, dans les mines de Moselle ou à l’usine de céramique de Mettlach, devait à cette époque atteindre 16.000.

Sur les 6.728 mineurs habitant en dehors du Territoire de la

Sarre, plus de la moitié provenaient de cercles montagnards (Wadern : 1.377; Baumholder : 1.042; Trèves-Campagne : 874; Birkenfeld : 719). :

Dans beaucoup de communes de ces cercles les hommes travaillant aux mines de la Sarre représentaient plus de 10 %, et en comptant leur famille 30 à 40 % de la population totale. Ainsi à Lockweiler (Wadern) sur 1.077 habitants, 86 mineurs faisaient vivre 221 personnes; à Freisen (Baumholder) sur 1.641 habitants, 197 mineurs

faisaient vivre 588 personnes. Si on tient compte des ouvriers autres

que ceux des mines et des artisans placés en Sarre, on voit que de pareils villages vivaient de l’industrie sarroïse, autant que de leurs ressources propres.

La proportion s’abaissait à moins de 10 % sur le plateau du Hochwald et dans la vallée de la Nahe au delà de Nohfelden, tout en demeurant notable tant qu’on ne s’éloignait pas d’une voie ferrée. Ainsi Hermeskeil, avec 2.824 habitants, comptait 43 mineurs faisant vivre 89 personnes; Nohfelden, avec 1.404 habitants, 16 mineurs et 52 personnes à leur charge. Par contre le nombre des mineurs a toujours été extrêmement faible dans la vallée inférieure de la Sarre. Taben, la première station au delà de la frontière sarro-allemande n’envoyait aux mines de la Sarre que 3 ouvriers et le cercle de Sarrebourg tout entier 13. Ainsi le plus ou moins d’attraction des mines dépend non seulement de l’éloignement et des facilités de communication, mais des ressources propres de la région sur laquelle s’exerce cette attraction. La vailée de la Sarre en aval de Serrig, avec ses * cultures de vigne, s’oriente nettement vers Trèves et se montre réfractaire au travail dans les mines, sinon au travail industriel.

Depuis 1929, les licenciements auxquels les Mines ont dû procéder ont beaucoup réduit ce mouvement d'hommes. Au 1er janvier 1931, les Mines domaniales n’employaient plus que 3.005 ouvriers habitant dans le Reich et leur nombre doit être actuellement au-dessous de ce chiffre. L’aspiration se fait sentir sur une zone plus réduite : des villages comme Baumholder (10 mineurs en 1925), Confeld (25 mineurs) n’envoient plus personne aux mines de la Sarre. Les cercles de Bernkastel (30 mineurs en 1925), de Saarburg (13) et de Kreuznach (9) ne sont plus atteints. D’autre part l'immigration des ouvriers étrangers au Territoire a été interdite. Les liens qui unissaient la Montagne à la région industrielle sont donc provisoirement relâchés ou interrompus; la première n’en constitue pas moins une réserve de main-d'œuvre pour le jour où les circonstances économiques redeviendront favorables.

Il est remarquable que la Montagne n’ait jamais fourni à l’industrie sarroise d’autre matière première que le bois. Si, au cours du xix€ siècle, du fer extrait au Pansbruch (près de Greimerath) a été expédié à la forge de Neunkirchen, il semble bien que ce soit un cas isolé et sans portée. Rien de comparable au trafic régulier qui s’est organisé entre les mines du Sauerland, plus tard de la Lahn-Dill, et la métallurgie westphalienne, quand celle-ci fut descendue dans la plaine. En Sarre les forges ont bien émigré de la Montagne vers la plaine, mais ce fut, comme on le verra plus loin, autant pour se rapprocher du minerai que du charbon, de sorte qu’il ne pouvait

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subsister entre les anciens établissements du Hunsrück et les nouveaux d’autres liens qu’un lien personnel, la communauté de direction. Mais cela seul était un bénéfice pour la Sarre puisque les nouveaux venus avaient déjà l'expérience de l’affinage de la fonte et du fer. Presque tous les grands noms de la métallurgie sarroise, les Gouvy, les Gottbill, les Stumm, les Bôcking sont originaires de l’Ardenne et du Massif Schisteux Rhénan, et Frédéric Rôchling, le fondateur de la maison de commerce qui fit la fortune de cette famille, avait commencé par diriger la forge d’Abentheuer, dans le Birkenfeld. L’exemple des Stumm illustre ce qu’on pourrait appeler la conquête de la Plaine par la Montagne. Un homme qui avait fait le trust des forges du Hunsrück et du Birkenfeld (il en possédait 9 à la fin du xvirie siècle) jette son dévolu sur l’usine de Neunkirchen et après une tentative malheureuse l’achète en 1806. A partir de ce moment il abandonne à ses fils ou à des parents la direction des anciens établissements et concentre son effort sur Neunkirchen. En 1861, nouvelle étape : les forges du Birkenfeld sont arrêtées et l’usine du Halberg, qui avait été achetée en 1809, est équipée pour produire de la fonte. Cette migration d’une famille de maître de forges, c’est l’image de celle de ces populations montagnardes qui, trop pauvres pour fournir à la région industrielle des aliments ou des matières premières, lui ont apporté leur labeur et leur sobriété. Si différents qu'ils soient des plaines et des collines sarroises, le Hochwald et le Birkenfeld leur sont, par les hommes, intimement attachés.

Ainsi, autour de la contrée où les hommes se sont rassemblés sur le charbon gravitent plusieurs régions naturelles; d’abord une région de Campagnes qui envoie ses hommes à la mine et ses récoltes au marché des villes industrielles? puis deux régions plus éloignées dont l’une fournit sa main-d'œuvre, l’autre les produits de son sol“ La région industrielle, au sens large, ne comprend pas seulement la zone d’étendue teen fixe où sont concentrés les usines et les hommes, mais cette auréole aux limites mouvantes dans laquelle, sous des formes diverses, la majeure partie de la population vit du foyer d'industries.

ulzkop

Deux-Ponts LÉGENDE

Niveau de la surface de 400 m.

## Crête appalachienne (carbonifère) mm Côte (grès bigarré et muschelkalk)

Surface du Hochwald EF Monadnock (crête de quartzite)

777 Surface de 400-420 m.

++++ Anticlinal posthercynien

msi Faille importante

ss) Reliefs éruptifs ESS Surfaces fossiles CZ

fombur 7 A

Principales terrasses alluviales

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