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F1G. 41. — PRoFrILS DE LA PRIMS, DE LA SARRE ET DE LEURS ANCIENS THALWEGS
(On à rectifié d’après le Messtichblatt (f. Wadern) la cote erronée (318) donnée par la carte au 1/100.009° pour le niveau de la Prims à Castel.)
Au cycle le plus ancien I,, indiqué seulement sur certains profils, se rapportent le beau replat situé sur la rive droite du Saarhôülzbach, 2 kilomètres à l'Est du confluent, un élément de surface aplanie au-dessus de Keuchingen; en amont de la gorge, les hauteurs calcaires situées sur la rive gauche de la Sarre en face Merzig (340-350 m.), enfin le sommet de la côte à l'Ouest de Sarrelouis (Ober Limberg, 359 m.; Felsberg, 353 m.).
Au cycle I, indiqué sur tous les profils longitudinaux et plus largement développé autour de Saarhtlzbach, se rapportent les surfaces aplanies sur la rive gauche : Eisenkopf, Leiteswald. En amont de la gorge, on le retrouve, comme niveau $secondaire du niveau précédent, à POuest de Mechern et à l'Ouest de Dillingen (Hoesberg, 330 m.). Là il peut être raccordé avec un ancien thalweg de la Prims restitué en prolongeant une section régularisée de la Prims en amont de Nonnweiler; mais, faute de points d’appui dans la vallée inférieure de la Prims, cette restitution demeure douteuse.
Le cycle le plus récent (II) est celui qui a laissé les traces les plus étendues sur la rive droite de la Sarre entre Saarhôülzbach et Mettlach. Il y a là un ensemble de surfaces aplanies aux environs de 260 mètres avec un très beau col à l'Est du Herrgottstein, à 255 mètres. Adossés à cette surface, mais ne dépassant pas l’horizontale de 240, se trouvent des dépôts alluviaux, de sorte qu’il est assez difficile, sur ce point, de
séparer le niveau d’érosion de la terrasse de remblaiement. Vers amont, ce niveau se retrouve au grand essart qui domine Keuchingen. Aucun aplanissement dans la gorge taillée en plein quartzite, mais une belle surface nivelée à 260 mètres, au-dessus de Besseringen; dans la traversée du plateau calcaire de Merzig, il y a des indications de replats, tel que celui qui porte le village de Bietzen, mais trop conformes à la structure pour qu’on puisse en faire état. Par contre, il a dû exister un niveau de la Sarre à 277 mètres environ au confluent de la Prims, car c’est à cette altitude que conflue un thalweg de la Prims obtenu en prolongeant la section régularisée de Castel et solidement appuyé sur des niveaux (!) dont le dernier est la forêt de Saarwellingen (280 m.). La concordance des anciens thalwegs de la Sarre et de son aflluent est donc satisfaisante.
On remarquera qu'aucun des trois cycles n’a laissé de traces nettes dans la gorge. La chose est facile à comprendre : d’un côté la dureté du quartzite et l’existence probable d’une ligne de fracture s’opposaient à tout élargissement; d’autre part, entre Montclair et la Cloef, le glissement de la boucle vers l’aval, prouvé par la dissymétrie du lobe interne, devait faire disparaître les traces de niveau dans le profil transversal et transformer le Weselbach en « valleuse de méandre » (fig. 10). Par contre, le niveau 255 mètres se retrouve au col par où passe la route de Besseringen à Mettlach, au-dessus du tunnel. Il s’agit d’un col de tangence entre le méandre de Besseringen et celui — autrefois beaucoup plus prononcé — de Mettlach. Mais ce col, creusé dans le Grès vosgien, devait être très bas et, en période d'inondation, les eaux, à l’étroit dans leur gaine de quartzite, ont pu temporairement réaliser un recoupement de la boucle de Montclair.
On n’a pas poussé plus loin la reconstitution des anciens thalwegs. En amont de Sarrelouis, la côte s’écarte de la vallée qui est envahie par les terrasses. Jusqu’en amont de Sarrebruck on ne trouve plus, au-dessus du Grès vosgien, que des niveaux douteux.
Cependant on relève un indice intéressant entre Güdingen sur la Sarre et Bliesgersweiler sur la Blies. Il existe, un peu au Nord du Wintringer Hof (f. Sarreguemines), un col bien dessiné qui s’abaisse à 340 mètres entre des coteaux calcaires culminant à 363 et 367 mètres. Aucune rivière ne l’emprunte. Le lehm qui recouvre les flancs de ce col contient des éléments siliceux qui amènent une flore calcifuge. Enfin une tourbière est établie sur le flanc Sud-Ouest du col, en plein
(1) Un des plus nets est le Himmelberg qui domine Aussen et qui porte à 300- 310 mètres un placage de cailloux roulés.
Muschelkalk. Tous ces faits semblent s’accorder avec l'hypothèse d’une ancienne vallée, Sarre ou Blies, datant du cycle I.
Mais l'hypothèse d’un ancien passage fluvial n’est pas nécessaire pour expliquer l’ensellement. Celui-ci résulte directement de la présence de deux ruisseaux coulant en sens opposé, indirectement de l'existence d’une faille qui a déterminé une source, visible le long de la route de Bliesransbach au Wintringer Hof. Les éléments siliceux peuvent provenir de dolomies keupériennes. Même la présence de la tourbière n’est pas décisive, car il s’agit probablement d’une grande mardelle, campée, comme à l'ordinaire, sur la crête séparant deux vallées normalement drainées. Mais ce qui rend surtout l'hypothèse fragile, c’est qu’il n’existe rien d’analogue à l’amont. Du restaurant qui occupe le col — un des plus beaux points de vue de la contrée — on n’aperçoit que l'immense cirque où la Blies déroule ses méandres au milieu des arbres fruitiers, sans aucune trace de replats sur les versants (1). Donc en admettant qu’il y aït là un ancien passage fluvial (ce qui paraît fort douteux), il perd tout intérêt du fait qu'il ne se rattache à rien.
A l'Est de la Blies on n’a observé, au cours d’une excursion rapide, au-dessous de la surface du plateau dont on sait le caractère substructural, que des formes structurales. L’eneaissement des vallées contrastant avec la maturité de formes de la vallée de la Blies, pourrait donner l’idée d’un rajeunissement dû à un soulèvement récent
(1) À une exception près : le Breiter Wald (350 m.) à l’Est de Bliesmengen.
Il est vrai qu’au Sud-Est de Bliesbruck on peut reconstituer un ancien thalweg suivant les vallées du Schlierbach et du ruisseau d’Oelferding, thalweg que suit la voie ferrée de Sarreguemines à Bitche. Le seuil de séparation entre les deux ruisseaux, près du hameau de Brandelfing (368 m.), donne le niveau de cette vieille vallée. Or ces trois sections — col du Wintringer Hof, Blies et colde Brandelfing — sont alignées SE-NO. On aurait là les restes d’une vallée prenant en écharpe le synclinal de Sarreguemines comme la Sarre elle-même. Cette. vallée aurait été tronçonnée par la Sarre et par la Blies. La Sarre qui avait facilement déblayé les marnes du Keuper, se trouva à un niveau si bas (200 m. au confluent de l’Eichel) qu’un de ses affluents, la rivière de Gros-Rederching, put détourner à son profit la section supérieure de la vallée de Brandelfing. La section médiane appauvrie fut ensuite capturée dans les mêmes conditions vers Bliesschweyen et la Blies aurait été constituée de deux sections longitudinales réunies par le tronçon médian de l’ancienne vallée.
Cette reconstitution, suggérée par la carte topographique allemande au 1/100.000 et la carte géologique bavaroise au 1/200.000€, se heurte à deux graves difficultés : 1° absence de toute échancrure dans la côte, à Rohrbach, là où il devrait exister un entonnoir de percée; 29 la vallée de la Blies, avec ses beaux méandres encaissés, ne peut pas dériver d’une vallée au tracé rectiligne, en tronc de peuplier.
On verra plus loin que le coude de la Blies peut s’expliquer d’une autre façon qui a l’avantage de rendre compte en même temps du changement de direction de la Sarre vers Zetting. Mais si l'hypothèse d’une vallée continue de Rohrbach à Sarrebruck doit être rejetée, la capture de Brandelfing n’est pas douteuse.
du Plälzer Wald. Mais la topographie ne montre pas de remontée continue vers l’Est et la surface du plateau se retrouve au-dessus du Moorbach à la même altitude qu’au-dessus de la dépression de Homburg—Landstuhl. Le contraste des Xlämme avec les larges vallons du Bliesgau s'explique par la disparition du Muschelkalk marneux à l'Est du synclinal de Sarreguemines et la prépondérance que prend dans la topographie le Grès bigarré supérieur, renforcé en Palatinat par le Conglomérat principal.
c) Les terrasses quaternaires. — Si l'étude des niveaux part naturellement de laval, où ils sont le plus net, celle des terrasses doit se faire en sens inverse; car dans la traversée du Hochwald les terrasses de la Sarre sont, ou bien des terrasses polygéniques, ou bien de simples niveaux saupoudrés d’alluvions. On notera donc leur développement en décrivant quelques coupes d’amont en aval.
1) A Sarreguemines, il existe entre la Sarre et la Blies deux niveaux principaux de terrasses : l’un à 230 mètres (+ 35) portant les nouvelles casernes et le village de Neunkirchen, l’autre à 260- 270 mètres (+ 65) au champ de manœuvres. La nature des matériaux — surtout des sables — et l’existence de méandres abandonnés ne permettent guère de distinguer une basse terrasse qui se raccorde insensiblement avec le niveau de la rivière. En amont, dans la vallée de la Blies, des terrasses sont conservées dans des lobes convexes de méandres, à des altitudes fortement variables. La plus nette est celle de Blickweïler à 240-250 mètres (+ 35) formée de gros galets de quartz et de quartzite.
2) A Sarrebruck, la Sarre, sortie du Muschelkalk, a construit une plaine alluviale qui atteint 1 kilomètre de large au champ d’aviation de Saint-Arnual, avec une altitude relative de 6 à 8 mètres. Sur la rive droite il existe une terrasse à 195 mètres (+ 10) à la caserne des uhlans, et une autre à 220 mètres (+ 35). Mais c’est surtout sur la rive gauche que cette terrasse est bien développée. La route qui passe devant l’hôpital militaire montre, en tranchée, des sables et cailloux stratifiés sur une épaisseur de À mètre. C’est à la même altitude de 220 mètres que se trouve, à l’autre extrémité de la vallée sèche de l’Exercierplatz, la belle terrasse de l’Ancienne Brême, le col lui-même restant à un niveau supérieur d’une quinzaine de mètres.
3) En aval de Bous, ces différents éléments s’élargissent et s’accusent dans la topographie; l’étagement des terrasses devient le trait caractéristique du paysage. À la hauteur d’Ensdorf, sur la rive droite, la succession des étages est la suivante : plaine inondable à 180-183 mètres (+ 5); terrasse portant la voie ferrée, depuis Bous
jusqu’à Ensdorf, à 185-190 mètres (+ 7-12); terrasse de la route à 195-200 mètres (+ 18-20); terrasse à 210-220 mètres (+ 30-40). Des tranchées récemment ouvertes dans cette dernière, 200 mètres au Sud de la route d’Ensdorf à Schwalbach, montrent 2 mètres d’alluvions formées de lits de sables et de cailloux roulés reposant sur le grès sans conglomérat.
Sur la rive gauche, entre Wadgassen et Sarrelouis, il est plus difficile de distinguer les terrasses authentiques (ex. : Neue Welt) des pseudo-terrasses (ex. : Taffingsmühle), à cause de l’affleurement d’un banc de conglomérats presque horizontal. Ainsi la grande plaine qui occupe le fond de la vallée, au Sud de Sarrelouis, apparaît comme une surface structurale couverte d’une pellicule de sables remaniés (1). Il n’est pas douteux d’ailleurs qu’il se mêle à cet éluvium des apports fluviaux qui expliquent la fertilité relative de certains terroirs.
4) Torrent descendu du Hochwald, la Prims apporte aujourd’hui à la Sarre des matériaux plus gros que ceux charriés par celle-ci. Avec eux la Prims a construit un cône de déjection plat (révélé à la carte au 1/25.000€ par les inflexions de la courbe de 180 m.), sur lequel est bâti Dillingen; le cône a repoussé la Sarre au point de la faire mordre sur le Muschelkalk.
De même aux époques antérieures, la Prims semble avoir été chargée en gros cailloux de quartzite plutôt qu’en sable et en limon. Aussi les terrasses que la Sarre a construites en aval du confluent se distinguent-elles par la prédominance des galets et la netteté des formes. Dans le coin compris entre la Prims et la Sarre, on rencontre en suivant la route de Pachten à Diefflen : une terrasse à 195 mètres (+ 20 par rapport à la Prims à Dillingen), une autre à 200-210 mètres (+ 35 par rapport à la Sarre), une autre à 230-240 mètres (+ 65), toutes trois séparées par des ruptures de pente bien marquées.
5) La traversée du Muschelkalk, entre Beckingen et Merzig, étrangle les nappes alluviales. Au delà de Merzig les terrasses reprennent et c’est, entre Hilbringen et Schwemlingen, la succession des mêmes étages : terrasse à 180 mètres (+ 15) dont une carrière, en face du cimetière de Schwemlingen, donne une belle coupe : 3 mètres d’alluvions bien stratifiées, cailloux roulés, surtout de quartz laiteux, alternant avec des lits de sable; terrasse à 200 mètres (+ 35) et à 220 mètres (+ 55), ces deux dernières réduites à une étroite bande collée au premier palier de la côte, comme la carte géologique au 1/25.000e (f. Merzig) l'indique bien.
(1) La forêt qui s’étendait entre Wadgassen et Lisdorf a été défrichée lors de la construction de Sarrelouis.
LE RÉLIEF 143
6) Dans la traversée du Hochwald, entre Dreisbach et Castel, les terrasses ne font pas défaut: mais elles occupent en général les lobes internes de méandres encaissés où elles se présentent comme un placage reposant sur une surface fortement inclinée vers l'aval qu’on ne peut rapporter à aucun niveau déterminé. Dans les sections rectilignes, on trouve des éléments de terrasse à une altitude relative voisine de 40 mètres à Saint-Gangolf, Keuchingen, Taben (rive gauche), et des éléments d’une terrasse supérieure (+ 65) à Saint-Gangolf (230 m.), à Dreisbach (220-230), au Sud de Saarhôlzbach (220-240) (1) au Nord de Taben (rive droite) (210-220) (EX
Tous ces éléments, à une ou deux exceptions près, reposent sur le grès, non sur les quartzites, et l’on éprouve derechef une difficulté à distinguer les terrasses de remblaiement qui, dans le Massif ancien, ne sont jamais épaisses, des niveaux inscrits dans une roche contenant déjà des cailloux roulés.
En résumé, la terrasse de 35 mètres, largement développée entre Sarrebruck et Sarrelouis, s’efface en aval de Merzig au profit de la terrasse de 15-20 mètres. Dans la traversée du Hochwald, nous rencontrons surtout des hautes terrasses parce que la dureté des quartzites retarda le creusement, au cours des cycles ultérieurs. Mais ces hautes terrasses ne sont pas les basses terrasses de l’amont relevées par un mouvement épeirogénique. Les terrasses monogéniques se suivent à des altitudes relatives constantes depuis Sarreguemines jusqu’à Saarhülzhach, et cette constatation, jointe à l’observation faite sur les niveaux, autorise à conclure que, depuis le Pliocène, le Hochwald ne s’est pas soulevé par rapport à son avantpays sarrois.
I. — Au début de l’Oligocène, le Massif Schisteux Rhénan, le Haut Pays de la Nahe—Blies et le Plateau Lorrain faisaient partie d’une pénéplaine très étendue, la même sans doute dont on a retrouvé les traces sur les massifs hercyniens de la rive droite du Rhin. A la surface de cette pénéplaine toute trace des mouvements orogéniques antérieurs était fossilisée par les sédiments ou effacée par l'érosion,
(1) Altitude un peu forte, due sans doute à la confluence du Saarhôlzbach.
(2) On néglige les terrasses indiquées par la carte géologique (f. Merzig) dans la boucle de Montclair. Il a paru qu’elles avaient été placées entre les courbes maitresses d’une façon arbitraire. Les cailloux de quartz clairsemés qu’on rencontre sur le quartzite ne coïncident pas avec les petits replats qu’on observe dans la montée; ils peuvent d’ailleurs provenir soit des filonnets injectés dans les quartzites, soit du Grès vosgien qui recouvre la crête.
Au cours de l’Oligocène, les grands événements qui se produisaient dans la plaine rhénane eurent leur répercussion plus au Nord. Le Bassin de Mayence est envahi par une mer où se déposent des sables dont les formations subsistent encore à l'Est de Kirn. La pénéplaine est déformée, les fleuves rajeunis apportent à la mer des alluvions grossières. Mais déjà à l’Oligocène supérieur les effets de ce mouvement étaient effacés : une surface continue s’étend du Hochwald au Birkenfeld. C’est elle qui constitue aujourd’hui en majeure partie les
: plateaux du Massif Schisteux.
IT. — Le Miocène vit la répétition du même cycle, mais avec des phénomènes d’une autre ampleur. 11 débute par un relèvement des Vosges, un affaissement du «golfe » du Luxembourg et du Plateau Lorrain, où les blocs de grès de Stonne en place permettent de suivre la déformation de la pénéplaine oligocène. Suivant une direction conséquente Sud-Nord, la Sarre établit son cours vers la Moselle. Du Sud au Nord le soulèvement gagne le Massif Schisteux et la pénéplaine du plateau est portée à son altitude actuelle, obligeant les rivières antécédentes à s’encaisser.
Dans la masse anciennement consolidée, les poussées tangentielles avortent, se résolvent eñ failles par où montent les laves de PEifel; mais sur les bords du Massif ou au-dessus du synclinal permien, l’ondulation se déploie plus aisément et dessine le creux où Prims et Nahe établissent leur cours sur la couverture de grès.
Il n’est pas possible de dire immédiatement si les plis du plateau triasique ont rejoué à cette époque, postérieurement à l'établissement du cours de la Sarre; il faudrait, pour se prononcer, disposer sur la rive gauche de la Sarre de témoins de la surface oligocène. Or le prolongement de la pénéplaine du Hochwald passe, entre Sarre et Moselle,
\ au-dessus du Muschelkalk. La surface oligocène a donc disparu sur \ce point, et à plus forte raison plus au Sud, plus loin du Massif Schisteux.
Aussi bien que l’antécédence, la surimposition rend compte du tracé de la Sarre par rapport aux plis. La dénivellation tectonique entre synclinaux et anticlinaux est au maximum de 250 mètres. Or le Keuper marno-gypseux a une puissance qui varie de 150 à 200 mètres, le Lias marneux (Sinémurien, Charmouthien, Toarcien) de plus de 200 mètres. Entre les deux il n’y a que deux étages quelque peu résistants : les grès rhétiens qui se montrent au Nord du Bisch-
wald comme un banc sablonneux, inconsistant, réduit à une dizaine
de mètres d'épaisseur et les calcaires à gryphées (Sinémurien), plus épais, mais fortement mêlés d'argile. Il suffit donc de supposer les synclinaux bourrés de marnes jusqu’à la hauteur des voûtes de Mus-
ndéhadé
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chelkalk pour reconstituer la surface continue sur laquelle la Sarre a établi son cours.
Toutefois l'examen du tracé de la Blies oblige à apporter un correctif. Le tracé de cette rivière comporte une anomalie. Après avoir coulé entre Wôrschweiler et Bliesbruck, du Nord-Est au Sud-Ouest, conformément au pendage des couches, elle tourne à 900, coule pendant 8 kilomètres parallèlement à la Sarre, pour reprendre à Bliesschweyen sa direction primitive. Ce double coude ne correspondant à aucun affleurement de roche dure, il est impossible de considérer la section Bliesbruck—Bliesschweyen comme subséquente. D’autre part, on a vu plus haut qu’il fallait renoncer à voir dans cette section l’héritage d’une vallée coulant SE-NO, de Rohrbach à Sarrebruck. Les agents tectoniques sont probablement les responsables. Un peu avant Rheïinheim, la Blies traverse une petite faille, insignifiante par elle-même (elle ne figure même pas sur la carte tectonique de van WERVEKE, qui l’a mentionnée ensuite dans la notice de la feuille de Sarreguemines), mais qu’on est tenté de raccorder à la faille de Bliesransbach qui a la même direction. L’affaissement du compartiment Nord aurait déterminé un contact de couches de dureté différente, dont le réseau hydrographique aurait profité. Cependant il faut noter que les deux failles sont en réalité distinctes, que toutes deux restent à 3-4 kilomètres au Nord de la vallée de la Blies, et qu’enfin nulle part ailleurs sur le plateau du Bliesgau les failles n’influencent l’hydrographie. Par contre, ces failles NO-SE sont en relation avec un décrochement. dans le synclinal du Westrich qui pourrait bien être la cause du changement de direction de la Blies. Ce synclinal, dont l’axe passe par Sarreguemines— Frauenberg, se trouve en ce point rejeté vers l'Est par un léger décrochement et ne reprend sa direction primitive qu’à Gersheim. La coïncidence entre l’inflexion du pli et le changement de direction de la rivière — celui-ci exagérant d’ailleurs celle-là — ne peut être fortuite et, comme les couches dures sont trop faiblement inclinées pour avoir pu, après coup, faire glisser la rivière, il faut que londulation ait affecté aussi les couches tendres de la surface, il faut que le mouvement tectonique ait dirigé le cours inférieur de la Blies. Sans doute le même mouvement n’a-t-il pas été étranger à l’inflexion de la Sarre vers le Nord-Ouest à partir de Zetting.
Le synclinal du Westrich a donc rejoué postérieurement à l’établis- sement du cours de la Sarre, mais dans une mesure qui n’a pas compromis l’indépendance de celle-ci à l'égard des plis.
III. — Au Miocène moyen, tout le réseau hydrographique était en
RÉG. IND. SARROISE 10
place, avec les mêmes directions qu'aujourd'hui, sauf dans la dépression de Landstuhl.
Le cycle inauguré alors a abouti à la fin du Miocène à un aplanissement très étendu. Des sources de la Nahe aux sources de la Nied allemande, du plateau de Deux-Ponts au « verrou » d’Orscholz, toutes les couches depuis le Dévonien (là où il avait déjà été atteint par la pénéplanation posthercynienne) jusqu’au Muschelkalk ont été nivelées en une surface d’érosion qui continue la surface d’auge de la Moselle. Cette surface a été portée depuis à l’altitude de 400-420 mètres; mais, dans les limites de la région étudiée, elle n’a pas été déformée. Les dislocations qui, dans certaines zones labiles du Massif Schisteux Rhénan — bassin de Mayence, bassin de Neuwied, bassin de Cologne —, se sont poursuivies jusqu’au Quaternaire, n’ont pas affecté notre région. Elles ne l’intéressent que dans la mesure où, en favorisant la Nabhe, elles ont commencé à décapiter le réseau de la Blies.
IV. — La surface ainsi nivelée présentait des couches de dureté différente. La reprise du creusement au Pliocène a fait apparaître les formes de relief que nous avons sous les yeux et d’abord la côte de Muschelkalk et de Grès.
On peut supposer, il est vrai, que la sculpture d’un relief de côtes avait commencé dès la première émersion de la région, c’est-à-dire au moins depuis l’Éocène, mais là seulement où affleuraient des roches de dureté différente.
Or, sur la rive gauche de la Sarre, il est plus que vraisemblable que le Muschelkalk était enterré sous le Keuper et le Lias. Sur la rive droite, à Limbach, le Muschelkalk reposait sur les coulées permiennes; c’est lui, et non le soubassement, qui fut enlevé. Ainsi les conditions favorables à la mise en saillie d’une côte éocène n’ont été réalisées qu’à l'extrémité Nord-Est du synclinal du Westrich.
Le dégagement de la côte de Muschelkalk ne peut être antérieur au niveau qui la tronque. Or ce niveau est probablement miocène supérieur. La côte est donc pliocène, à l'exception de l'extrémité orientale où les Sickinger Hôühen dépassent le niveau de 400 mètres. Sur ce point la côte est probablement plus ancienne.
Puis ce fut au tour des reliefs éruptifs, dont une partie seulement avait été atteinte par le cycle précédent, d’être décoiffés ou dégagés de leur gangue permienne; l’érosion s’attaqua même aux roches plus anciennes et, dans l'épaisse série carbonifère, elle a distingué quelques horizons de conglomérats, pour les faire ressortir en côtes au milieu des collines uniformes.
Tous ces reliefs s’alignent conformément aux anciennes directions