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LA FONCTION STRATÉGIQUE

Mais un pont n’a pas qu’une fonction mercantile; autant qu'aux négociants, il sert aux armées. Comme l’Alsace gardant les passages du Rhin, la Sarre a eu, sur chacune de ses grand’routes, ses châteaux et ses forteresses.

a) Castels, donjons et châteaux. — Déjà la route romaine était flanquée, à l'endroit où elle franchissait la rivière, par un fortin dont on a retrouvé les fondations au Halberg, près de Brebach. Un poste du même genre, près de Pachten, marquait un autre passage (peut-être à bac); enfin, le Schaumberg était fortifié. Un observatoire, un ou deux ponts; c’est toute l’histoire militaire de la Sarre en puissance; dès le début, les points stratégiques étaient repérés.

Au Moyen Age les châteaux foisonnent : chaque butte-témoin se couvre de murailles. Comme l’ennemi peut surgir de partout, aucune route n’est plus particulièrement à garder, aucun donjon n’impose sa loi. Cependant la route de Landstuhl fut de bonne heure et particulièrement surveillée : Frédéric Barberousse y a élevé en 1153 le château de la Lauter, dont ses successeurs devaient faire la ville de Kaiserslautern. Quand, en 1552, une armée impériale va assiéger Metz, c’est à Sarrebruck, sur le pont de pierre récemment construit qu’elle

franchit la Sarre (1). Désormais la tactique s’éclaire, l’activité militaire va se concentrer aux abords de cette route.

Le château de Sarrebruck bâti sur une terrasse rocheuse aux pentes raides gardait à la fois la vallée et le pont. Homburg, sur un promontoire de grès qui barre à son extrémité occidentale la dépression de Landstuhl, fut au xvire siècle l’avant-poste et la capitale de la province française de la Sarre : « Petite place bien troussée, écrit Vauban, très propre pour harceler les ennemis (2). » On la fortifia done soigneusement (#), mais quand Louis XIV dut rendre sa conquête au traité de Ryswick, la citadelle fut rasée. Entre Homburg et Sarrebruck, Kirkel, donjon mineur, commandait le défilé boisé de Rentrisch. En Lorraine, Forbach et Saint-Avold utilisaient au mieux les avantages du front de côte.

La route de Flandre avait elle aussi ses flancs-gardes : Sierck, au premier étranglement de la Moselle pénétrant dans le Massif Schisteux (4); le château de Montclair, clé de l'électorat de Trèves (°); Siersburg et son pont sur la Nied; Fremersdorf, devant l’un des anciens gués de la Sarre; Sarreguemines, dont le château jusqu’au xviie siècle résista à maints assauts. Celui qui possédait ces places était le maître de la Lorraine. Le même traité de 1661 qui céda au roi de France la route de Metz à Phalsbourg lui abandonna, comme nécessaires à sa sécurité, toute la ligne des châteaux de la Moselle à la Sarre (6).

b) La vallée de la Sarre, frontière stratégique. — La vallée de la Sarre est ainsi devenue, au milieu du xvrie siècle, une frontière stratégique. Mais pour la défendre, il eût été imprudent de compter sur sa valeur propre. Entre Vaudrevange et Sarrebruck, l’escarpement de

(1) I avait été construit de 1546 à 1548 pour remplacer un bac inutilisable pendant les crues. C’est ainsi qu’en mars 1546 Charles-Quint revenant des Pays-Bas dut attendre à Sarrebruck plusieurs jours. Le pont eut des dimensions considérables, en rapport avec son importance stratégique : 550 pieds de long et 24 delarge (B.5."4: 5; n08, p.171).

(2) Lettre de Vauban à Louvois, 4 novembre 1679 (publiée par G. ZEeLLer [25], p. 14).

(3) On l’appelait Hombourg la forteresse pour la distinguer de Hombourg l’évêque (Hombourg-Haut, seigneurie relevant de Metz). FLORANGE, B. 8. À. $., n° 8.

(4) « Ce lieu (Sierck) était de Lorraine; en 1661 ainsi que je l’ai dit en rendant les États au duc (traité de Vincennes), réglant les conditions et retenant ce qui nous était plus avantageux. Le chevalier de Clerville fut envoyé sur les lieux pour les examiner, conseilla de retenir ce poste de Sierck et il nous fut cédé ainsi que 30 villages pour son accompagnement, ensemble le pont de Listroff sur la Nied et le mes de Fremerstroff et la montagne de Monteler sur la Sarre. » (T'urGor [103], p244).

(5) Démoli en 1669 à la prière de l’Électeur.

(6) Dow Cazmer [233], t. III, p. 582.

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