Manuel pratique
protéger la vie des mineurs ». Nous ne croyons pas que ce soit très humanitaire de sacrifier les enfants, êtres qui ont le plus besoin de protection pour sauvegarder les adultes. D'autant plus que ces manœuvres d’aérage et des ventilateurs sont justement les plus fatigantes pour les enfants. Puisque ce travail est indispensable, la loi n'empêche pas les exploitants d'employer pendant la nuit les enfants âgés de plus de seize ans.
Nous avons déjà exprimé l’opinion de la Commission du travail sur ce point si discuté de la loi. Elle est entièrement favorable à l'interdiction du travail de nuit. La loi de 1874 faisait plusieurs innovations très importantes qui gênaient au début les exploitants. La mise en pratique de ces dispositions ne pouvait se faire que d’une manière successive et peu à peu, pas brusquement, de peur d’entraver le développement de cette industrie, si utile et si menacée parla concurrence étrangère. C’est de cette manière qu'il faut expliquer certaines tolérances au début. L'exemple de Saône-et-Loire est souvent cité. Les directeurs des houillères de ce département ont demandé que les enfants employés dans les galeries des remblais, à raison d'une inclinaison du sol, puissent travailler la nuit, afin d'éviter toute interruption de l’exploitation. La commission supérieure n’a point voulu permettre cette exception d’une manière générale et permanente. Son opinion à cette époque fut motivée par la considération que le travail des remblais excédait les forces des enfants et ne rentrait nullement dans les tra-
vaux que le décret de 1875 permettait aux enfants. On ne mentionnait pas que le travail devait être interdit surtout parce qu'il avait lieu la nuit. M. Tallon en conclut qu'au début l'opinion de la Commission supérieure fut hésitante sur cette question 1). Pour nous cette omission est causée ou par un manque d’attention ou, comme il y avait deux raisons pour ne pas accéder à la demande, les deux également fortes et en faveur des enfants, la Commission en a choisi une. Elle pouvait supposer aussi qu'il était inutile de motiver trop la réponse, du moment qu'elle accordait une autorisation précaire. Cette autorisation a été faite en raison de la difficulté du recrutement du personnel et à la condition de supprimer progressivement l'emploi des enfants à ces remblais. La concession a été inspirée par des raisons d'utilité pratique, assez fortes parfois au commencement d'application d'une loi. La deuxième autorisation, citée par M. Tallon, a été donnée dans l'intérêt des enfants. La Commission leur a permis d'entrer dans la mine dès quatre heure du matin, c’est-à-dire avant le commencement du jour, pour que les enfants puissent descendre en même temps que les ouvriers adultes. Ces tolérances ne font qu’affirmer le principe, à la condition qu'elles deviennent de moins en moins nombreuses. Si elles étaient trop multiphiées, elles ne laisseraient à la loi qu'une existence purement abstraite.
Nous avons essayé de démontrer le peu de force