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minière, si l’on les soumettait à des charges plus lourdes que les autres industriels. Et cette violation peut non seulement causer des préjudices matériels aux simples particuliers, elle peut avoir des conséquences très graves pour l’industrie extractive tout entière. Et c'est cette dernière qui fait marcher les moteurs mécaniques. Supposons, par exemple, que par une réglementation plus sévère (4) pour les ouvriers mineurs, on rend leur recrutement plus difficile, l'industrie minière s’en ressentirait tout de suite, soit en perdant ses meilleurs ouvriers, soit en les payant trop cher.
Mais il ne faut pas exagérer notre pensée. Les conditions de l'exploitation diffèrent suivant les industries, et tous les détails ne doivent pas être soumis au même traitement. Le principe doit seulement être partout le même. Les règles de droit commun doivent, en général, être applicables aussi bien à l’industrie extractive qu'aux manufacturières. Mais, comme chacune d'elles a des particularités dans les détails de l'exploitation, on peut ajouter d'autres clauses, secondaires, qui tiennent compte de ces différences de fait (2).
1. Plus sévère, parce que quand on désire une réglementation spéciale pour les industries extractives, c’est toujours pour rendre ses prescriptions plus rigoureuses.
2. On a soutenu aussi que les mines ayant élé concédées gratuitement à l’origine, on avait le droit de les soumettre à des charges exceptionnelles en faveur de leurs ouvriers ; M. Aguillon a eu raison de répondre dans son traité sur les mines (t. Il, p. 301), que c'était non seulemènt contraire à l’équité, mais aussi une erreur économique. « Les succès, dit-il, de quelques exploitations
Ce qui fait surtout croire à la nécessité d’une règle-
mentation spéciale, c’est parce qu'on s’imagine que le
travail souterrain est exceptionnellement mauvais et
dangereux. On ne saurait nier les dangers qui provoquent des accidents assez fréquents. Mais, les progrès scientifiques aidés par l'expérience pratique, les rendront de plus en plus rares. D'ailleurs, cette question ne nous préoccupe pas beaucoup en ce moment. Elle est l’objet d'une législation spéciale, celle qui a pour but de prévenir les accidents. Mais il ne faudrait pas croire que le travail dans les mines soit plus dur pour les enfants que dans les autres industries, et qu'on devrait y rendre l’âge de l'admission plus élevé et la durée du travail plus courte. Au contraire, il est établi que le chiffre de mortalité est moins grand pour les mineurs que pour n'importe quel autre métier. |
Le nombre des respirations chez les mineurs est, pendant le travail, constamment porté de 28 à 30, tandis que chez la couturière ou le tailleur, il s'élève à peine à 18. Aussi la phthysie est-elle rare chez les mineurs.
Il n'y a pas de profession où l’exercice soit plus actif
que dans celle de houilleur. Aussi, les garçons sont-ils
font trop souvent oublier cette profonde parole de Mirabeau, dans son discours du 21 mars 1791 ; il rappelait justement que l'octroi d’une mine instituait « un champ plus fertile en espérance qu’en succès et souvent la faculté de se ruiner. » S'il n’y avait pas quelques-uns de ces succès légendaires, avec lesquels tout le monde
“court, trouverait-on encore des mineurs pour gaspiller leurs for-
tunes en infructueuses recherches. »
EAIO
forts, sveltes et d’une grande robusticité. On a dit que les mineurs étaient petits, mais on a remarqué que l’adolescent, qui est occupé aux travaux exerçant surtout les muscles de la poitrine, grandit lentement en hauteur, mais se développe beaucoup en largeur ; il devient comme on le dit, un homme trapu et très solide. Mais, arrivé à l’âge de 22 ans, il atteint la taille ordinaire.
Le travail des mines est pour le jeune ouvrier, une gymnastique continuelle de la poitrine, qu'on ne rencontrera à un semblable degré dans aucune profession. Que l’on compare un instant le travail du mineur à celui du tailleur d’habits, du cordonnier ou même à celui du jeune homme qui se livre à des études de cabinet, et l'on verra que l’avantage est entièrement pour l’ouvrier mineur. Aussi l’anémie et bien des maladies de poitrine sont-elles nombreuses dans toutes les professions libérales et dans tous les métiers sédentaires, tandis qu'’elles sont très rares chez l’ouvrier mineur (1).
Les deux lois françaises, du 19 mai 1874 et du 2 novembre 1892, et les décrets qui les complètent, ont établi de grandes différences entre les travaux souterrains et les autres. Mais si nous admettons le système de ces lois, et même si nous le trouvons bon, c’est parce que les exceptions en faveur de l’industrie extractive atténuaient un peu les règles trop rigoureuses du droit commun, et ces prescriptions favorables auraient
dû être étendues à toutes les industries.
4. Voir le Rapport présenté par M. Ruborne au nom de l’Académie de Médecine de Bruxelles, 1870.