Conf. Nusse, 0p. cit
à subvenir à leur entretien et à leur nourriture, mais les enquêtes ont démontré que ces frais ne les ruinaient pas.
En mettant à profit les résultats de grandes enquêtes anglaises, M. Grimblot a écrit deux articles, d’un très haut intérêt, sur la situation des enfants dans les mines (1). Nous essayerons de peindre ce tableau, d’après les travaux excellents à tous les points de vue de M. Grimblot,
Pour bien comprendre la situation des enfants employés dans les mines, il faut savoir comment le travail y était organisé. Le plus grand nombre de travailleurs était composés de hewers, c’est-à-dire de vrais mineurs qui étaient occupés à extraire le charbon ou la houille. Ce travail était fait par les hommes adultes. Ils descendaient dans la mine à 2 heures du matin, et finissaient leur travail à 2 heures de l'après-midi. Ils ne gagnaient pas beaucoup. Leurs salaires s’élevaient à 100 francs, à peu près, et cela uniquement dans les grands districts houillers. Ces petitssalaires avaient souvent forcé les parents à envoyer les enfants au travail plutôt qu'ils ne l’auraient voulu.Au sommet de la hiérarchie se trouvaient les overmen.et les deputies-overmen, chargés de la police de l'exploitation ; ils devaient aussi veiller à l'exécution des travaux et à la sécurité des mines. C’étaient les deputiesovermen quidonnaient des ordres aux ouvriers mineurs.
A. Voir la Revue des deux Mondes de 1843 (janvier-mars) et le Magasin Pittoresque de la même année, p. 41.
Au bas del'échelle se trouvaient les putters et les trap pers. Les premiers étaient choisis parmiles enfants les plus âgés et les plus robustes. [ls descendaient dans la mine à 4 heures du matin, et leur fonction consistait à enlever, toutes les deux heures, dans de petits chariots, le charbon abattu par les mineurs, et à le trainer jus. qu'aux grandesga leries. Le putter poussait son chariot par derrière. Cette occupation était très fatigante, non seulement parce que les chariots chargés étaient très lourds, ils représentaient un poids de huit quintaux environ, maisils étaient obligés de se courber. Dans cette position ils avaient plus de force, et puis Le peu de hauteur de galeries ne leur permettait pas de marcher droit. Les putters ne sortaient pas des mines en même temps que les Lewers. Ils restaient encore deux heures après, et ne gagnaient qu'un franc par jour environ.
Un peu plus jeunes de putters étaient drivers. Ils étaient âgés de 12à 15 ans, et leur fonction consistait à conduire des chevaux, poneys ou des ânes qui, attelés aux wagons, trainaient au puits principal le charbon apporté par les putters. De là il était enlevé par des machines à vapeur ou des manèges de chevaux, ou même par des roues mises en mouvement en certains endroits par des femmes. La journée du driver était de douze heures, et en terminant son travail, il a fait un parcours de 32 à 36 kilomètres dans les galeries.
Le dernier échelon du travail de mines était occupé par le rapper. C'étaient de tout jeunes enfants qui avaient
une fonction très importante à remplir. C’étaient d'eux que dépendaient la sécurité et la vie de tous les ouvriers occupés au fond. Le #rapper faisait l'office de portier, c'était lui qui était chargé d’ouvrir et fermer les portes (traps,d'où leur vient le nom) des galeries sur lesquelles reposait l’aérage de la mine. Et ce dernier était destiné à prévenir les accidents les plus fréquents et les plus horribles qui arrivaient dans les mines. Il empêchait la formation des gaz qui s’allumaient et faisaint explosion assez facilement (1).
« Le petit /rapper, raconte M. Grimblot (2), est éveillé par sa mère à deux heures du matin ; il se lève et se rend en hâte à la mine, emportant ordinairement pour sa nourriture de la journée un morceau de pain et du café dans une bouteille d’étain. Arrivé au fond du puits, il s’'achemine vers celle des galeries étroites et basses dont la garde lui est remise. Il prend sa place dans une niche creusée derrière la porte qu'il doit ouvrir aussitôt qu'il entend le roulement du chariot d’un putter, et refermer dès qu'il a passé. Il demeure ainsi douze heures de suite dans l'isolement le plus complet, sans autre lumière que la clarté faible et vacillante de la chandelle placée devant les chariots des putters. Son mince salaire ne lui permet pas de s'acheter une chan-
4. Dans les mines françaises on se servait d’un système de portes tombant d'elles-mêmes, ce qui dispensait d'employer de jeunes enfants à ce service abrutissant de {rappers anglais.