‹ La Réglementation LégaleChapitre 8 sur 122 · V. Bulletin, ubi supra · texte numérisé non relu

V. Bulletin, ubi supra

ce dernier est compliqué, de manière qu'on ne peut le commencer que relativement assez tard. Ensuite, les travaux proprement dits du mineur, pour être vraiment actifs, doivent être seuls à occuper l’ouvrier. Et dans les mines, il y a une quantité de travaux accessoires, indispensables au bon fonctionnement de l'exploitation, dont la plupart peuvent être accomplis facilement par un enfant. Il faut approcher les bois, graisser les chariots, faire des commissions, ouvrir et fermer les portes d’aérage, etc. On ne saurait soutenir que ces travaux soient nuisibles à la santé, qu'ils empêchent le développement de l’enfant.

Nous croyons qu'il y a aussi d’autres raisons à la meilleure condition des enfants dans les mines. L'emploi de la vapeur et des outils mécaniques a été la cause principale des abus dont la cruauté avait exaspéré l'opinion publique dans la première moitié de ce siècle. D'un côté la force physique n'avait pas beaucoup d’importance dans les industries transformées par la vapeur, et de l’autre, les exploitants laissaïent chômer le moins possible le nouveau et coûteux outillage. A cause de la nature et des conditions dans lesquelles elle est exploitée l'industrie minière n’a pas profité de l'intervention de la vapeur dans la même mesure que les autres.

Il est aussi incontestable que, tout au moins en France les exploitants des mines s'étaient montrés moins inhumains et plus généreux que les autres industriels. Le rapport cité un peu plus haut le prouve clairement. Et

mème de nos jours, ce sont eux qui font le plus de sacrifices pour les ouvriers.

Il y a encore une cause qui peut paraitre sans importance, mais qui a dû exercer une influence très considérable sur la condition des enfants. Le métier de mineur s'exerce en famille. L'enfant devient mineur parce que son père l’a été. Quand l'industrie est bien organisée, les générations exercent le même métier. Ce sont des familles tout entières de mineurs. Il y a des villages où il n'y à que des mineurs. L'enfant descend daas la fosse avec son père, qui l’emmène de bonne heure avec lui, pour l'aider, pour faire ses commissions, pour lui passer sans qu'il se dérange, les outils etles menus objets, et surtout pour initier l’enfant peu à peu à ce dur métier. L'enfant travaille, la plupart du temps, sous les yeux de son père ou de son frère ainé. Dans ces circonstances, les abus ne sont pas fréquents.

Mais il ne faudrait pas conclure que l’industrie extractive n’a pas besoin d’être réglementée. Les abus sont possibles dans n'importe quelle industrie. Le travail le plus facile peut devenir très dangereux, si on le fait par des enfants de bas-âge ou pendant une durée trop longue. La fonction de trappeur qui n'est pas très difficile en elle-même, a donné lieu en Angleterre à des abus

révoltants. C’est pourquoi il faudrait soumettre les tra-

vaux souterrains à la réglementation de droit commun.

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MTS —

Exclusion complète des enfants des travaux souterrains.

L'idée d'interdire complètement les travaux souterrains aux enfants âgés de moins de seize ou même de dix-huit ans, a été soutenue. Nous espérons avoir démontré que ces derniers travaux ne présentent pas plus de dangers pour les enfants que ceux qui leur sont confiés dans les autres industries. Et ces dangers diminuent peu à peu avec les progrès de la science qui permettent d’améliorer continuellement les moyens de circulation et de ventilation dans les galeries souterraines.

Cette question d'exclusion des enfants des mines, minières et carrières, s'identifie, par conséquent, avec celle de l'exclusion générale des enfants de tous les tra vaux industriels qui ne sont pas particulièrement dangeroux. Il y a un âge, au-dessous duquel il serait inhumain et cruel d'employer les enfants. Cet âge varie suivant les pays : dans les pays chauds, les enfants mürissent plus vite que dans les pays froids. Mais, la limite raisonnable varie entre l'âge de 12 à 14 ans. Il n’y a pas de peuple civilisé, où l’on pourrait employer les enfants au-dessous de 12 ans, sans les compromettre physiquement et moralement. Nous croyons qu'il y à un point de départ admissible dans les pays où

existe l’instruction obligatoire. Ce n'est que celle-ci finie, qu'il faut permettre l'emploi des enfants dans les industries. Tout d'abord, cela assure au moins l’instruction élémentaire aux enfants ouvriers ; ensuite, cette obligation de s'instruire, finit à peu près dans les années que nous avons indiquées un peu plus haut, comme l’âge d'admission raisonnable.

Il y à aussi une troisième raison aussi forte que les deux précédentes en faveur de notre thèse. Il faut que l'enfant prenne de bonne heure l'habitude du travail. IL commence à travailler à l’école, et il faut empêcher quil en perde l'habitude à la sortie. Si l’on les emploie modérément, ils ne s’en trouveront pas mal. Le travail est une fonction nécessaire à l’homme, à l'entretien de sa santé et de sa vie. Il fait développer chez l’enfant les organes, les membres et le cerveau. Il faut surtout éviter la discontinuité qui arriverait nécessairement si les enfants ne pouvaient être employés immédiatement à la sortie de l’école. Cette discontinuité est particulièrement dangereuse pour les enfants des ouvriers. Leurs pères, et très souvent, malheureusement, leurs mères, travaillent toute la journée. Ils n’ont pas le temps de s'occuper des enfants qui sont, pour ainsi dire, obligés de se livrer au vagabondage. Et tout le monde sait que ce dernier est la meilleure école de la paresse et de tous les autres vices. Tandis que si l’on leur permet de travailler, leurs parents sont le plus souvent avec eux et peuvent les surveiller.

Il faut éviter de tomber dans une autre exagération, et de laisser employer les enfants trop longtemps, pour qu'ils soient tout le temps avec leurs parents. En les faisant travailler cinq ou six heures par jour, ils prendront l’habitude de travailler, feront leur apprentissage et deviendront plus tard de bons ouvriers et d’excellents pères de famille.

Dans l’industrie extractive, les raisons sont particulièrement fortes pour permettre le travail aux enfants. La profession d’ouvrier mineur est plus délicate qu’on ne le pense. Elle exige un très long apprentissage et des aptitudes physiques spéciales. On n'improvise pas un mineur du jour au lendemain. Il faut, pour cela, une expérience prolongée des travaux souterrains, contractée dès leur jeune âge par des enfants accompagnant leur père ou leurs frères au chantier (1).

Ce qui peut paraître très curieux de prime abord, et ce qui n’est que la conséquence naturelle de ce que nous venons d'exposer, le nombre des enfants augmente rapidement avec les difficultés de l'exploitation. Dans les départements où se trouvent les houillères les plus importantes de France, c'est-à-dire dans le Nord et le Pas-de-Calais, sur 45.000 ouvriers à peu près qui composent la population minière, les enfants au-dessous de seize ans, représentent 10 pour 100. Cette proportion

4. V. le discours de M. Pernolet. Journ. Officiel, séance du 18 juin 1888.

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