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traverse de son bonheur et de ses projets. Ce fut en bondissant ainsi de colère et de rage, que notre Cyprien s'avisa d'écraser, avec un des pieds du tabouret sur lequel il était assis, le pied d'une des jeunes filles assise derrière lui, et à la table qui leur avait été soufïïée. La grisetle , blessée, pousse un cri, puis injurie le jeune homme, tout en lui appliquant un coup de poing entre les deux épaules.
— Comment, c'est cet Ostrogoth là qui t'a fait mal, Malvina? demande un des trois jeunes gens en société avec la griselte.
— Ostrogoth toi-même , carabin , répond Cyprien avec humeur; Cyprien, sur la joue de qui celle réponse attire un soufflet, auquel il riposte par deux coups de poing , appliqués sur la lêle de son agresseur.
C'est alors que Gautier, voyant cela et voulant prendre la défense de son ami, s'éloigne
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vivement de la baronne, qu'il escalade labiés et tabourets, pour tomber comme la ioudve, l'œil furieux et menaçant, au milieu descombattans en train de se bousculer; c'est encore alors que les amis de l'agresseur se mêlent de la partie, quede Valmont, le margrave même, et Claudius, provoqués, insultés, se voyent contraints d'opposer une vive résistance aux horions prêts à fondre sur eux; alors, mêlée générale; les hommes qui se battent, les femmes qui crient, puis le maîtîe de l'établissement, qui, escorté de ses municipaux , ac court pour mettre le holà, et, ainsi que cela se pratique chaque jour dans cet Eldorado, faire jeter à la porte de l'établisement les tapageurs et leurs compagnes ; moyen tranchant, expéditif, de rétablir promptement l'ordre, et auquel tous nos héros, hommes, femmes et hlies , furent redevables de l'avantage d'être tous chassés et consignés à la porte du bal;
de plus, groupés tous ensemble sur le boulevart Montparnasse, à dix heures du soir, les uns riant de la mésaventure, les autres murmurant et pleurant. Les rieurs n'étaient autres que Gautier, Cyprien, de Val mont et Léonie ; les mécontens , le margrave , d'abord, dont un coup de poing, reçu dans la mêlée, avait mis le nez en compolte; ensuite Claudius, dont un œjl était poché, dont l'habit neuf avait perdu ses deux basques; puis, encore, les trois autres femmes qui, honteuses, toujours effrayées, pleuraient à chaudes larmes et se sentaient défaillir.
— Vous êtes blessé, monsieur? demande Gautier à de Valmontj en lui voyant du sang au visage .
— Peu de chose, une égratignure; mais hàtons-nous de porter secours à ces dames, puis à ce gros allemand, le plus malade de nous tous.
~ Ya, ché havre reçu une grosse coup de poing sur le nez à moi, ché havre en plus envie de faire embrisonner tout ce bobulace qui a osé s'attaquer à unH)ersonnagede mon qualité, fait entendre le margrave en se tenant le nez dans la main et en frappant du pied avec colère.
— Voulez-vous suivre mon conseil? dit Léonie a haute voix. ^
— Quel est-il? s'informe Cyprien.
— De venir tous dans notre chambrette, où ma sœur et moi vous secourerons et soignerons de notre mieux.
— Approuvé, et pour cela en voiture, répond de Valmonl, enchantéde la proposition et d'une circonstance aussi favorable de faire plus ample connaissance encore avec les deux jeunes fdles.
— Approuvé! s'écrie>ton de toutes partsj puis là-dessus, deux fiacres de recevoir la
bande entière pour aller la déposer vivemeni rue Saint- Jacques, à la porte de Clémence et de Léonie.
Causerie.
— Et c'est, il y a deux mois, dans un bal public, que vous files la connaissance de ce monsieur Gaulieret de ces deux jeunes fdles que vous affectionnez tant, madame la baronne ?
— Oui, mon cher monsieur Lubin, un soir qu'il me prit la fantaisie de faire faire à de Valmont et à notre margrave, connaissanceavec les
éludians et les gracieuses griselles de Paris, en 1. 10
les conduisant, ainsi que la bonne Mnller, ma dame de compagnie, au bal de la Grande- Chaumière, répond en riant la jolie Yalentine en train depuis un quart-d'heure de causer dans son boudoir, et tout en travaillant à une riche tapisserie, en société du \ieux Lubin, bon vieillard dont il a été question dans le premier chapitre de cette véridique histoire, et de plus ami et conseiller de la jeunebaronne.
— Ah ! je me le rappelle, et même, par parenthèse, qu'il y eut cette soirée là une querelle, des coups donnés et ^eçus, dont un compromit fort le nez de notre prince Hercule III, margrave du Limbourg.
*^ Ce fut encore à la suite de cette querelle, où les torts ne furent nullement de notre côté, que les dëUx anges Clémence et Léonie nous emmenèrent chez elles, dans leur modeste demeure, où elles nous prodiguèrent tous les soins et soulagemens possi-
Lies; dans leur demeure, où depuis co temps, je retourne chafquc jour avec un nouveau plaisir, admirer la vertu et le courage de deux pauvres enfans sans famille, condamnées à un travail assidu qui est leur unique ressource.
— Mais elles vous ont connue, madame, et aussitôt votre générosité est venue à leur secours?...
— Telle a été le désir empressé de mon cœur; mais désirant continuer d'être à leurs yeux, ce que je me suis dit être, c'est-à-dire une simple ouvrière comme elles, ce fut h. madame Muller que je confiai le soin d'offrir à mes jeunes amies, dd la part de la baronne de Muldorf, notre maîtresse^ quelques riches secours pécuniaires qu'elles Se sont empressées de refuser, en se disant au-dessus du besoin et être riches de leur travail.
— Noble réponse de cœurs laborieux , fait entendre le vieillard avec admiration.
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— Et Je tous les biens* que je voulais déverser sur elles, elle ont choisi mon amitié, me l'ont demandée, et l'ayant obtenue sincère et dévouée, Clémence et Léonieen sont heureuses et fières.
— Mais, ma chère Valentine, à quoi bon celte comédie, cet incognito dans lequel vous vous renfermez envers ces jeunes filles si dignes de votre estime?
— Ah! c'est que je veux être aimée pour moi, mon ami, et non pour mes titres et ma fortune ; c'est que, dans ce grand monde où l'on m'adule sans cesse, je n'ai jamais rencontré que des courtisans où je cherchais de véritables amis; ceci est encore un jeu de celte imagination romanesque, fantasque, dont vous blâmez si souvent les caprices, et qui de moi, fait ù vos yeux un être original et bizarre ; enfin, pour tout vous dire, je désire et veux, mon bon Lubin, me faire peuple
quelque temps, afin de me distraire et de me délasser des ennuis et des fatigues que m'occasionnent la richesse , les litres et le grand mondô. . .
— Après, baronne?.,.
— Dame ! que puis-je vous dire de plus , mon ami ?
— Toute la vérité concernant votre métamorphose de grande dame en simple griselte, dit le vieillard en souriant avec finesse.
— Je vous l'ai dite, Lubin.
— En effet , vous venez , madame, de me faire entendre quelques raisons de fort peu de valeur, mais le grand, le véritable. Tunique motif qui vous engage aujourd'hui à descendre de voire propre volonté au niveau de ceux que vous ne pouvez élever jusqu'à vous, vous le cachez, Valcnline, à votre meilleur ami.
— Ah ! mon ami , pouvez vous croire que dians mon eœur il soit un secret que je puisse vous cacher? répond la jeune baronne avec embarras et en rougissant.
— Oui, ma*chère Valentine, il en est un que vous n'osez m'avouer, a moi, l'indulgence même, à moi le vieil ami de feue votre bonne mère, morte si jeune, après vous avoir donné le jour. Oui , ce secret de votre cœur, je l'ai surpris ; ce grand, ce véritable motif qui vous fait agir en ce moment, je vais vous le dire, ma belle dame...
— Parlez, monsieur !e devin , je suis toute oreille..,
— "Voici : reprend le vieiliarden souriant; Tpadan^e Id l)aronne Valontine de Muldorf se
' fait griselle par amour i..
— Pa p amour ! quelle plaisanterie!
— Oui, madame, par anvour pour monsieur Gautier, étudiant en droit, dont les
homniages, l'esprît, l'qgréable physique, ont su trpuvqr le chemin de son çceiir et la rendre sensible,. . Eh bien ! est-ce ceja ?
— Pas positivement, monsieur, car vous appelé? amour ce qui n'est encore de ma part qu'un sentiment amicaj, que rij'ont inspiré les (juclques bonnes qualités de ce jeune homme qui, épris de moi, à ce qu'il dit, s'efforce depuis deux njois do m'être agréable.
— Allons, ne cherchez pas à ypus abuser, à me tromper sur le sentiment qui vous anime en faveur de ce jeune homme, que vous aimez, vous dis-je, et d'amour, chère baronne. Jeune homme charmant, dites-vous, et cependant d'après les informations que j'ai prises sur son compte, qui jouit dans tout le quartier Lalin de la réputation détestable d'être un paresseux, un dissipateur, en outre un pilier d'eslaminet,où monsieur étudie son dfoit tout de travprs.
— Lubin , grâce pour ce pauvre homme.
Oh ! je suis fort éloignée de prélendre vçus le donner pour une perfection, mais on l'a fait plus noir à vos yeux qu'il ne le mérite, et quelques qualités solides, telles que le courage, une ame sensible, une probité à Tépreuve, rachètent amplement chez lui quelques défauts de jeunesse.
— Oui, je le sais, car ceux qui m'ont instruits de ses travers ne m'ont point caché non plus sesqualités; et cependant, ma chère baronne, je ne puis m'empècher de vous dire que ce jeune homme ne peut vous convenir sous aucun rapport , et que s'il est vrai que l'amitié seule vous parle aujourd'hui en sa faveur, il est important pour votre répulation,
votre bonheur, de vous en tenir à ce simple
sentiment d'estime.
— Hélas! vous aussi, Lubin? soupire la
baronne douloureusement en levant ses beaux yeux au ciel.
— Que voulez-vous dire, Valentine, et pourquoi ce soupir?
— C'est que monsieur Claudius m'a déjà tenu le même langage que celui que vous venez de me faire entendre, et que je suis fort . effrayée.
— Tant mieux! car alors, éclairée sur le danger, et appelant la raison à votre aide , vous renoncerez, ma chère baronne, à une liaison indigne de vous et de votre rang.
— Eh bien! non, mon ami, et puisqu'il faut vous l'avouer, sachez donc que j'aime ce jeune homme, que mon bonheur, ma gloire, seraient de le ramener à la raison , à la sagesse ; de le rendre à la société, dont il est digne, en appelant l'amour à mon aide, l'amour que j'exerce sur son cœur, pour le faire re-
noncer à ces liabitiides dissipées, bruyantes, â celte existence toute d'insouciance, de paresse, où l'ont entraîné la jeunesse, l'abandon, le manque d'un guide, d'un mentor prudent et sage. Voici la làciic que je médite, celle que je veux entreprendre, et dans laquelle je réussirai. Oh! mais n'allez pas croire, mop cher Lubin, que, trompée dans mon attente, emportée par une tendresse faible et coupable, je serais assez lâciic, assez indigne pour aimer encore; non, non! car alors à la tendresse, à la patience, succéderait aussitôt le niépris, et je chasserais loin de rnoi l'homme incorrigible que Tampur p'aprait su vaincre.
— Très bien, baronne ; maintenant admettons une heureuse réussite, alors quelle eçt ja récompense que votre gtâcieuselé |[Jestine 3 ce nouveau et fortuné Sargine?
— Ma main !
^ Quoi ! la belle et riche Valentine, la nor