‹ La reine des carabinesChapitre 6 sur 7 · I<SH · texte numérisé non relu

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d'huimêinesi vous consentez à me suivre, et demain les diamans, les étoffes les plus rares, les cachemires les plus beaux pareront volrc gracieuse personne en faveur d'un peu d'amour, de quelques baisers de votre part; maintenant, que^otre petit étudiant, votre Brutus d'estaminet vous en olfre autant. - Oui, tout cela est bien séduisant, mais

l'honneur...

- Il consiste à ne pas rendre malheureux,

à ne pas désespérer ceux qui nous aiment.

- Parlez avec franchise, seriez-vous un jour mon mari ?

- Sans doute; il est si doux de s'attacher par des liens indissolubles l'objet qui. nous est cher.

- Alors, pourquci ne Uj'épouscricz vous pas tout de suite?

~ Parce que... parce que certain oncle, fort âgé, des biens duqjiel je dois hériter, me

jouerait quelques mauvais tours, si, de son vivant,' j'épousais une femme sans naissance, sans titre, Cl sans forlunv'.

— Quel âge a donc ce vieux barbon? s'informe Léonie.

— Ouatre-vingt-seTze ans^ presqu'un siècle enfin, et d'un jour à l'autre...

— Je conçois, il peut mourir... Est-ce votre équipage qui est là-bas, s'informe brusquement Léonie, en indiquant une voiture arrêtée sur lequai du petit pont de t'Hôtel-Dieu, où elle et de Valmont se ironvaient alors.

— Oui, ma reine; ne consentez-vous pas à venir y causer un inslant à l'aise et loin des regards importuns?

— Que sa forme est élégante et que vous êtes heureux d'avoir d'aussi belles choseà, dit la jeune fille en approchant de l'équipage, dont un valet, en apperçevant son maître, s'empressait d'ouvrir la portière; alors de ValmonC

d'inviter de nouveau Léonie à monter, elle de résister , n^is si faiblement (|u'en moins d'une seconde l'imprudente fillette se trouve élre assise sur le coussin moelleux de la riche voiture et à ciV.c du marquis.

La portière se fcrihe, les chevaux prennent le trot et Léonie, se voyant emportée, devient inquiète, tremblantes, et supplie de Valmont de faire arrêter.

— Pourquoi s'ariôl<M\ ne se promène-t-on pas beaucoup plus à l'aise ainsi (ju'à pied? répond le marquis en enlaçant la jolie peureuse de ses bras.

— Mais faites donô arrêter, monsieur, je \eux descendre... Quoi, c'est ainsi que vous abusez de ma conliance, ah! c'est indigne ! Et ma sœur qui m'attend, qui me grondera... Mais où me menez vous donc?

— A l'appartement que je vous destine

oliez moi, si, sensible à mes vœux, vous consentez à venir un jour l'habiter.

— Mais jo ne veux pas y aller, je ne le veux pas! s'écriait Léonie avecforce,en cherchant à se dégager des bras du marquis, et à esquiver les brûlantes caresses dont il inondait son visage.

Durant tout ce tems là la voiture roulait avec plus de rapidité encore, en traversant Paris, et du bruit de ses roues étouffait les plaintes de la fillette, qui voyant de Valmont insensible à ses prières s'en prit à ses yeux, et se mil à pleurer.

— Pourquoi ces larmes, enfant?

— Parce que vous êtes un méchant qui me faites violence.

— J^éonie, dans une heure nous serez auprès de votre sœur, mais lorsque vous aurz apprécié de vos propres yeux le sort heureux que mon amour vous prépare.

— Héias! hélas! à votre obstination à me poursuivre en cachette, à ne jamais vouloir venir chez nous et parler à ma sœur de vos intentions à mon égard , j'aurais dû me méfier et ne voir en vous qu'un perfide, murmurait Léonie en pleurant.

Quelques consolations , le serment de la rendre à la liberté dans un instant, et la trivoie Léonie sèche ses larmes et puis sourit;

La voiture entre avec bruit dans la cour d'un joli hôtel situé rue de la Tour-d'Auvergne, pour aller s'arrêter au pied d'un péristyle; là, deux valets en riche livrée, chacun armé d'un candélabre où brûlent nombre de bougies, s'empressent de venir recevoir leur -maître, puis dele précéder, ainsi que sa compagne , à travers un vaste escalier garni de tapis et décaisses de fleurs, puis encore à travers^ d'un vaste et somptueux appartement, in. 13

jusqu'à un salon brillant ([e lumière, de soie et d'or.

— Mon Dieu ! mais c'est ici la demeure d'un roi, un prestige des Mille et une Nuits , s'e'crie'Léonie, étourdie, séduile, en promenant partout et sur tout un regard étonné et ravi, après le départ des valets , et demeurée seule avec de Yalmont.

— Cette demeure n'est autre que la mienne; cet appartement, celui que je vous donne, où vos désirs seront comblés, où vous régnerez en souveraine, si telle est votre volonté , ma divine amie.

— Oh ! les beaux meubles! les magnifiques choses! je n'ai jamais rien vu de ma vie d'aussi admirable! Ah! quelle différence de ceci à notre modeste chambretie.

— Un équipage complet, deux magnifiques • chevaux de selle parfaitement dressés, qui seront heureux et fiers du doux fardeau de VO"

Ire gracieuse personne, vous sont encore dcslinés... Allons, belle Léonie, un niotde votre bouche , et tout cela est à vous , dit de Valmont en pressant amoureusement la jeune fille.

— Mais ma sœur, ma bonne sœur !

— La richesse, le plaisir, l'indépendance.

— Oh! tout cela est bien séduisant ; mais l'honneur , le monde ; Cyprien qui m'aime tant!

— Chaque jour des parures nouvelles , des diamans , des cachemires , puis nous partirons aussitôt pour parcourir la Suisse , la belle Italie, où le bonheur, le plaisir nous appellent.

— Du moins, si vous consentiez à me prendre pour votre femme.

— Tel est mon projet, mon désir le plus cher; mais dans quelques mois, à la mort de mon oncle.

fj.t'S-voiis sincère? ne me irompez-vous

pas?

— Vous tromper! fi donc!... A propos, j'ai là , dans un écrin , les diamans de feue ma mère; je veux vous en parer , ajoute de Valmont , en courant ouvrir le tiroir d'un petit meuble d'un travail précieux.

— Des diamans! ah! voyons, fait Léonie avec joie et curiosité, en suivant le marquis. Qu'ils sont magnifiques!

— Ils le seront cent fois plus encore sur votre belle personne.

Et tout en disant , de Valmont attachait aux oreilles de la coquette de superbes pendeloques, entourait son cou d'une rivière étincelante, ses bras de bracelets , ses doigts effilés de bagues plus belles les unes que les autres; et Léonie, les yeux non moins brillans que les pierreries, et fixés sur une glace, s'écriait avec admiration :

— Oh ! que tout cela est beau et riche!

— A loi tout cela , ma belle , pour ton amour, tes baisers ; à toi , en sus ma, vie, ma constance éternelle ! ... Ah ! réponds, réponds,

veux-tu m'aimer? veux-tu la fortune, le bonheur? s'écrie de Valmont avec feu et aux pieds de la jeune fille émue et à moitié vaincue.

— Avant de vous répondre, je veux encore revoir ma sœur, l'embrasser, et pleurer seule, toute seule... Demain, oui, demain, termine Léonie d'une voix altérée par l'émotion.

En vain de Valmont, qui craint qu'elle ne lui échappe, la supplie-t-il de rester avec lui ce même jour, de ne plus retourner auprès de Clémence ; mais Léonie tient bon , et à son séducteur assigne un rendez-vous pour le lendemain au soir.

Encore quelques minutes d'un doux têteà-lète, où de Valmont prodigue promesses et

tendres caresses, où, à force de séduction, il amène la faible Léonie a lui rendre baiser pour baiser.

— Ramenez-moi, monsieur, ramenez-moi, car ici la tête me tourne, je ne sais plus ce que je fais , s'écrie enfin Léonie en s'arrachant à un dangereux enivrement et s'échappant des bras de son amant.

— Quoi î déjà?

— Oui, oui, partons!

Et un quart d'heure plus tard, la voiture s'arrêtait sur le quai Saint-Michel; où après avoir donné et reçu un dernier baiser, de Valmont laissait s'échapper Léonie, qui, d'un pas rapide et le cœur palpitant, se dirigea vers sa demeure, qu'elle atteignit, et où, en rentrant, elle trouva Clémence en société de Cyprien.

— D'où viens-tu donc , sœur ?

— • Du magasin.

— Où madame FMamichon l'a encore retenue et fait perdre ton temps?

— Oui, Clémence, répond Léonie d'une vpix faible.

— Et cependant lu savais, pelite bavarde, que toi et moi avions à préparer nos toilettes pour la promenade de demain.

— C'est juste, Clémence, mais je l'avais oublié.

— Qu'avcz-vous donc , ma chère Léonie ? vous êtes toute pâle et paraissez émue, s'informe Cyprîen en fixant sur la jeune fille un regard d'intérêt.

— Rien, oh ! rien ; un peu de migraine, voilà tout.

— Léonie, votre sœur et moi, durant votre absence, n'avons' cessé de parler de vous.

— Ah! et qu'en disiez-vous?

— Pour mon compte, je peignais la force de l'amour que vous m'avez inspiréj je disais

à Clémence qu'étant maître de ma volonté et de ma petite fortune, rien ne s'opposerait à ce que vous devinssiez ma femme le plus tôt possible.

— Ah I vous disiez cela ? répond Léonie avec froideur et l'esprit préoccupé.

— Je lui disais encore combien , étant époux, nous serions heureux dans notre petit ménage, dans la paisible province où je compte avant peu acheter une étude , une charge quelconque.

— En province! pourquoi pas à Paris?

demande la jeune fille.

— C'est qu'à Paris il faut des cent mille francs pour avoir le droit d'y être avoué ou notaire, tandis qu'en province...

— Cela coûte beaucoup moins cher , je le conçois; mais c'est bien triste, bien maussade.

— Et qu'importe ! folle , lorsqu'un honnête homme l'offre de devenir ton mari, puis

dans une belle campagne, la paix , le bonheur , une position honorable , esl-ce à loi , pauvre ouvrière , sans famille , sans dot , à faire de semblables réflexions? dit Clémence d'un ton sévère.

— Ma foi, j'en suis bien fâchée, mais rien ne m'empêchera de dire que je préférerais un établissement à Paris, que j'aime et dont je ne m'éloignerai qu'à regret... d'abord à cause de toi, ma bonne Clémence.

— Enfantillage, ma chère Léonie; car pourquoi se résigner à végéter à Paris, lorsque dans la province nous attendraient l'aisance et le bonheur? répond Cyprien.

— Est-ce qu'en province nous pourrions avoir voiture?

— Pourquoi pas? le petit cheval et la carriole de famille pour courir aux fêtes des 'villages. -

— Une carriole! soupire alors loul bas Léonie avec tristesse.

— Oui , afin de promener, sans qu'elle se fatigue, noire bonne sœur Clémence, quand elle viendrait nous voir el passer l'été avec nous, reprend Cyprien avec gaîté.

La soirée s'acheva ainsi en causant; puis, à l'heure du repas et seuletle dans son lit :

— Une province, une carriole! et l'autre, tant de plaisirs et de ningnifiques choses!... Ah! prudence! sagesse! venez à mon secours, se disait Léonie en attendant que le sommeil vînt s'emparer de ses sens, le sommeil qu'elle ne pu saisir tant les événemens de la soirée , les propositions de de Valmont , les richesses que cet homme lui offrait en échange de son amour, occupaient son imagination ardente et séduite.

— ■ Oh! décidément, décidément! je ne veux pas devenir une femme de la province, je

neveux pas d'une carriole!... Un hôtel, une voiture... puis je serais si bien mise... Mais ma sœur, ma pauvre sœur! Ainsi pensait encore Léonie, lorsque le petit jour vint sur les quatre heures percer les rideaux de sa chambre. Ainsi, cette jeune fille si près de faillir, d'oublier l'honneur pour des diamans, le luxe, le plaisir, connaissait à ce point de Valmont et se laissait depuis trois mois courtiser par ce riche séducteur? hélas! oui; mais comment cela? facile à expliquer; de Valmont, comme on s'en souvient, lors de la soirée passée à la Grande-Chaumière, avait été séduit par la beauté et les grâces cliarmanles de la jeune coloriste, de plus reçu chez elle le même soir en société de toute la bande joyeuse; \h, point de préférence, car chacun avait été traité et soigné à l'unisson, hors le nez du margrave qui, fort maltraité, avait été de la part de Clémence l'objet de

la plus grande sollicitude. De Valmont, en voyant ce modeste réduit, après avoir apprécié la misère des deux sœurs, le caractère léger et ambitieux de Léonie, et le parti qu'on pouvait tirer des faiblesses de cette dernière, avait tout de suite conçu et arrêté son plan de séduction qui consistait, selon lui, à épier les démarches et les sorties [de Léonie, à l'aborder dans la rue, à lui parler d'amour et à éblouir sou cœur ambitieux, ami de la coquetterie et du plaisir, par de séduisantes et pompeuses promesses; mais non à devenir, comme l'eussëîit fait tant d'autres, l'habitué de la mansarde des jeunes filles, le flatteur de la sœur , le compagnon et l'égale des gens qu'elles rece\ aient chez elles, et qui eussent peu tardé à deviner ses projets et peut-être à les déjouer. De Valmont avait trop d'orgueil pour condescendre à ce dernier rôle, aussi sa tierlé s'élait-elle refusée

à se racler ainsi au milieu de es qu'il appelait avec mépris le petit peuple. Amoureux oi persévérant, notre marquis se mit donc à l'affût dès le jour qui snivit celui où il avait fait la rencontre et connaissance de Léonie, et après avoir, par une belle matinée, rôdé quelques heures autour du nid delà colombe qu'il désirait prendre dans ses filets, de Yalmont aperçut enfin Léonie, un petit panier suspendu à son bras, sortir de sa demeure ^our aller faire diverses emplettes chez les marchands du quartier. Ce fut alors que d'un air empressé et gracieux, il aborda la jeune fille en rendant, disait-il, grâce au hasard d'une aussi heureuse et inattendue rencontre; que tout en causant il se fit connaître à Léonie pour un homme riche , généreux et fort amoureux de ses charmes , mais tout en gardant fidèlement envers Léonie le secret de la baronne de Muldorf.

Un marquis, un homme riche et élégant qui l'aime le lui avoue , ah ! quel honneur pour elle, et , quel bonheur s'il pouvait un jour l'aimer assez pour en faire sa femme. Ainsi ce jour, ce moment, pensa la vaniteuse jeune fille, et cet espoir flatteur lui fit prêter une oreille attentive aux nombreux et doux propos galans que lui débita de Valmont ; et ce qui fut bien coupable et bien léger de sa part, accepter un rendez-vous, pour le lendemain au soir, dans l'église de Sainl-Severin, où la jeune fille se rendit, mais tremblante, d'un pas timide, sachant qu'elle faisait mal, bien mal , d'où Léonie sortit les oreilles remplies de toutes les belles choses et propositions que lui avait faites de Val mont ; en outre, le cœur gonflé de joie et d'une orgueilleuse espérance. A ce premier rendez vous succéda un second, puis un troisièm.e,et ainsi de suite) jusqu'à celui où nous venons d'assis-

ter et d'être à môme d'apprécier le danger qui menaçait noire jeune et imprudente Léonie qui, tout en écoutant les sornettes du marquis, n'en recevait pas moins les soins et hommages du pauvre Cyprien quela coquette berçait d'une fausse espérance.

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