IN XAIFRAGE ENTRE HONFLEIR ET LE HAVRE
Ce fut un des moments les plus cruels dont il me souvienne, celui où je reçus, sous le timbre Paris, un billet à peu près conçu en ces termes : « Cher ami , je t'annonce l'arrivée au Havre d*une famille entière. M. Martel que tu
connais, sa femme^ ses enfants, ses neveux ei ses nièces ont dû prendre à Rouen le bateau ■ à vapeur ; j'espère que tu les recevras à leur débarquement, et ce sera un plaisir pour toi de leur faire les honneurs de la ville. »
Eh oui ! pour mon maiiicur je les connais ! m'écriai-je désespéré. Celle fl\mille est le choléra des provinciaux ;dés les premiers jours de la belle saison, elle abandonne son logis et court la grande route infatigablement , posant le pied partout, mais les yeux nulle part. Quelle mauvaise étoile m'a donc conduit, l'hiver dernier, dans les salons de M. Martel, m'a fait rire et danser chez lui ! Provinciaux ! pro- \înciaux ! brouillez-vous avec un tel homme, car trois fois malheur à celui qui le connaît, l'a vu ou lui a parlé quelque part! Si vous vous trouvez dans ce cas, ne soyez point surpris qu'une invasion subite s'elfectue sur vos
terres,que votre parc soit rempli, votre jardin bouleversé, votre maison peuplée depuis le haut jusqu'en bas : c'est lafamillede M. Martel qui voyage cl vous rend visite,
M. Martel était jadis un bonnetier paisible, coulant des jours faciles entre son comptoir et son feu : maintenant il n'exerce plus d'autre fonction que celle de curieux : niais il l'exerce avec autant de conscience que la précédente, et, si Dieu lui prête vie, je crois qu'il mangera dans celle-ci plus d'argent qu'il n'en a gagné dans l'autre. Il appartient à cette classe nombreuse d'ignorants qui s'éprennent d'un bel amour pour le savoir, et voyagent à sa poursuite. L'instruction que M. Martel a conquise de la sorte est une instruction plaisante : il sait que Gisors et Pontoise sont des relais de diligence, que l'on dîne fort bien à Manies et très-mal à Beauvais: mais il ne pem
vous dire s'il a rencontré Mantes, Gisors et Pontoise sur la roule d'Amiens ou sur celle de Rouen. Quoiqu'il ait fait six cents lieues pour voiries cathédrales de Reims et de Strasbourg, d'Orléans et de Chartres, il lui est impossible d'en donner à quelqu'un la plus légère idée, car il les confond toutes. Il a dans son buffet quelques pièces de coutellerie achetées à Moulins, et d'autres à Châlellerault dans la Gascogne et Moulins dans la Picardie.
La famille de cet effréné cosmopolite , sans partager absolument sa rage^ se laisse entraîner par lui. Elle est d'ailleurs si nombreuse que ses voyages ont l'air d'une émigration.
Tous les membres qui la composent paraissent fort aimables lorsqu'on les voit séparément; mais, réunis, ils vous accablent par leur multitude. Quel supplice! pensai-je donc:
servir de cicérone à vingt Parisiens dans un^
ville comme le Havre, leur trouver des plaisirs en un lieu d'affaires, et des curiosités là où il n'y en a point ! Celle corvée m'effraya si fort que je fus au moment d'abandonner le Havre , et de me réfugier pour quelquesjours à la cam^ pagne. Mais, réflexion faite, je pensai que nos pèlerins venaient uniquement dans l'inlenlion de voir la mer . qu'ils s'en donneraient à leur aise pendant la traversée, et qu'aussitôt venus, il songeraient à repartir. Je me résignai donc à deux ou trois journées de tribulations et les attendis de pied ferme.
Je m'informai du jour où le paquebot à va-
'peur était attendu dans le port, et je fis pré-
jparer chez moi le repas le plus maritime qu'on
,pût imaginer ; je relins l'écaillère la plus
rouge qu'il 3 eût pour toute la ville; puis je
descendis sur le quai, rempli de confiance
pour mes préparatifs. La foule se pressait à
bord (Jii Louis-Philippe, et je suivis la foule. M. Martel, ù mon aspect, poussa des cris de joie; il m'accueillit comme l'aurait pu faire Robinson Crusoé s'il m'eût rencontré dans son île. Et moijje remarquais avec une satisfaction bien vive que M. Martel n'avait point convo* que le ban des arrière-neveux, car il n'avait à sa suite qu'une douzaine de personnes. Il prit terre, et sur le grand quai du Havre, entre les matelots, les balles de coton, les poutres et les charrettes, au milieu des houras sans cesse renaissants, avec toute la solennité qu'il déployait dans les salons de la rue Meslay , il me présenta gravement la seule personne de sa suite qui me lût encore inconnue. C'était son quarantième ou cinquantième neveu , M. Léonidas Fabricius Martel , aussi républicain que ses prénoms, qui sortait du collège avec trois prix sur les épaules et moins de
trois idées dans la lêle. Quand on eul bien dévisagé les n)aisonsdii grand quai, que Ton eut fait porter son bagage à l'hôtel, et humé Pair marin pendant un quart d'heure, je proposai modestement mon petilMéjcùner.
— Bah ! répondit M. Marlel, déjeuner entre quatre murs! c'est trop parisien. J'ai vu sur la jetée un petit jardinet sur la porte duquel est écrit : Restaurant de l'ancien parc aux huîtres. Allons déjeuner là ! Qu'en pensezvous, mesdames? Qu'en penses-tu Fabricius ?
Le Romain fut de cet avis, et j'eus beau protester que le reslaurateuren question était un gargolier infâme, un monsieur de la société, qui savait beaucoup de proverbes et les plaçait heureusement, nous dit : — En voyage comme en voyage.
J'ai promis de vous raconter un naufrage , et non les extases d'une société parisienne transplantée dans un port de mer. Ainsi, je ne \ous peindrai pas la promenade de rigueur tentée sur le galet, ni le jeune rhétoricien déclamant quelques vers en présence de la plaine liquide. Cela se fit, veuillez m'en croire; une demoiselle remplit son flacon d'eau de mer, et plusieurs, sans songer à la marée prochaine, écrivirent leurs noms sur le sable fin de la plage. Tous ces détails ont, en dépit de leur vulgarité, un parfum d'enfantillage qui peut séduire encore ; mais je les passe sous silence pour arriver à mon sujet.
C'est unechosesi belle à Paris qu'unhomme naufragé, il a des titres si incontestables à l'admiration publique, que je voudrais pouvoir vous dire : M. Martel et sa famille , voyant les vagues irritées et le ciel orageux, se mirent
tout exprès en mer, amoureux de la gloire comme un peintre célèbre qui bravait la tempête pour la fixer sur sa toile. Hélas ! notre voyage fut arrêté d'une façon plus prosaïque, Depuis cinq grandes heures nous errions sur les quais, faisant notre possible pour admirer les ponls tournants, les navires de toute espèce, et jusqu'aux cahutes des douaniers. Comme nous commencions à ne plus tenir sur nos jambes, M. Martel me dit :
— Que ferons-nous demain? S'il y a des monuments, il faut se hâter de les voir.
— Je vous ai montré, répondis-je, le théâtre et l'église ; vous avez admiré la maigreur du premier , le mauvais goût de l'autre : je ne connais point dans laville d'autres monuments que ceux-là. Mais on trouve à moins d'une lieue l'abbaye de Graville; à deux, la jolie ba-
siliqiie d'IIarfleur,à trois, Moiuivilliers avec ses environs délicieux elsa vieille église.
— Oh 1 nous avons assez d'églises s'écria vivement une dame ; on ne voit pas autre chose à Rouen.
— Monsieur, ajouta gravement un de nos compagnons, armé du Guide du Yoyageur au Havre, on cite là- dessus plusieurs monumcnis remarquables : la tour de François T' , la douane, rcnlrepol. Il fallut donc chercher la tour, la douane et l'enlrepùt. Le Guide nous conduisit de là vers la maison de ville et le palais de justice. Ces monuments émerveillèrent assez peu nos Parisiens. Mais rinlrcpide lecteur continua :
— « Les étrangers ne pcuveuts'abslenirde visiter Honfleur ; c'est un trajet délicieux; les
rives de Rasse-Norniaiulie offrent des points de vue magiques. Honileur est renommé pour sa bière, ses pêcheurs , ses fabriques , et la chapelle de Notre-Dame-de-Bon-Secours , sur la côte qui porte son nom. »
— Va donc pour Honfleur ! murmurai-je.
M. Martel se persuada de louer une petite barque; il était complètement las du bateau à vapeur, et les dames voulaientmontrer qu'elles ne craignaient point le mal de mer. On me créa tout d'une voix capitaine de l'embarcation, et, comme nos messieurs pouvaient ramer au besoin, il fut déterminé qu'on n'aurait point recours à la race grossière des matelots. Je luttai vainement contre cette folie; nous touchions à l'équinoxe, et la beauté des journées précédentes ne me rassurait pas. D'ailleurs, dansloute la Manche; il règne des coups
de vent inattendus. Mais que peuv ent la rai T. m. 12
son et l'expérience d'un marin contre la conliance d'un homme qui n'a traversé de sa vie qu'une mer à peine ridée, à bord d'un bateau à vapeuï ?
Le lendemain, dès que le soleil se leva , je courus lestement au port. Les côtes étaient rapprochées, le vent mauvais, la mer houleuse, et mes inquiétudes s'accrurent. Je n'osai les communiquer à nos Parisiens, ils m^eussent accablé de sarcasmes ; rien n'est impitoyable comme l'intrépidité quinait de l'ignorance.
Nous mîmes à la voile. La gaîté de notre équipage était une chose charmante. Chaque fois qu'une vague enlevait notre embarcation légère, et que Ton se sentait voler sur son sommet avec la rapidité d'une flèche, on retenait son haleine et l'on se regardait en riant. Le plaisir, la surprise de ces jeunes gens , qui
n'avaient point encore navigué, me gagnaient insensiblenncnt , et me reportaient aux premières impressions de ce genre que j'avais subies autrefois. Je commençais à me complaire dans id société de nos Parisiens : ils étaient fortaimables lorsqu'on parvenait à percer leur écorce de voyageur et qu'on s'imaginait deviser avec eux dans un élégant boudoir. Notre joie ne fut troublée que par l'indisposition de deux dames et d'un cavalier ; nous les déposâmes en route, à bord du paquebot le Rouennais qui se dirigeait sur Honfleur, nous continuâmes donc noire paisible Ira versés.Car elle était paisible, et tout paraissait conspirer à la rendre agréable. Il faisait un vent frais, un soleil un peu pâle. Notre voile était enflée légèrement ; cbacun se tenait à son poste , nos messieurs à la rame, et moi au gouvernail. Les dames, rassemblées sur le banc d'arrière , y formaient un groupe plein de grâces. Ce ta-
bleau me semblait d'une iraîcheur délicieuse cl je le contemplais avec plaisir.
Déjà nous louchions à la moitié de notre course; les côtes de Basse-Normandie comraençaienf à grandir ; mais elles devenaienl de moins en moins distinctes, un hrouiliard les enveloppait. Nous admirions le lieau coup d'œil des nuages amoncelés et comme suspendus sur les coteaux lointains. Cependant une jeune dame disait : N'est-il pas malheureux que cette mer soit si calme et ce vent si paisible ? Ne verrai-je donc jamais un orage sur mer ? Ce doit être un bien beau spcclacie.
— Beau comme un incendie , comme un champ de bataille , comme tous les théâtres de la misère humaine. Quand on a vu les barques s'engloutir et les cadavres des noyés restés sur la plage , quand on a vu ces grands désastres et qu'on s'est trouvé sur le point d'y
succomber soi-même, on ne témoigne plus de curiosité pareille.
— Je conçois que Ton souffre en réfléchissant aux conséquences d'un orage;etpourtant, dussé-je moi-même n'être pas à l'abri des dangers qu'il entraîne , je voudrais en admirer un.
Le ciel vous entend, répondis-je, car
voici que le temps se couvre. Nous distintruons à peine Us côtes de Basse-Normandie. .. Voyez, à quelrues pas , cette grande tache verte sur l'eau, il va pleuvoir ; de larges gouttes tombent maintenant sur la voile M.Fa-
briciiis, abaissez-moi la misaine, et puis, si le cœur vous en dit, récitez-nous les vers d'Horace que vous répétiez ce matin ; car voici le moment où il faut que nos cœurs soient cuirassés d'audace , suivant son expression. Le jeune homme prit mon invitation au sérieux %
après avoir baissé la voile, il monta sur un banc, et, se tournant vers moi, déclama les premiers vers avec une expression profonde. L'aspect des vagues soulevées et la présence réelle des aquilons qu'il invoquait semblaient agrandir son âme et lui faire comprendre plus vivement encore la mâle harmonie du poète. Quoi donc! l'éducation peut-elle nousfausser le jugement au point de nous faire jouer ainsi sur notre lit de mort ? L'aspect de ce pédantisme insouciant et de cette poésie jetée sur une réalité terrible me glaçait pins en cote que les présages de tempête sans cesse renaissants
Un silenee completrégnait à notre bord, on attendait avidement que mes prévisions prissent un caractère plus affîrmatif. En général, quand on ignore la nature des périls, on n'accepte la crainte que sur des lignes extérieurs.
Ces signes effrayants ne tardèrent point à paraître. Je vis loul à coup le brouillard tourbillonner auprès de nous. Tenez-vous fermes ! m'écriai-je, tenez-vous fermes' à vos bancs ! cramponnez-vous au mât, partout où vous pourrez? A peine avais-je terminé ces mots, que notre embarcation tournova vivement.
Elle s'inclina sur le flmc, uno vague la surmonta de toute sa Ivuitenr et parut prèle à l'engloutir. Mais, plus rapidement encore notre quille fut redressée, et nous nous élançâmes sur la hauteur dn flot. Je regardai autour de moi : les larmes me vinrent aux yeux ; oui, dans ces afïreux moments de crainte personnelle,les larmesme vinrent aux yeux à l'aspect de ces faibles femmes accroupies au pied du mât. toutes également belles, et les yeux attachés sur moi comme si j'eusse tenu leur
salut dans mes mains!.. .Et moi qui me sentais impuissant, moi dont la langue ne pouvait même articuler quelques paroles d'espérance! Périr si jeunes, si fortunées ; périr dans une partie de fête , quelle destinée pitoyable ! Et pour moi, qui avais parcouru tant de mers éloignées, périr entre deux côtes, à portée des secours, quelle destinée atroce !
Je sentais cruellement alors toutes les imperfections de notre petit navire, Comme on l'avait construit pourl'élégance etnon pas pour la marche, il portait un arrière beaucoup trop élevé, ce qui rendait terribles les effets du tangage. Son mât était trop élancé ; aussi le vent nous balottait sans cesse, et nous inclinait quelquefois de telle manière que nous puisioiis l'eau par notre bord ; nous étions inondés. !' eut un moment de calme.
— Faut-il prendre les rames?dit un de nos compagnons.
— Eh! qu'en voulez-vous faire? répondisje. De quel côté [nous diriger ! Nous n'avons aucune boussole, le vent tourne sans cesse, et toutes les côtes sont voilées par ce maudit brouillard! Nous sommes isolés comme au milieu de l'Océan.
— Voici que la tourmente recommence !
s'écria-t-on tout d'une voix!
Notre navire alors fut horriblement secoué, un craquement se fit entendre,, notre mât fut brisé, ses débris tombèrent à l'eau, des cris d'effroi l'accompagnèrent.
— Ne vous effrayez point , c'est là notre
iMt!
J'avais beau parler de la sorte , l'apparence délabrée de notre embarcation causait plus de terreurs que le danger.Nous avions véritablementl'aspect de naufragés, et tous ces citadins paisibles, qui n'avaient rencontré despeclacle pareil que dans leurs romans parfumes , pouvaient à peine concevoir l'iiorrible véritéqu'ils av aient sous les 3 eux.
Si notre position eût été moins terrible , je n'aurais pu sans rire entendre les exclamations de M, Martel. Les suppositions les plus bizarres lui tourmentaient l'esprit ; quelquefois il s'imaginait que nous parcourions la Manche avec une rapidité surprenante et que nous allions aborder sur une côte d'Angleterre; d'autres fois, il s'imaginait que nous dérivions en Seine et que nous touchions à l'heure de rencontrer les quais rouennais. Il
imagina d'attacher au tronc de notre mât des écharpeset des mouchoirs en signe dedétrcsse. Pendant ce temps, j'étais assis auprès du gouvernail et je poussais des cris désespérés. Cet expédient nous réussit : un énorme chassemarée perça notre atmosphère de brouillard ; cinq pêcheurs le montaient : ils consentirent à nous prendre à bord, et traînèrent à la remorque les débris de notre charmante nacelle, qui faisait eau de toutes parts. Nos dames eurent alors le chagrin de coudoyer des matelots, non pas fashionables comme ceux quidirigent les embarcations d'agrément, mais de véritables pêcheurs, odorants et jurants. Nous entendîmes tout à coup M. Martel qui criait : Terre ! avec autant d'ivresse qu'un navigateur qui découvre des rives inconnues. En traversant le chenal, nous remarquâmes avec orgueil la
foule assemblée sur les quais pour nous considérer. M. Martelet sa famille ne se sentaient pas de plaisir, la plus folle joie succédait au plus cruel abattement. Lire sorti victorieux d'une pareille épreuve, et pouvoir se vanter d'une émotion poignante, c'est pour des Parisiens un bonheur indicible ; chacun sur son £ront semblait porter ces mots: Et moi aussi j'ai fait naufrage !
Le soir, je me rendis chez M. Ed. Corbière, que nous connaissons à Paris pour ses jolis romans, et an Hàvie surtout pour son journal patriotique. Je le priai de vouloir bien m'accorder un service; et le lendemain, au dîner, tandis que Martel s'extasiait sur notre aventure, je lui fis lire cet article dans le paragraphe des sinistres : dl faut ranger au nom-
bre (les désastres causés par l'orage d'hier le naufrage d'une embarcation sur laquelle une famille parisienne avait eu l'imprudence de se diriger vers Honfleur. Les passagers ont éprouvé dans ce petit trajet toutes les horreurs et les périls d'un naufrage en pleine mer. C'était, nous a-t-on dit, M. Martel, négociant delà capitale, qui dirigeait cette périlleuse entreprise. » Et M. Martel m'embrassa dès qu'il «ut fini sa lecture. Il fit acheter sur le champ deux cents exemplaires de ce numéro pour mteux constater son immortalité; enfin, il prit un abonnement au journal de M. Corbière. Depuis ce temps, M. Martel me traite avec autant d'amitié que si j'étais un de ses innombrables neveux; il m'estime si fort que je serais sûr d'obtenir une de ses filles en mariage si la fantaisie m'en prenait. Elles sont
toutes fort jolies, mais elles ont comme leur père la passion des voyages, et Dieu me garde alors de mettre à profit ma faveur auprès du négociant naufragé !