ACTE PREMIER
CASTIGLIONE
La reine, insoucieuse et rêveuse, raffole
Des rires de guitare et des pleurs de viole
Et des danses mêlant les gaîtés aux langueurs;
Je médite un gala, ballets et luths en chœurs,
Afin qu'à son retour tout lui rie et lui plaise,
Et pour que, dans les bruits de fête, plus à l'aise,
Nous terminions avec elle nos différents.
CÉSAR SFORZA
Castiglione, il sied de venger ses parents !
JEAN CESANO
Donc, tout est entrepris.
JEAX VASARI
Hormis ce qui doit être Achevé par vous seul.
POMPEO CORTEZ
Bologne attend un maître Reconnaissant, fidèle à nos accords jurés, Digne d'elle...
CASTIGLIONE
Et de nous.
JEAN CESANO
Ce maître?
CÉSAR SFORZA
Vous l'aurez.
T,.\ RKIXE FIAMMETTE
JEAN VASAUI
Quand?
CÉSAR SFOKZA
Dvs qu'il le faudra.
POMPEO CORTEZ
Son nom ?
CÉSAR SFORZA
L'élu du pape.
JEAN CESANO
Avant l'homme qui règne, il faut l'homme qui frappe, D'un bras sûr, sans faiblesse, et, sans avoir parlé, Meure, à tous inconnu. Cet homme-là?
CÉSAR SFORZA
Je l'ai.
Il se lève, il va vers l'escalier qui tourne à droite, au foud de la scène. Il s'arrête, lève la tête vers la porte de la chambre. Il appelle.
Danielo !
Un silence. Danielo apparaît au haut de l'escalier. C'est un très jeune homme, il est vêtu de couleurs obscures, — l'habit d'un clerc et d'un laïque à la fois. Il semble ingénu et timide, non sans fierté. Il est bien tel que l'a décrit Lucagnolo. — En voyant tant de monde, il recule, et va s'en aller, comme un enfant qui s'effarouche. Mais le cardinal a fait un pas de plus. Danielo le reconnaît, il se découvre avec empressement, avec un air de joie puérile; il descend très vite l'escalier ; mais tout à coup, devant César Sforza, il frissonne, baisse les yeux et s'agenouille, les mains sous le menton, comme s'il priait. Tous l'observent.