‹ La reine Fiammette, conte dramatiqueChapitre 69 sur 105 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

Quoi ! sans un but hautain, sans haine, sans courroux,

Pour quelque dignité qu'on m'a mal demandée,

— Il fallait me prier, j'aurais changé d'idée, . —

Pour un titre ou de l'or que l'on vous proposa,

Pour être les valets du cardinal Sforza,

Pour les reliefs du crime où le prêtre s'attable,

Vous osiez contre moi ce complot détestable !

Contre moi, souriante et frêle, que Dieu met

Sur le trône comme une fleur sur un sommet.

Et pour qui, malgré tout le fier bruit qui m'acclame,

La couronne de reine est un bijou de femme !

Plus près.

Eh ! c'est bien pour cela que vous avez osé ! Les malfaiteurs couards aiment le crime aisé. Sans péril de revanche, et qui s'offre, à portée ; C^est aux Brutus qu'il faut la chute ensanglantée Des Césars presque dieux, et leur rébellion Met les griffes du tigre au ventre du lion ! Mais vous, furtifs, adroits, votre rage sournoise S'en prend à moins hardis que soi, ne cherche noise Qu'à coup sûr, et veut bien du renom triomphant Qu'on gagnerait à battre, étant homme, un enfant ! Pourtant, tremblez. L'enfant, qui ne tient pas l'épée, Et s'émeut rien qu'à voir une tige coupée. Peut faire signe à ceux qui d'un bras rude et prompt Lèveront sur les cous la hache et frajDperont !

Aux courtisans et aux folles.

loi; LA REINE FIAMMETTE

Çà, cousines, et vouis, mes compagnons de joie, J'ai des jongleurs français vêtus d'or et de soie, Et des nains cordouans couchés sur les carreaux, Des chanteurs, des danseurs, — si j'avais des bourreaux î Si les billots sanglants s'adossaient aux estrades D'où, le rythme des luths mène les mascarades ? Et, pour mieux achever le ballet que régla Castiglione, si je vous faisais voir, là, Sur ces marches de fleurs et de feuilles jonchées L'affreux sautèleraent de leurs têtes tranchées ! Aux couspirateurs qui out tressailli.

INIais non, rassurez-vous !

Aux autres.

— Ils avaient déjà peur ! —

Au milieu du théâtre.

L'échafaud qu'enveloppe une rouge vapeur Est comme un piédestal horrible de la faute ; Du plus bas criminel la tête y paraît haute ; Et vous ne valez pas que l'on vous daigne offrir L'excuse d'avoir l'air, lâches, de bien mourir ! — Puis, ce complot d'enfant, par son étourderie, Échappe au châtiment et vaut que l'on en rie. Gageons que vous aviez dans vos pensers profonds L'espoir d'être effrayants... vous n'êtes que bouffons! Et vous n'aurez pas même interrompu la fête. Venez, folles ! afin que justice soit faite. Viola, Violette, et Violine aussi.

Je vous donne à juger les hommes que voici !

Page 1