LES TROIS FOLLES
Délibérons!
Elles échangent des signes rapides. Sur la terrasse, les musicicus commencent à jouer. Les danseuses, en très petit nombre, ne descendent pas encore sur la scène; mais, sur la terrasse, sur les marches où elles montent et descendent en des pas rythmiques, c'est comme le prélude d'un ballet; et la musique semble aussi être l'accompagnement des paroles que disent les folles. — On voit à peine, derrière les courtisans en cercle, le mouvement des danses.
VIOLA
à la reine.
Cousine, il n'est pas une chose, Au dire des maris nombreux dont c'est le cas, Plus fertile en tourments, plus féconde en tracas. Que d'avoir épousé dans un jour de mégarde Une femme menteuse, ou coquette, ou bavarde ; — Or moi, je parle, parle, et parle jour et soir Ainsi qu'une perruche au bord de son drageoir !
VIOLINE
Je suis menteuse autant qu'une voix de sirène !
VIOLETTE
Je suis coquette, moi, presque autant que la reine !
Viola est montée sur la seconde marche du troue; les deux autres folles, comme assesseurs, la rejoignent à droite et à gauche.
108 LA REINE FIAMMETTl-:
VIOLA, d'un ton de juge.
Donc, nous, folles, tenant en ce lieu notre cour, Ayant pesé le contre et médité le pour, Jugeant qu'un tel forfait vaut une peine énorme, Par cet arrêt, sans nul recours, en bonne forme. Voulons et commandons qu'on donne pour mari. — A moi, Castiglione !
VIOLINE
A moi, Jean Vasari !
A moi, Cortez !
VIOLETTE
VIOLA
Disons que le triple supplice Ait lieu sans nul sursis; et, quant à leur complice,
Elle désigne Jean Cesauo.
Il attendra, frappé par la même équité, Mon veuvage...
VIOLINE ET VIOLETTE
Ou le mien!
VIOLA
Pour être exécuté !