ACTE SIXIÈME
DAN'IELO, près de sortir.
Un devoir m'amenait, — et ceci m'en délie.
ORL.AA-DA
— Non ! J'en conviens, il faut qu'on me réconcilie Avec Dieu. Votre nom, je l'ignore. Mes yeux Ne vous virent jamais. Et tout est pour le mieux... Pourvu que vous restiez ! — et que je sois absoute.
Dauielo redescend. Il est debout sous la grande croix et montre le prie-Dieu d'un geste grave.
DAXIELO
A genoux, là. Que Dieu vous entende ! J'écoute.
Orlanda s'agenouille sur le prie-Dieu, récite une petite prière à voix basse.
OR LAN D A
Je ne me souviens pas de beaucoup de péchés.
Les crimes que des gens méchants m'ont reprochés
Pour l'amour de médire ou bien par politique
Ne sont pas vrais. Jamais je ne fus hérétique!
Oh ! j'avais des défauts. Qui donc n'a pas les siens ?
Je m'oubliais aux chants de mes musiciens,
Même en d'autres plaisirs. Il n'est rien que j'omette !
Enfin, folle, — du temps qu'on m'appelait Fiammette.
Mais le ciel, aux gaités des enfants attendri,
Voudra-t-il me punir, parce que j'ai souri ?
DAXIELO
Femme, n'emporte pas ton forfait dans l'abime.
ORLAXDA
Un forfait? Non... Ah! oui, pourtant, si c'est un crime De chérir plus que soi, plus que tout, plus que Dieu, Un homme, et de n'avoir à toute heure, en tout lieu. Que lui seul pour extase et lui seul pour supplice. Et de s'être donnée, entière, avec délice, Et de l'aimer, après le mal qu'il vous a fait, Bien plus encor,je suis criminelle en effet! Mais, cette faute-là, quoique j'y persévère, Ne devrait pas trouver mon juge trop sévère, Et le partage heureux de mes fragilités...
Quoi ! Même en ce moment auguste vous mentez 1 La nuit commence à se faire peu à peu.
ORLAXDA
Je mens?...
DANIELO
Pour compléter un aveu dérisoire Faudra-t-il que le juge ait meilleure mémoire?
Lentement.
Sous une même étoile et la main dans la main Deux vagabonds dormaient au détour du chemin, Jeunes hommes sans joie, ayant, les pauvres hères, La consolation unique d'être frères î Mais vous passiez par là, reine, joyeusement !