THÉMIRE
« Thémire a beaucoup d'esprit, le cœur sensible, l'humeur douce, la figure intéressante. Son éducation lui a imprimé dans l'âme une piété si véritable, qu'elle est devenue un sentiment pour elle et qu'elle sert à régler tous les autres.
o Thémire aime Dieu, et immédiatement après, tout ce qui est aimable ; elle sait accorder les choses agréables et les choses solides ; elle s'en occupe successivement, et les fait quelquefois ensemble.
« Ses vertus ont pour ainsi dire le germe et la pointe des passions.
« Elle joint à une pureté de mœurs admirable une sensibilité extrême; à la plus grande modestie, un désir de plaire qui suffirait quelquefois pour y réussir.
« Son discernement lui fait démêler tous les travers et sentir tous les ridicules. Sa bonté, sa charité les lui font supporter sans impatience, et lui permettent rarement d'en nre.
« Les agréments ont tant de pouvoir sur Thémire, qu'ils lui font souvent tolérer les plus grands défauts. Elle accorde son estime aux personnes vertueuses ; son penchant V entraîne vers celles qui sont aim-iles. Cette faiblesse, si c'en est une, est peut-être ce qui rend Thémire si charmante.
« Quand on a le bonheur de connaître Thémire, on quitterait tout pour elle ; l'espérance de lui plaire ne paraît point une chimère.
a Le respect qu'elle inspire tient plus à
es vertus qu'à sa dignité ; il n'interdit ni ne *froidit point l'âme et le sens. On a toute la liberté de son esprit avec elle ; on le doit à la pénétration et à la délicatesse du sien : elle entend si promptement et si finement, qu'il est facile de lui communiquer toutes ics idées qu'on veut sans s'écarter de la circonspection que son rang exige.
« On oublie, en voyant Thémire, qu'il puisse y avoir d'autres grandeurs, d'autres élévations que celle des sentiments. On se laisserait presque aller à l'illusion de croire qu'il n'y a d'intervalle d'elle à nous que la supériorité de son mérite; mais un fatal réveil nous apprendrait que cette Thémire si parfaite, si aimable, c'est »
« C'est la reine Hortense! » s'écriait mademoiselle Cochelet en reprochant à Sa Majesté ;;ce de fascination que son esprit produisait sur elle, comme sur toutes les personnes qui l'approchaient.
a Je préfère de beaucoup le caractère, lui répondit vivement la Reine ; j'aime toutes les
supériorités, celles de l'âme, de l'esprit, de la beauté, voilà les distinctions que l'on recherche dans la vie ; mais c'est avec l'esprit qu'on joue dans un salon. »
La devise qu'avait prise la reine Hortense :
Mieux connue, mieux aimée, Moins connue, moins troublée,
résume à merveille la simplicité charmante de cet esprit d'élite, de ce cœur ouvert à toutes les délicatesses de la bienfaisance, à tous les dévouements de l'amitié , à toutes les ineffables tendresses de la mère.