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se contentant néanmoins des titres les plus familiers, et se plaisant plutôt dans l'essence de la chose, donne librement aux autres princes les titres qui leur sont appropriés. Mais , comme ses ancêtres ont toujours donné des titres de reste aux princes de Moscovie , le roi mon maître en agit de même envers Sa Majesté czarienne pour l'amitié qu'il lui porte; de là vient qu'il ajouta le titre de Très-Illustre, et, à son exemple, je m'en suis aussi servi dans le latin de ma harangue. Toutefois, pour vous faire voir que je ne m'en suis servi que par distinction , et non pas par quelque critique d'honneur, vous pourrez trouver dans un passage de la même harangue le mot Sereniîas là où je parle de Sa Majesté czarienne, et j'aurois employé cent fois Serenissimus si j'eusse su qu'elle eût mieux aimé ce titre, et j'ose même vous promettre que le roi mon maître le fera après la première information qu'il en aura reçue de moi. Cependant je changerai librement le titre dans la harangue, avec cette protestation qu'en me servant d'Illusîrissimus, tant s'en faut que j'aie dérogé (ce qu'à Dieu ne plaise) à l'honneur de Sa Majesté czarienne, qu'au contraire j'ai cru de lui en rendre, comme défait, autant qu'il m'en a été possible, suivant l'exemple du roi mon maître. Ainsi Dieu envoie toute sorte de bonheur à sa très haute, très puissante, très illustre et sérénissime Majesté czarienne, et fasse que la bonne amitié qu'il y a entre elle et le roi mon maître s'augmente journellement. )>
Voilà quelle fut sur ce point la réponse de monsieur l'ambassadeur à messieurs les commissaires ; à quoi il ajouta aussi de son côté (puis-
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qu'ils étoient si pointilleux dans les titres de leur prince ) un mémorandum pour un des litres du roi dont ils ne s'étoient point servis par le passé.
« Le roi mon maître, dit- il, a un titre qui lui est essentiel et qu'il estime plus que tous ceux de ses royaumes, à savoir défenseur de la foi ; un titre immémorial et incontestable , qu'il a hérité de ses prédécesseurs, et dont il s'est servi selon sa coutume dans la dernière lettre qu'il a écrite à Sa Majesté czarienne. Mais, comme on l'a toujours négligé dans cette cour depuis mon arrivée, je requiers qu'à l'avenir on le mette entre les titres de Sa Majesté royale, selon qu'il lui appartient. »
Les commissaires ayant reçu cette réponse en général , bien loin de se soumettre à la raison et à l'équité , ils en firent un sujet de querelle ; de sorte qu'il y eut beaucoup de temps précieux employé à des répliques choquantes et inutiles'. Pour ce qui est de la première partie , ils s'y plaignent d'abord de monsieur l'ambassadeur, comme s'il eût parlé avec mépris des forces de Sa Majesté czarienne et qu'il se fût moqué de ses postes ou de ses courriers ; en quoi ils se trompent lourdement. Ensuite ils blâment fort cet en-
I. Le compte- rendu des conférences de l'ambassadeur anglois avec nos boyards, remarque le baron F orf , révèle qu'elles étoient plutôt des chicanes que de sincères négociations diplomatiques. Fières et susceptibles presque dans une égale mesure, les deux parties faisoient assaut de pointilleries. Au lieu de loyalement réfuter son adversaire, de chercher à le convamcre, chacune d'elles ne s'ingénioit qu'à le placer dans une situation ridicule; au lieu d'unir ses efforts pour arriver à la vérité et à la justice, chacune d'elles ne travail-
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droit où il est dit qu'il semble que plus on est près de Moscou , moins on en sache le chemin ; s5 bien qu'ils lui disent franchement qu'il n'étoit pas séant pour lui de parler de la sorte.
Pour la seconde partie , ils nient que les privilèges soient le fondement de l'amitié des deux couronnes, et prétendent que cette amitié se soit faite purement par un certain penchant de nature que les monarques de Russie et d'Angleterre avoient à s'entre-aimer. De là vient (disent-ils) que les privilèges furent enlevés à cause de la rébellion d'Angleterre contre le feu roi, et que, le roi régnant étant réduit à la misère, leur grand seigneur, selon sa grande sagesse , le consola par diverses lettres et (comme il leur plaît de dire) le fournit de pain et d'argent ' . Sur cela ils prennent occasion de se plaindre que Sa Majesté royale ne donne aucun secours à Sa Majesté czarienne contre ses ennemis les Polonois et les Tartares de Crimée , comme avoit fait autrefois son père à celui du czar contre Vladislas , roi de Pologne , et que les marchands anglois avoient refusé aux ambassadeurs de Sa présente Majesté czarienne en Angleterre de lui prêter de l'argent pour suppléer aux frais de la guerre. Néanmoins messieurs les commissaires propo-
loit qu'à donner un sens fâcheux aux expressions de l'autre, et, quand celle-ci n'en fournissoit même pas le prétexte, celle-là abandonnoit la question principale pour ne s'attacher qu'à des bagatelles. Tout en donnant naturellement raison à ses compatriotes , notre narrateur lui-même avoue que ces conférences furent pleines de querelles stériles et de propos injurieux ; elles firent perdre du temps et laissèrent les choses 3U même point.