I. Estât de l'empire de Russie, par le capitaine Margeret
vi Préambule.
ne parle pas ( ' ) ; il n'a ni encre ni plume ; son chant n'est qu'un gémissement. Le géant est étendu par terre, des enfants peuvent l'insulter; quelques rares passants s'en étonnent, de loin on s'en effraie; mais, tant qu'il n'est pas levé , on ne se rend pas aisément compte de ses forces. Ensuite, il sommeille depuis si long-temps, qu'on ne sait s'il se réveillera jamais. Ce peuple, qui va enfin se prévaloir de ses avantages à l'appel puissant de son loyal Souverain, est le peuple russe; c'est cette nombreuse, mystérieuse famille slave, dont les destinées doivent être prodigieuses si elles sont la récompense de ses vicissitudes et de l'énergie avec laquelle elle les a endurées sans altérer sa nationalité : car ainsi que les hommes , observe Karamzin, les empires sont soumis par la Providence à de rigoureuses épreuves avant d'arriver à un but glorieux ; et nous ne méritons de parvenir au bonheur que par la fermeté courageuse avec laquelle nous savons surmonter les revers de la fortune (2).
Les presses ont récemment gémi sous le poids des publications qui ont paru sur la Russie ; mais ces publications , sauf quelques brillantes exceptions , natu-
1 . La racine du mot slave n'est pas slava (gloire), mais slovo [parole). Le slave veut donc dire Vhomme qui parle, comme l'oiseau qui chante par excellence, le rossignol , s'appelle en bohème slavik , en polonois slovik , en russe soloveï, et de là le bon peuple donne encore à tous les étrangers , à tous ceux qui sont pour lui comme ne parlant pas, la désignation générale de niemtzi [muets).