Ayant toujours plus de confiance dans les catalogues
Préambule. xix
L'édition fran^oise de Rouen , de 1 700, mentionnée également et uniquement par Adelung, est une manifeste erreur. 1700 remplace ici fautivement 1670; car, sans cela, comment Adelung auroit-il pu dans la même page dater la première édition françoise de 1 700 et la seconde de 1672 ? Quant à l'édition françoise de Rouen, Namp, 1672, il n'y a que Boucher qui en parle, et il ne fait pas partie des bibliographes qui jouissent d'une autorité incontestable. Sa Bibliothètjuc universelle fourmille de fautes; nous en avons ici la preuve en ce qu'il ne cite que l'impossible édition angloise de 16^9, et garde le silence sur toutes les éditions françoises reconnues. Ainsi, jusqu'à ce qu'il se présente un témoin plus digne de foi que Boucher, nous nous croyons en droit de classer cette édition de Rouen, non seulement dans les éditions douteuses, mais encore dans les éditions complètement chimériques.
faits le livre en main^que dans les ouvrages bibliographiques, qui répètent souvent les fautes et les inventions des autres , nous avons consulté ceux des bibliothèques de Londres et d'Oxford pour être plus amplement édifié sur les éditions angloises de Carlisle ; mais , à notre extrême surprise, nous n'en avons pas trouvé une seule édition dans la bibliothèque royale de Londres, et celle d'Oxford ne possède que l'édition .françoise d'Amsterdam de 1672 !
XX Préambule.
Pour toutes les autres que nous venons d'énumérer, nous pouvons affirmer qu'elles existent, car la Bibliothèque Impériale de Saint-Pétersbourg en possède la précieuse collection.
Reste à savoir quel est l'auteur de cette Relation?
La Relation de l'ambassade du comte Carlisle , dit Adelung, a été écrite en détail par un de ses compatriotes, du nom de Smith.
Cette allégation d'Adelung ne sauroit être acceptée sans examen. — Trois écrivains nomment ce Smith, mais un seul d'entre eux le désigne positivement comme auteur de la Relation.
Stiick dit : L'auteur de cette Relation n'est pas Carlisle, mais Smith.
Meiners dit; Coxe (I, 194) l'attribue à un Anglois appelé Smith , mais il confond peut-être sir Thomas Smith, que le roi Jacques avoit envoyé en 1 604 comme ambassadeur au tzar Boris, avec l'auteur de la Relation de l'ambassade de Carlisle.
Et Beckmann : Il est certain que Stùck s'est trompé en désignant Smith comme son auteur.
D'après cela, c'est donc Coxe qui le premier fait mention de Smith, et il est clair que Stùck n'a fait que le répéter. Le Voyage de Coxe en Pologne et en Russie, qui a paru en anglois en 1784, a été traduit en allemand et en françois. Le renvoi de Meiners se rapporte à la traduction allemande: je me suis empressé de la consulter, et quelle n'a pas été ma stupéfaction, en confrontant d'abord le texte allemand avec le françois et puis celui-ci avec l'anglois, de découvrir que cette assertion avoit été mise tout à fait gratuitement sur le
Préambule. xxj
compte de Coxe. Coxe parle des Anglois qui ont écrit à différentes époques sur la Russie , et en nomme quelques uns dans une note. Cette note a été ainsi traduite en allemand : Besonders der Kanzlcr Fktcher ; Smith, der Verfasser der Nachricht von der Gesandschaft des Lord Carlisle ; Perq; Bruce, etc. Or, l'original porte : Chiefl) Chancellor, Fletcher, Smith , the ûutor of Lord Carlisle Embassy, Perry, Bruce, etc. Une faute dans la ponctuation a converti pour les Allemands ^uûtre personnes en deux (') ; Smith est devenu pour Stiick et Adelung l'auteur d'un livre écrit soixante ans après son voyage (2) ; et Meiners et Beckmann se sont crus obligés de réfuter très sérieusement un fait qui n'a existé que sous la plume d'un traducteur malhabile. Cette immense confusion bibliographique a plus d'un côté risible. Le traducteur françois n'est pas tombé dans la même bévue à l'égard de Smith, mais en revanche , laissant aussi échapper une virgule , il a vu un titre dans un nom de famille et a transforitié en chancelier Fletcher, qui n'a jamais eu cette qualité et étoit simplement docteur en droit , quoique ambassadeur de la reine Elisabeth près de la cour de Moscou, Smith n'est donc pas l'auteur de la Relation.
1 . La bibliographie, dit avec raison le baron Korf, est une sœur des mathématiques : chaque chiffre, chaque lettre, ont pour elle une signification ; rien n'est pour elle de peu d'importance.
2. Ce Smith dont Coxe entendoit parler est auteur d'un livre de toute rareté, intitulé : Voyage and entertainement in Russia, by Thomas Smith. London, 1605, in-4.
xxij Préambule.
Voyons si la Relation elle-même ne nous mettra pas sur la voie de son auteur et ne nous le révélera pas aisément.
L'édition angloise est dédiée au comte de Carlisie ; la françoise à son fils, le vicomte de Morpeth. La dédicace angloise est signée G. M.; la françoise Guy Miége, et commence ainsi : « Après avoir dédié depuis peu cet ouvrage en anglois à son Excellence monseigneur le comte de Carlisie , ce seroit de mauvaise grâce de chercher maintenant pour cette édition françoise un autre protecteur que vous, Monseigneur. Et , puisque par la première édition je me suis efforcé de rendre mes devoirs à monseigneur votre père , il étoit bien juste que par celle-cy je fisse aussi paroître d'une façon particulière le respect que j'ay pour vous. » Par conséquent l'auteur du texte anglois et celui du texte françois n'est qu'une seule et même personne, et nul autre que Guy Miége. Les changemens que nous remarquons dans la dédicace de la deuxième édition viennent encore corroborer cette opinion. G. Miége y dit: « Bien que cet ouvrage ait premièrement paru en anglois, sous les auspices de monseigneur votre père, j'ai cru néanmoins que c'étoit du devoir et de la bienséance de vous dédier cette édition en françois. Elle a cet avantage sur l'angloise, qu'elle en est l'original, et que pour n'avoir pas été si précipitée elle en est beaucoup plus correcte; enfin, qu'elle est couchée dans une langue particulièrement chérie de toutes les nations qui aiment la politesse. » Adelung a donc commis deux erreurs en écrivant : i . L'éditeur de cette deuxième édition françoise est Guy Miége \ — il en est l'édi-
Préambule. xxiij
teur et l'auteur, aussi bien que des précédentes ; 2. Miége dit dans sa dédicace au fils du comte de Carlisk que l'édition originale est la française ; — il dit précisément le contraire.
Mais qui étoit ce Guy Miége qui a accompagné le comte de Carlisle et décrit son voyage ? Genzelmann , traducteur d'un autre ouvrage de Miége, nous fournit des renseignements à ce sujet (i). M. Guy Miége, dit-il dans sa préface , est un Suisse quia habité trente ans en Angleterre : différentes publications angloises, son profond attachement pour la maison protestante de Hanovre, lui acquirent parmi les Anglois les plus distingués et les mieux intentionnés la renommée d'un homme érudit et honnête. En effet, plusieurs recueils bibliographiques en font mention, et nous possédons à Saint-Pétersbourg plusieurs ouvrages de cet auteur, la plupart lexicographiques, qui attestent que l'anglois lui étoit aussi familier que le françois.
En quelle qualité se trouvoit-il près du comte de Carlisle?
Cette dernière question est plus difficile à résoudre.
Beckmann présume qu'il servoit de compagnon au jeune vicomte de Morpeth, mais on ne sauroit partager cette opinion avec lui. Miége dit, à diverses reprises, qu'il a eu l'honneur non seulement d'accompagner le comte, mais encore d'être employé dans sa
I. Des Herrn Guy Miege Geist-und Weltlicher Staat von Gross-Britanien undirlard, Leipzig, 1781, in-4.
xxiv Préambule.
négociation, et sur le titre anglois il s'appelle : an attendant on the embassies. Dans le récit du retour de l'ambassade de Copenhague en Angleterre, il raconte que le vicomte de Morpeth prit les devants avec quatre gentilshommes, outre sa suite, et que lui, Miége, resta auprès de l'ambassadeur, ce qui prouveroit encore qu'il n'appartenoit pas à la suite de son fils. Le Messager de r Europe {ancienne Revue russe, 1805) a donné à Miége le titre de secrétaire, mais c'est inexact, car la Relation spécifie que cette charge étoit remplie par André Marvel, et nos Annales de la cour (Dvorfzovii Razriadi) le confirment. Quand Miége raconte que Carlisle fit partir le vaisseau marchand qui étoit à ses ordres avec a vint et deux de ses domestiques, du nombre desquels il estoit », le terme de domestique ne peut pas, sans doute, être pris dans le sens qu'on lui donne aujourd'hui; mais il nous semble, toutefois, ressortir de tous les documens russes contemporains qu'il ne faisoit pas partie des membres les plus marquans de l'ambassade. Il prétend avoir été admis au festin du tzar, mais nos Annales, en mentionnant, outre l'ambassadeur et son fils, seize gentilshommes royaux, ne nomment ni Miége ni aucun nom qui puisse être pris pour le sien, à moins que ce ne soit celui de Gioums, qui ressembleroit, du reste, presqu'autant à G. Miége que celui de Pridamsk, qu'elles ont donné à l'ambassadeur de Cromwell, ressemble à P rideaux.
Pour préserver ceux qui nous suivront des fautes et des inconséquences dans lesquelles sont tombés nos
Préambule. xxv
devanciers, nous terminerons cette dissertation par une liste chronologique de toutes les éditions et traductions de la Relation.
I. A Relation of thrce embassies from his sacred Majestie Charles II , to the great duke of Muscovie , thc King of Sweden, aud thc King of Dcnmark. Pcrformed by the right ho-ble the carie of Carliste in the years 1663 et 1664. Writcn by an attendant on thc embassies , and published with his l-ps approbation. London, printed for John Starkey, at the Miter, in Flect-Street, near Temple-Barr, 1669. In-8, 47^ pages, dont 14 non numérotées, qui contiennent : la dédicace, 4 ; la préface, 5 ; un errata, l'autorisation du censeur et celle de Carlisle, ainsi conçue : « Having seen the Relation of my embassies into Moscovy, Sweden, and Denmark, writen by G. M., I do hereby give him leave to print and publish the same», i, et enfin la table, 4, où le dernier renvoi est incorrect. Lowndes (the Bibliographer's Manual, London, 1828) signale dans cette édition un portrait du comte de Carlisle par Faithorne (le père), mais il ne s'y rencontre pas souvent (' )•
U. La Relation de trois ambassades de monseigneur le comte de Carlisle, de la part du sérênissime et très puis-
I . Quelques exemplaires de cette édition , mais encore plus introuvables , ont aussi un portrait du tzar Alexis , qui étoit d'une remarquable beauté, beauté qu'il a transmise à ses héritiers, surtout au jeune fils de l'Empereur actuel, qui portç son nom.
xxvj Préambule.
sant prince Charles II , roy de la Grande-Bretagne, vers leurs sérénissimes Majestés Alexey Michailovitz, czar et grand duc de Moscovie, Charles, roy de Suéde, et Frédéric III, roy de Dannemarc et de Norvège, commencées en l'an 1663, et finies sur la fin de l'an 1664. A Amsterdam, chez Jean Blaeu, M.DCLXX{i). In-12, 452 pages, dont 18 non numérotées, qui renferment: la dédicace, 5 ; la préface, 8, et la table, 5 . Cette traduction, si on peut l'appeler ainsi, Miége ayant déclaré avoir originairement tracé son journal en françois, ne diffère de l'édition angloise que par sa dédicace et la conclusion de sa préface, où l'auteur « asseure que, s'il paroist en quelque façon partial, ce n'est que par le respect qu'il porte à la vérité » , tandis qu'il termine la préface angloise en prévenant le public qu'il en fera incessamment paroître une édition françoise, dont le manuscrit est déjà prêt. On y rencontre dans le texte quelques légères différences, surtout au commencement ; mais la table prouve que son contenu et sa distribution sont complètement identiques. Beckmann, qui n'a pas vu cette édition, la confond avec celle de 1672. Et le patriarche de la bibliographie contemporaine, le classique, le presque infaillible Brunet, a commis également une faute en parlant de cette édition. Il avance
I. Un bibliophile distingué de Moscou , le prince M. Obolenski , a révélé au baron Korfune édition françoise de 1669. Celui-ci a immédiatement reconnu son unique erreur avec cette bonne grâce des écrivains qui ne travaillent pas pour briller, mais , mieux que cela , pour être utiles à leurs compatriotes.
Préambule. xxvij
qu'elle a été faite d'après celle de Rouen; nous allons voir que c'est, bien au contraire , celle de Rouen qui a été faite sur celle-ci.
III. Même titre que le précédent, avec cette addition : Sur l'imprimé à Amsterdam. A Rouen, chez L. Maurry. M.DCLXX. Cette édition est si littéralement conforme à la précédente, que, si elle ne présentoit pas quelques différences dans l'enjolivement des majuscules et le réglet, nous la considérerions comme ce que les Allemands nomment une Titelausgabe , c'està-dire un reliquat d'une édition ancienne affublé d'un nouveau titre; mais elle n'est simplement qu'une contrefaçon, une publication faite certainement sans le concours de son légitime propriétaire, car sans cela le numéro suivant auroit été désigné comme une 3e , et non comme une 2e édition.
IV. Même titre ; seulement, au lieu de : Commencées en l'an 1663 et finies sur la fin de l'an 1664, on a imprimé: Commencées au mois de juillet 1663 et finies au mois de janvier 166^ , et on a ajouté: La seconde édition^ reveue et corrigée. A Amsterdam, chez Jean Blaeu. MDCLXXII. In-12, 404 pages, dont 22 non numérotées.Cette édition est la meilleure ( 1 ); elle a été amplement amendée, complétée, et distribuée d'une nouvelle manière, par l'auteur lui-même ; mais elle a peut-être moins