Vol. III, p
2. Ibid., p. 226-227. Noter que dans le manuscrit des Affaires étrangères, le ton de Sainte-Croix n'est pas aussi plein de déférence à l'égard de « l'honnête missionnaire ». Il ne se prive pas quelquefois de discuter les informations de La Bissachère et d'y substituer les siennes propres ; d'autre part, dans quelques notes ajoutées au texte — et non reproduites dans l'imprimé — il s'élève contre la crédulité du missionnaire.
Avant de quitter Renouard de Sainte-Croix, il ne paraît pas inutile de donner quelques renseignements sur ses rapports avec Jean-Marie Dayot et de fournir sur celui-ci, ainsi que sur ses cartes des côtes cochinchinoises, quelques informations nécessaires à la clarté de ce qu'on lit dans le manuscrit des Affaires étrangère?'.
Jean-Marie Dayot était d'origine bretonne ; il appartenait à une famille de Redon qui s'était fixée à r Ile de France ^ et dont plusieurs membres furent employés de la Compagnie des Indes. Il avait des liens de parenté avec Joseph-François Charpentier de Cossigny, né lui-même dans l'Ile-de-France et qui fut commandant à Pondichéry de 1785 à 1787.
En 1786, commandant de la polacre (ou polaque, petit bâtiment à deux mâts), V Adélaïde, armée à l'Ile de France pour aller prendre à Pointe-de-Galles et à Mascate du salpêtre et des épices, il fut pris par des pirates mahrattes. Après de nombreuses réclamations de l'armateur restées infructueuses, Dayot vint à Pondichéry faire une démarche auprès du général de Conway, alors commandant en Inde, et le prier d'intervenir auprès de la Régence mahratte et d'obtenir réparation. Peut-être Dayot rencontrat-il alors l'évêque d'Adran, Mgr Pigneau de Behaine, arrivé de France à Pondichéry au mois de mai 1788 ; peut-être l'avait-il déjà connu, soit précédemment à
1. Quelques-uns des renseignements biographiques qui suivent sont empruntés d'une notice sur Dayot, publiée par Alf. Brissaud dans les Annales maritimes et coloniales, XCVIII (juil.-sept. 1888), p. 519.
Ponclichéry même, soit lors d'une des relâches de l'évêque à l'Ile de France. Sans qu'il soit possible de déterminer de façon précise comment des rapports s'établirent entre les deux personnages ni à quel moment Dayot fut engagé au service du prince annamite, il semble bien que le marin commandait l'une des corvettes qui escortaient la frégate la Méduse en 1789, au moment du retour de Pigneau de Behaine en Cochinchine. Dayot fut l'un des auxiliaires les plus actifs de Nguyên Anh. On verra dans le récit de Sainte-Croix quelques détails sur le rôle qu'il joua pendant six années environ de séjour en Cochinchine, ravitaillant l'armée royale, formant une marine, dirigeant des arsenaux ; il prit part aussi aux opérations militaires, notamment à la destruction de la flotte des rebelles dans le port de Quinhon en 1792 *. Il avait fait venir auprès de lui son frère Félix, dont il est aussi question dans le récit de Sainte-Croix et dont l'évêque d'Adran parlait en ces termes : « ce jeune homme a des talents, paraît avoir de la conduite, aime le travail et a le caractère doux et honnête. »
Renouard de Sainte-Croix conte à la suite de quel fait Dayot quitta le service du prince ^, mais sans indiquer l'époque de son départ. Nous la connaissons grâce à une lettre du missionnaire Le Labousse adressée de Saigon au Procureur des Missions-
1. Voir dans notre Histoire moderne du Pays d'Armani, chapitre VIII, § 2, le récit de la bataille de Qui-nhon en 1792,