‹ La relation sur le Tonkin et la CochinchineChapitre 2 sur 35 · I. — L'auteur de la Relation sur le Tonquin · texte numérisé non relu

I. — L'auteur de la Relation sur le Tonquin

A. — Notes biographiques ^.

Pierre- Jacques Lemonnier de La Bissachère naquit vers 1764 dans le diocèse d'Angers. Le nom de sa paroisse natale est inconnu ; on signale seulement qu'il se trouve à Pouancé, commune de Maine-et- Loire, une propriété du nom de la Bissachère, habitée longtemps, et notamment au xviii^ siècle, par des Lemonnier.

Il fut vicaire à Bourgueil (Indre-et-Loire) qui relevait à cette époque du diocèse d'Angers. Il entra au Séminaire des Missions- Etrangères de Paris ; il y fit un court séjour à l'issue duquel son départ pour le Tonkin fut décidé. Il s'embarqua à Lorient au mois de mars 1790 ; arrivé à destination, il fut affecté au Tonkin occidental. Bientôt le vicaire apostolique, Mgr Longer, évêque de Gortyne ^, put apprécier son zèle ; il louait son talent de prédicateur et de convertisseur.

1. Ces notes sont empruntées à la notice que M. Ad. Launay, de la Société des Missions-Etrangères, a consacrée à La Bissachère dans son Mémorial de la Société des Missions-Etrangères (II, p. 343); à d'autres notices, moins complètes, publiées dans les Annales maritimes et coloniales (1830, I, p. 451) et dans divers dictionnaires biographiques cités plus loin (art. B) ; enfin à la collection des Nouvelles Lettres édifiantes.

2. Longer Jacques-Benjamin, né le 31 mai 1752, au Havre, diocèse de Rouen ; ordonné le 23 septembre 1773, part de Lorient le 9 janvier 1776 ; missionnaire en Cochinchine ; nommé évêque

En 1795, au fort de la lutte entre le prince Nguyên Anh et les Tây-son^, les chrétiens furent durement persécutés dans la région du Nghê-an qu'il habitait ; il en fut réduit à fuir de retraite en retraite pour échapper aux recherches dont il était l'objet.

En 1798, en 1799, nouvelles persécutions ; dans la province où résidait La Bissachère, toutes les églises, les maisons de prêtres et de religieuses furent pillées, puis renversées, et les matériaux furent emportés ; le village où était le collège fut saccagé de fond en comble ; les maisons de chrétiens indigènes furent détruites dans toute l'étendue de la province, les chrétiens eux-mêmes furent soumis à la torture ; les mandarins voulaient leur faire ainsi avouer où étaient les missionnaires. Mgr La Mothe, évêque de Castorie ^, poursuivi par les persécuteurs, put s'échapper en s'enfonçant dans les bois. Quant à La Bissachère, s'étant enfui au travers d'une haie, il resta d'abord, avec quelques-uns de ses serviteurs,

de Gortyne, coadjuteur au Tonkin occidental, puis vicaire apostolique ; sacré à Macao le 20 septembre 1792 ; mort le 8 février 1831 dans la province de Nam-dinh. D'ap. Launay. Mémorial de la Société des Missions- Etrangères.

1. Il n'a pas été possible, à notre regret, d'employer les signes usités pour reproduire en caractères romains les mois de la langue annamite ; mais on les trouvera à la fin de ce volume, dans la liste des noms et des expressions annamites figurant dans le texte.

2. La Mothe Charles, né vers 1751, dans le diocèse de Sens ; part de Brest le 10 février 1782 ; missionnaire au Tonkin occidental ; provicaire en 1789 ; évêque de Castorie et coadjuteur au Tonkin occidental, sacré le 10 avril 1796 ; mort le 22 mai 1816, dans le Nghê-an. D'ap. Launay, op. cit.

caché derrière une grosse roche, au bord de la mer, ayant de l'eau jusqu'à la ceinture ; de là, des pêcheurs chrétiens le transportèrent sur un grand rocher fort élevé, éloigné de terre d'environ huit lieues. « Je me plais ici singulièrement, écrivait-il ; j'y passerais volontiers ma vie, si telle était la volonté de Dieu. La croyance générale de ces peuples est que cette montagne appartient aux diables, et qu'ils les ont entendus plusieurs fois. J'y suis depuis bientôt quatre mois et je vous assure que j'y ai rencontré le bon Dieu, qui me fait de grandes grâces, mille fois plus qu'un pécheur comme moi ne devrait en attendre. )) Il abandonna cependant ce bienheureux asile après y être demeuré sept à huit mois avec quatre de ses élèves. Il se, tint « caché dans un petit village tout chrétien, mais isolé et tout entouré de villages idolâtres ; ce qui fait qu'il lui était impossible de sortir de là pour passer dans quelque autre chrétienté. Il fut dénoncé au gouverneur, qui envoya plusieurs fois des soldats pour le prendre ; mais Dieu le préserva de tomber entre leurs mains. Il avait fait creuser une fosse, dans laquelle il se renfermait quand il y avait quelque danger. Un chrétien rapportait lui avoir vu la tête toute couverte de fourmis, lorsqu'il sortait de cette retraite souterraine. Plusieurs néophytes du village où ce missionnaire était caché eurent à souffrir de cruelles tortures pour n'avoir pas voulu déclarer l'endroit où il était. Aux uns on leur brûla le doigt index jusqu'à la main * ;

1. Il est fait allusion à ce fait dans la relation de La Bissachère ; voir ci-dessous, p. 121 (p. 103 du ms.).

à d'autres on leur découvrit les os des jambes avec des sabres ; plusieurs eurent les mains liées avec une telle violence que le sang jaillissait. Dieu les soutint dans ces tourments : ils ne dirent rien qui pût faire découvrir le missionnaire, »

La persécution étant un peu ralentie, La Bissachère, qui était revenu dans la province du Nghê-an, rassembla autour de lui, en 1800, quelques sujets de cette province, pour leur enseigner la théologie ; mais en 1801, la crainte des espions qui rôdaient sans cesse autour du village où il était, l'obligea de renvoyer ses élèves.

Vers cette époque, les progrès des troupes royales préoccupèrent les mandarins tây-son et les chrétiens, oubliés d'eux, vécurent plus tranquilles. La capitale de Hué prise, les provinces du Sud-Annam pacifiées, Nguyên Anh commença la campagne qui devait faire passer le Tonkin sous sa loi. Lorsqu'il passa dans la province du Nghê-an, au commencement du mois de juillet 1802, Mgr de Castorie et La Bissachère allèrent le saluer ; il les admit à son audience et les traita avec distinction.

Malade en 1806, La Bissachère dut quitter le Tonkin ; il était en 1807 à Macao où il rencontra Renouard de Sainte-Croix, — il arriva au mois d'août, dit celui-ci ^. Jean-Baptiste Chaigneau, officier français au service de Gia-long, écrivait de Hué, le 6 juin 1807, à M. Létondal, procureur des Missions- Etrangères à Macao : « M. de La Bissachère vous

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