Il est certain que Vannier et Chaigneau, quoi qu'en dise
Les Mandarins ainsi disposés M^ Roberts fut reçu à une première audience du roy et une partie des présens avait déjà été acceptée, il y en avait pour des sommes considérables et dans tous les genres ; on y [64] remarquait des gravures d'une grand prix et bien faites pour éloigner ce prince de l'amitié des français, par les grandes obligations qu'il a au malheureux Louis XVI, le meilleur mais le plus foible des rois. Ces gravures étoient : Son entrée au Temple, Ses adieux à sa famille, Sa défense à la Conçention nationale, et Son supplice (a). On y avait joint celles qui devaient donner à ce prince une grande idée de la puissance anglaise comme les gravures sur la prise de Seringapatnam, et la Mort de Tipoo- Saih qui a fait tant de bruit dans l'Inde, ainsi que toutes [124/65] les victoires navales gagnées sur les Français.
Le Roy de Cochinchine avait reçu par les conseils de ses premiers mandarins une partie des présens, ce qui promettait à M'^ Roberts un plein succès lorsque M^ Vannier et son Compagnon M^ [Chaigneau] se rendirent à la cour étant de service ^, le
(a) La Compagnie anglaise a gardé toutes les grai>ures qui ornent les salles de sa factorie à Macao (R.).
Sainte-Croix, jouissaient à la cour d'autant de crédit qu'en avaient pu avoir autrefois Olivier et Dayot ; ils avaient reçu un grade du second degré (seconde classe) des mandarins militaires, ce qui les plaçait haut dans la hiérarchie. Voir H. M. P. A., ch. IX, § 2.
1. En réalité Vannier fut envoyé à Tourane au devant de Roberts par le roi lui-même.
roy comme ayant peu de connaissance de la puissance anglaise voulut auparavant s'informer de quelques Européens pour connaître sa force ses ressources et l'étendue de son commerce etc., il lit venir M** [Chaigneau] qui lui parla deux heures à genoux (à la manière des Cochinchinois) et à l'oreille pour [66] n'être point entendu de tous les mandarins qu'il savait être gagnés. Le roy lui ayant demandé des conseils au sujet de la demande de M^ Roberts d'un établissement dans ses états pour y faire le commerce, il fit à ce prince un tableau si frappant de la mauvaise foi anglaise qu'il étonna le roy et lui fit sur le champ changer de résolution, en lui disant que c'était sous le même prétexte qu'ils avaient commencé dans l'Inde et au Bengale qu'ensuite sous divers autres prétextes ils avoient fait venir d'Europe des soldats qui peu à peu avaient dépossédés tous les princes de l'Inde, et qu'il y avait toute apparence qu'ils [125/67] désiroient traiter ainsi la Cochinchine (ce que je rapporte ici ne fut que la base de la conversation). Le roy après l'avoir écouté avec attention résolut sur le champ de renvoyer les présens qu'il avait reçus (a) ainsi qu'une réponse, par laquelle il n'accorde dans ses états, aux anglais que les mêmes droits et les mêmes sugessions (sic) qu'aux batimens de toutes les nations qui fré-
(a) Us ont été rendus en Chine à Canton en 1803 (R.). Cette date est erronée, puisque la mission de Roberts eut lieu en
quantent son royaume (b). Après cette réponse Mr Roberts partit i.
[68] Je laisse à ceux qui liront ce mémoire à penser si nous devons rouvrir avec le roy de Cochinchine des liaisons de commerce ; mon avis après avoir visité pendant trois ans les contrées voisines de ce pays est pour l'affirmative, d'abord par les profits
(b) Les portugais de Macao y vont pour chercher de VArrek comme je Vai dit, mais on y a pour eux le plus profond [68] mépris ; il est vrai quil faut dire aussi que ceux qui fréquentent ce pays sont pour la pluspart des fils de Macao espèce de métis Chinois qui ne donnent pas grande idée de leur nation et que les [69] Cochinchinois rangent à peu près dans la même classe que les Chinois quils n^ aiment point (R.)»
1. Renouard de Sainte-Croix semble avoir été assez exactement informé sur la mission secrète confiée à Roberts par la Compagnie anglaise ; c'est à Macao ou à Canton sans doute, soit auprès des marchands, soit auprès des missionnaires qu'il a pris des renseignements. Comparer son récit à celui de Barrow (op. citât., p. 281 et 346) et à ce que dit Crawfubd (op. citât., p. 249, 255, 307, 515). Ce dernier fait savoir que la mission Roberts avait pour but : l'expulsion des Français, des acquisitions territoriales, le droit de résidence pour un agent anglais, « objects which were altogether unattainable » (515) ; le même auteur dit encore que Vannier, à propos des estampes ofïertes à Gialong, lui fit des remarques « upon the indiscrétions of some of the présents ofTered by us », et il rapporte que Gia-long aurait dit à propos de l'estampe représentant la mort de Tippo-Sahib : « The Governor General wishes to intimidate me, by exhibiting to me the fate of this Indian prince ». — Voir d'autres détails dans deux articles de M. H. Cordier (T'oung-pao, 1903, p. 218-9, 288, 307 et 311), dans une étude de Ch.-B. Maybon (Les Anglais à Macao, Bull. Ec. fr. E.-O., 1906, p. 312) et dans le livre de M. P. de JoiNviLLE (L'armateur Balguerie-Stuttenherg et son œuvre, p. 398),
de négoce que nous pourrons y faire ; et en second lieu, pour en fermer l'entrée aux Anglais qui peuvent faire de nouvelles tentatives plus heureuses que les dernières et réussir.
[126/69] Le Gouvernement de l'Isle de France avait pensé sagement en y envoyant le corsaire du même nom avec des présens. Le Cap^ m'avait même pendant son séjour à Manille demandé des renseignemens sur la Cochinchine, mais ayant été obligé de toucher à Sanbouanga isle de Mindanao les supercargues eurent disputes et empêchèrent le
Capitaine [ ] qui n'était sorti de l'Isle-de-
France qu'à la condition de remplir cette mission, de l'effectuer ce qui l'a mis dans le cas d'être vivement réprimandé du Gouverneur.