‹ La relation sur le Tonkin et la CochinchineChapitre 33 sur 35 · Comparer S. C, p. 259 j MN. ,1, p · texte numérisé non relu

Comparer S. C, p. 259 j MN. ,1, p

pour pouvoir par la suite discourir en public sans trembler *.

L'air qu'exhalent les corps morts dans ce pays a des effets [189] très extraordinaires qui sont incroyables. Quelquefois il fait sécher sur le champ tous les arbres de bethel d'un jardin auprès duquel on a porté un cadavre, il fait subitement perdre la vue à des personnes qui sont affectées d'une certaine manière ; aussi le gouvernement a-t-il obligé de faire un article principal de haute police touchant les précautions à prendre à ce sujet ^.

C'est le poisson avec le riz qui est la base de la nourriture de la grande population du Tonquin, il ny a peut-être pas de peuple au monde qui connoissent mieux l'instinct et la nature des poissons [iSi /190] comme la manière d'en tirer parti pour la nourriture ; ils en font la capture de tant de manières différentes avec tant d'adresse soit dans la saison où le poisson est en fraie (sic), soit dans les autres tems, qu'on pourrait écrire sur ce sujet un livre fort intéressant, si on voulait s'en donner la peine. Les pécheurs obligent certaine espèce de

1. Comparer S. C, p. 287 ; MN., II, p. 132, avec des développements ajoutés.

2. Comparer MN., I, p. 35. « Il est possible, ajoute-t-il, et même vraisemblable que, dans ces relations, il y ait de l'exagération ; mais, du moins, il paraît certain que l'influ nce des exhalaisons qui peut être observée en tous les pays, est dans celui-ci plus active et plus grave. Cette influence se manifeste sensiblement suc les métaux, et on est obligé d'aiguiser les instruments de fer et d'acier, presque à chaque fois qu'on en fait usage. »

poissons à entrer dans leurs filets en faisant des sauts périlleux quelque fois le jour d'autre fois la nuit ou dans les endroits où ils se trouvent à sec et où on les prend sans les poursuivre ; il y en a d'autres qui en faisant dans leurs barques un vacarme horrible effrayent les poissons qui [191] sautent par dessus, d'autres vont à la nuit tombante le long des petites rivières avec une longue barque à laquelle est attachée une planche couverte de chaux qu'ils placent entre deux eaux, les poissons qui à marée haute vont manger l'herbe et ce qu'ils rencontrent sur le rivage voyant cette planche qui leur fait peur sautent par dessus, pour lors un haut filet tendu de l'autre côté de cette planche les reçoit et les renvoie dans la barque qui est bientôt pleine *.

L'habit de cérémonie des Tonquinois est fort grave et très majestueux, il ressemble beaucoup à l'habit de chœur des Bénédictins. [182/192] Ce costume joint à un grand bonnet fort haut leur sied très bien ; quand ils sont assemblés pour un acte du Culte public ou pour recevoir quelques grands personnages on les prendrait pour l'ancien Sénat de

1. Pour ce paragraphe et le précédent, comparer S. C, p. 283, 284. Voir aussi MN. (I, p. 149), principalement pour les manières de pêcher ; il en indique certaines que L. B. a négligé de signaler, par exemple, la pêche sur des échasses, les pêcheurs prennent alors le poisson à la main ; par malheur, « cette pêche est dangereuse, parce que si les inégalités du fond de l'eau font tomber le pêcheur, les échasses l'empêchant de se relever, il se noie ». Il fait aussi connaître (p. 151) que « la morue et la sardine sont les deux poissons dont la pêche est la plus abondante et la consommation la plus grande ».

Rome ; retournés chez eux ils quittent leur long habit noir avec leur bonnet et se trouvent presque nuds pour vaquer plus commodément à leur travail ; ils se ceignent les reins d'un cordon auquel ils attachent un morceau de toile pour couvrir précisément ce que la pudeur ne permet pas de laisser à découvert.

Les Tonquinois sont au sujet de la nourriture exempts [193] des préjugés qu'ailleurs on contracte dès l'enfance, ils mangent de tout ce qui est reconnu être sain et agréable au goût sans rien donner à une propreté d'imagination comme en Europe, ils trouvent bonne et salutaire la chair de Chien, de Chat, de rat des montagnes, de Cheval, de singe, d'Eléphant et de tigre ^ ; c'est surtout celle de chien qu'ils trouvent la plus délicieuse et qui se vend la plus chère, la première fois qu'un Européen en inange il faut qu'il se fasse violence et on se sent le cœur soulevé par l'effet de l'imagination, mais quand une fois on y est accoutumé cela ne fait plus la moindre peine ; un autre mets des plus excellents et des plus chers, qui est aussi du goût des [1S3 / 194] Européens quant ils ont pu vaincre leur répugnance,

1. Comparer S. C. (p. 284) et MN. (I, p. 224 suiv.) ; celui-ci ajoute à la liste : le rhinocéros, « des sauterelles qui se cachent dans la terre et qu'on en retire en la bêchant », des serpents, « même le cuir du bœuf et du buffle en le faisant bouillir » et explique que tout cela est agréable parce que « la douceur de la température ou quelque autre influence empêchent que la chair de certains animaux ou la peau de quelques autres aient dans ce pays la dureté ou le mauvais goût qu'elles ont dans d'autres pays ».

c'est la lymphe de vers à soye, qui se trouve dans le cocon qu'on a dévidé et qui a l'air d'une longue fève. Les Tonquinois mangent aussi l'enveloppe des petits qui sortent du ventre des animaux après l'avoir bien nettoyée et lavée celle du buffle est plus estimé que celle du veau ; on use même de la délivrance de la femme en forme de remède à l'égard de ceux qui sont attaqués de maladie de poitrine (a). Enfin on mange au Tonquin de plusieurs espèces de vers qui sortent [195] de terre en grande quantité, une fois dans l'année à certains jours de la huitième lune lorsque le reflux de la mer est plus considérable.

(a) Ce remède est aussi fort usité dans toute la Chine, en poudre et séchée au Soleil (R.).

MANIFESTE DE QUANG-TRUNG

Roy de la HAUTE-COGHINCHINE et du TONQUIN à

tous les MANDARINS, SOLDATS et PEUPLE DES PROVINCES

DE QUANG-GAI et de QUIN-HONE (a)

(Tiré des Nouvelles des Missions Étrangères de J802 ', traduction faite par M. DE LA BISSACHÈRE)

Vous tous grands et petits depuis plus de vingt ans ne cessez de subsister par nos bienfaits, Nous frères Tay-sons, il est vrai que pendant tout ce terme, si nous avons remporté des victoires dans le Nord et dans le Sud, nous reconnoissons que nous

(a) Tal mis ce manifeste pour faire connaître le style tonquinois, Quang-trung est mort 10 ans avant la conquête du roy actuel. Cette note doit être de La Bissachère plutôt que de Sainte- Croix, remarquer en effet que le missionnaire se donne comme l'auteur de la traduction. — Le troisième des Tây-sôn, désigné ici sous son nom de période Quang-trung, mourut le 13 novembre 1792 et la période Gia-long fut ouverte le l®'" juin 1802.

1. Ce manifeste a paru, pour la première fois croyons-nous, dans les Nouvelles des Missions Orientales, reçues à Londres

les devons à rattachement de ces deux provinces, c'est là où nous avons trouvé des hommes courageux et des Mandarins capables pour former notre Cour. Partout où nous avons porté nos armes nos Ennemis ont [197] été défaits et dispersés, partout où nous avons étendu nos conquêtes les Siamois et les cruels

Chinois ont été obligés de subir le joug Quant

au reste impur de l'ancienne cour, depuis plus de trente ans, nous n'avons jamais vu qu'ils ayent fait du bien. Dans cent combats que Nous leur avons livrés leurs soldats ont été dispersés et leurs généraux mis à mort ; la province de Gia-ding a été remplie de leurs ossements. Vous avez été témoins de ce que nous disons et si vous ne l'avez pas vu de vos propres yeux, au moins l'avez-vous entendu de vos oreilles. Quel cas faire de ce misérable Chua (a) (le roy aujourd'hui régnant qui s'est enfui dans les malheureux Royaumes [198] d'Europe i). Quant au

(a) On a i>u qu il n avait osé prendre que ce titre (R.). C'est une erreur, voir ci-dessus, p. 126. — M. N. au lieu de chua écrit Chung, le nom personnel du prince.

par les Directeurs du Séminaire des Missions Etrangères en 1793, 1794, 1795, 1796, p. 142 ; le nom du traducteur n'y est pas indiqué. MN. reproduit le texte, II, p. 306, mais l'orthographe des noms de lieux, inexacle dans L. B., est correcte chez lui — aux signes diacritiques près — ; il écrit Quang-Ngai, Qui-Nhon, Gia-Dinh, Binh-Khang, Nha-Trang et Binh-Thuan.

1. C'est aussi une erreur, résultant d'une confusion entre Gialong et son fds. Nous avons vu (ci-dessus, p. 4, n. 1) que Renouard la commettait ; il serait étrange que La Bissachère l'eût faite aussi. La parenthèse serait-elle de Renouard ? MN. indique seulement : « roi actuellement régnant ».

peuple timide de Gia-ding qui ose aujourd'hui se mettre en mouvement et lever une armée, pourquoi les craignez-vous tant ? Pourquoi votre cœur est-il saisi d'effroi ? si leur armée de terre et de mer s'est présentée dans tous vos ports et s'en est emparé dans un tems où vous ne vous y attendiez pas, le grand Empereur ^ nous en a déjà fait connoître les raisons par lettres, et nous avons vu que les mandarins, les soldats et vous tous dans ces deux provinces, n'avez pas eu le courage de combattre, et que c'est par cette raison plutôt que par leurs talens qu'ils se sont emparés de tous les endroits qui sont aujourd'hui en leur possession. Votre armée de terre s'est enfuie de son côté et celle de mer s'est enfuie du sien. [199] Maintenant par ordre de notre frère l'Empereur nous préparons nous-mêmes une armée formidable par terre et par mer, et nous allons réduire les ennemis de notre nom avec la même facilité, que nous froisserions un morceau de bois pourri ou de bois sec. Quant à vous tous ne faites aucun cas de ces ennemis, ne les craignez point mais seulement ouvrez les yeux et les oreilles pour voir et entendre ce que nous allons faire ; vous verrez que les provinces de Bing-cang et de Gna-trang, qui ne sont que des débris du cadavre de Gia-ding que la province de Phu-yen qui a toujours été le centre de la guerre, et qu'enfin depuis la province de Bingthuan jusqu'au Camboge toutes d'un seul coup vont rentrer sous notre puissance afin que tout le monde

1, C'est de l'aîné des Tây-son, Nguyên Van-Nhac qu'il s'agit.

[185/2^^] sache que nous sommes véritablement frères et que nous n'avons jamais pu oublier que nous sommes du même sang.

Nous vous exhortons tous grands et petits de soutenir la famille de l'Empereur et de lui rester fidèlement attachés en attendant que notre armée purifie la province de Gia-ding et y rétablisse notre autorité, les noms de vos deux provinces seront immortels dans nos annales ; ne soyez pas assez crédules pour ajouter foi à ce que l'on dit des Européens, quelle habileté peut avoir cette espèce d'hommes, ils ont tous des yeux de serpens verds et vous ne devez les regarder que comme des cadavres flottans qui nous sont jettes ici par les mers du Nord ; qu'y a-t-il d'extraordinaire, pour venir nous parler de vaisseaux de [201] cuivre et de ballons (a).

Tous les villages qui se trouvent sur les chemins dans vos deux provinces auront soin de faire partout des ponts afin de faciliter le passage de nos troupes ; aussitôt que cet ordre vous parviendra, vous aurez soin de vous y conformer.

Recevez avec respect ce Manifeste, car tel est notre bon plaisir, le 10^ jour de la 7^ lune de la 5® année du règne de Quang-trung ^.

(a) M. Boisserand a fait et lancé un ballon qui a beaucoup étonné les Cochinchinois.

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