‹ La religieuse de ToulouseChapitre 2 sur 5 · II · texte numérisé non relu

II

donc nos guerres civiles nauraient-elies pas au moins le privilège de la peste? Seulement le Décaméron que voici se passera, s'il lui plaît, de mademoiselle Fiametta, de mademoiselle Bambine et des autres amoureuses. Ni tant de fleurs, ni le frais gazon , ni les roses nouvelles, ni les eaux jaillissantes , pendant que ces belles filles empourprées des contes galants qu'elles se font à elles-mêmes oublient le fléau qui frappe sans pitié à la porte fermée de leurs jardins ; ces fêtes de la féerie amoureuse ne sont permises qu'aux temps de peste , on les trouverait déplacées au milieu de nos orages; notre récit sera donc plus sérieux, justement parce que nous écrivons au plus fort d'une misère plus sérieuse. Cette fois, tous les enchantements que nous pouvons nous permettre, comme le seul contraste qui soit à notre portée, c'est de revenir en pensée à ce grand siècle ouvert et fermé par un si grand roi, à ces époques salutaires

devenues un rêve de l'âge d'or, où quelques hommes, choisis de Dieu, savaient ( om mander aux autres hommes qui ne savaient qu'obéir. Ainsi nous n'aurons pas d'autre baguette et d'autre féerie que le sceptre même du roi Louis XIV, pas d'autres fictions que l'autorité du roi , pas d'autre rêve que l'obéissance des sujets. 0 les beaux contes du Cabinet des Fées de Versailles, et bien supérieurs aux contes, aux fontaines, aux murmures, aux sonnets brûlants, aux frais soleils du Décaméroni

Pendant qu'elle était l'unique sujet de la préoccupation universelle, madame de Mondonville, descendue au fond de son âme iroublée, se demandait, avec l'anxiéié dune femme placée entre deux abîmes, quel sort lui était réservé? Si brusquement arrivée à ce moment difficile du sentier, quand le sentier se partage, pour gravir le roc escarpé, ou pour plonger dans les profondes ténèbres, le bon et le mauvais génie

pariaient à l'esprit de cette femme d'une voix également écoutée. En ce moment elle était prête à tout, même à sacrifier cette pureté, cet éclat, cette bonne renommée, cette force qui étaient en elle , à quelques jours de bonheur. M. de Ciron retrouvé éblouissait ce bon sens qui semblait inaltérable ; il est vrai que M. de Ciron s'était enfui dans sa cellule où il se tenait à labri des tempêtes et des orages; l'austérité de son visage effaçait les traces de la flamme brûlante; l'austérité de son habitdissimulail le cilice à pointes de fer et toutes les cruautés de la plus extrême pénitence; niais, sous cette cendre mal éteinte, la jeune femn e avait reconnu bien vite la flamme et le (eu d'autrefois; dans cet humble religieux, elle avait reconnu le beau jeune homme qui lui parlait d'une voix si douce, d'un regard si tendre , du fond d'une âme si dévouée.

Et lui aussi, il l'avait reconnue, et son premier coup d'oeil avait été sa dernière

défaite. Soudain sa joue pâlie s'était animée d'une rougeur fugitive, son regard éteint avait brillé d'un éclat surnaturel, et, quand il récitait les prières de l'agonie, sa voix avait tremblé ! C'était le même homme, rien n'était mort de l'amant d'autrefois; un mot, un signe, un soupir, et voilà une àme qui se prosterne!

A vrai dire, la fière beauté en fut saisie; elle fui tentée d'obéir, une fois pour toutes, à ce sentiment de liberté sans frein qui la * poussait à suivre tous ses caprices; «die se disait qu'il fallait profiler de la beauté qui s'en va et des jours qui échappent; elle voulait fuir a vecson amant, afin de se perdre ensemble pour toute l'éternité, sauf à s'en aller tous les deux, à travers le monde, accablés de mépris, d'exécrations, de malédictions, de misère, d'anathèines. Tel fut soi» rêve brûlant ; mais elle fut sauvée par l'orgueil , qui est la seconde innocence des femme*, qui est leur vie et leur force

et la plus grande source de leurs vertus. Cette lutte intime, et dont personne n'a su le secret, n'avait qu'un résultat possible dans une nation si jalouse de la grandeur de ses mœurs, et la dignité de la femme devait sortir victorieuse de ce combat des passions les plus superbes et les plus charmantes. Otto jeune femme, livrée à ellemême, était défendue et protégé à son insu. Elle était sous la tutelle inflexible de l'ordre, du devoir et du respect qui l'entourait. L'usage , l'exemple , l'autorité , la règle universelle (ne parlons pas de la cour ! ) , tout la défendait contre les séductions de son esprit et les paradoxes de son cœur. Une femme, en ce temps-là , n'acceptait pas volontiers la malédiction unanime et cette longue suite de mépris qui s'attachaient au scandale sans rémission. Même quand le remords faisait silence, et même la conscience étant complice de la passion d'autres obstacles se rencon

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