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traient infranchissables: l'abandon et l'isolement qui suivent la débauche d'une femme honnête et chrétienne ; l'horreur des honnêtes gens ; l'épouvante de l'Eglise ; la censure des magistrats; le mépris du monde ; l'effroi de tout un peuple qui vous regarde épouvanté, comme s'il voyait passer un lépreux; une ville entière, la même cité qui vous a portée enfant à ses fonts baptismaux, aux joyeuses volées de ses cloches réjouies, prête à purifier l'eau de ses fontaines et le pavé de ses carrefours, si la femme perdue a touché l'eau ou le pavé; en un mot les hontes et les terreurs d'un scandale public affiché à la porte de toutes les maisons bourgeoises et à tous les temples chrétiens, voilà l'obstacle!
Elle comprit la vanité et le néant de ses fèves. De sa main furieuse elle arracha lambeaux par lambeaux ces mensonges et ces délires. Elle eut peur du monde d'icibas; elle fut sauvée; elle était perdue s il
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n'eût fallu risquer que la damnation éternelle ! Donc elle se résigna à respecter tout ce que commande le respect humain; quant à exercer des vertus plus difficiles : l'abnégation, l'humilité, la pénitence, le renoncement, la force lui manquait, aussi bien que la volonté; et du reste, comme elle se croyait quitte , par tous ces sacrifices, envers Dieu autant qu'envers les hommes, elle n'essaya pas d'aller plus loin. Il est vrai que, même en faisant si peu pour la perfection , celte pauvre femme faisait beaucoup pour le monde; elle était dans l'âge et dans ia beauté des plus tendres passions. Elle aimait , et le seul homme qu'elle pût aimer se trouvait engagé , par amour pour elle, dans un lien sacré. Elle éprouvait tous les remords de l'amour , sans en avoir les souvenirs. Au moins quand mademoiselle de La Vallière se retirait tremblante aux Carmélites de Chaillot, le jeune roi était accouru, en personne, pour
reprendre sa maîtresse au pied des autels, et sa maîtresse l'avait suivi sans trop se défendre. Mais ici rien que des larmes , des regrets, des douleurs muettes et cachées! Ici une femme jeune et belle qui se voue à la retraite et à l'austérité, sans rien savoir des bonheurs de la vie. Ce n'était pas ainsi que l'entendaient d'ordinaire les belles pénitentes à la mode; la retraite, pour elles, ne venait qu'après l'amour et la jeunesse envolée. Tant que durait la jeunesse et que les vœux n'étaient pas prononcés, il y avait appel du cloître à ce monde, paré decouleurs décevantes; mais se trouver libre , belle, riche, heureuse, fêlée, dans l'éclat et le printemps, et s'enfermer, et se repentir, et s'exiler comme vsi l'on avait beaucoup aimé, imiter mademoiselle de La Vallière avant son péché, madame de Longueville avant ses batailles , la chose était assez raie, d'autant plus raie que les contradictions, les faiblesses et les égarements de ces cœurs
enivres semblaient ajouter un intérêt de plus à la vocation de ces nobles dames, à demi repenties, dont le nom profane et vénéré respire tout ensemble je ne sais quelle odeur de vieux myrte et de roses naissantes, d'ambre et d'œillets ; douces chansons qui tournent à l'élégie, un menuet de Lully qui se change en plainchant! Que si vous voulez quelques exemples de ces conversions et de cet appel, de la cour à la retraite, les exemples, et les plus célèbres, ne vous manqueront pas. Partout, dans celte Fiance de Louis XIV, (encore faut-il donner au jeune roi le temps de vieillir et que madame de Maintenonait le temps d'arriver), nous rencontrons les plus nobles, les plus aimées et les plus touchantes héroïnes qui se soient réfugiées à l'ombre du cloître, tantôt pour y chercher un abri pendant la tempête, et le plus souvent un port après l'orage. Que de larmes alors, d'austérités, d'abnégations, de repen-
tirs! Charles-Quint assistant à ses funérailles nie paraît moins touchant que la jeune femme ensevelie, vivante, sous le drap funèbre, pendant que l'église chante sur cette morte au monde 'son plus lugubre Deproftyidis! Oui, mais aussi, une fois dans la viereligieuse , dans ce fond suprême de silence, de solitude, de charité, que de fois l'esprit s'est révolté, et que d'ambitions ont fleuri et prospéré à cette ombre sainte et féconde! Retranchée du monde, la dame abbesse y tenait encore par sa naissance, par son crédit, par sa famille, par tant de liens et par tant de souvenirs ! Dans cette renonciation à Satan et à ses pompes, elle n'avait pas abjuré le droit de sauver du naufrage son esprit, sa beauté , ses alliances, l'antiquité de sa race , toutes les grandeurs de sa maison; elle devait être savante, bonne théologienne , et tourner son esprit et ses soins aux grandes et laborieuses affaires; elle exerçait l'autorité souveraine dans son ab-
baye, sa crosse était un sceptre, son moindre geste était un ordre; elle gouvernail d'une façon absolue les âmes confiées à sa garde , et le plus souvent avec une douceur, des grâces et des manières qui la faisaient adorer. Aussi, voyez combien de grandes dames dans les cloîtres: la dernière duchesse de Guise , abbesse de Montmartre ; madame deChevreuse aux Bénédictines de Montargis; madame la duchesse de Noailles, la mère d'un évêque et d'un maréchal de Fi ance , dans son monastère de Châlonssur-Marne; la maréchale d'Humières , aux Carmélites du faubourg Saint-Jacques; madame de Tambonneau, la propre tante des Noailles, se retirant aux Enfants-Trouvés, et, même dans cette sombre maison, suivie par la meilleure compagnie de la cour et de la ville. Et plus tard, sur les premières marches du trône, madame de Maintenon, reine à Versailles avec Louis \I\ , n'a-lclle pas voulu être reine absolue à Saint-
\*2\ Cyr? Cette noble maison de Saint-Cyr devint alors comme un concile permanent, où s'agitaient dans une ombre fière, dans un silence éloquent, les questions les plus difficiles de la croyance , de la conscience , du dogme, de la doctrine. Tout ce siècle était tourné à la domination d'abord, à la dévotion ensuite, à la poésie, à l'amour , à la gloire et à l'ambition avant tout.
Si je cherche des exemples d'une retraite moins princière et plus convenable a madame de Mondonville, j'en trouve à pleines mains. La marquise de Sablé, une des saintes de Tallemant des Réaux, quand elle eut perdu son dernier amant, trouva qu'il était temps de faire la dévote! «Ajoutez que, depuis qu'elle est dévote, c'est la plus grande friande qui soit au monde; elle invente toujours quelque nouvelle friandise ! » Mais à quoi bon Tallemant ? Soyons sérieux.
\ ouïr/vous une retraite vraiment sainte , tournez-vous du i ôté «le madame d'Arrouv.
la propre fille de M. de Pontchartrain ; madame (1 'Arrouy , charmante d'esprit et de corps, esprit très aimable et très orné, extrêmement dans les bonnes œuvres , extrêmement janséniste. Son mari était en passe d'aller à tout, et un beau jour voilà qu'il prouve à sa femme la vanité de tant d'espérances et la nécessité du salut ! 11 fui compris du premier mot, et tous les deux s'en vont du même pas pour s'ensevelir à Pontchartrain, dans la méditation et dans les œuvres les plus difliciles de la plus fervente piété.
Une des premières dans l'ordre de là bourgeoisie, madame de Miramion avait montré comment une femme distinguée par tous les mérites qui rendent les femmes heureuses et honorées pouvait réunir, sur sa tête jeune encore et respectée, toutes les sympathies du siècle et toutes les grâces de la vie religieuse. Elle était veuve, très riche et très recherchée , et M. de Bu s s y-
Kabutin, qui la voulait épouser absolument, l'avait enlevée avec l'aide et le secours de M. le prince de Condé. Cet enlèvement se fit en plein jour , dans une allée écartée du bois de Boulogne. On avait jeté la dame dans un carrosse, et fouette cocher! On s'attendait à des cris, à des larmes; madame de Miramion resta blottie, sans mot dire, au fond du carrosse. Le soir venu, on entra dans un château appartenant à M. le prince; alors Bussy se présenta avec tous les respects et toutes les protestations d'un amour éternel; alors aussi la dame, prenant en témoignage le crucifix qui était dans le salon , fit un vœu solennel de chasteté, et, regardant son ravisseur d'un œil plein de Mépris, elle lui demanda s'il oserait porter la main sur une fiancée de Jésus-Christ ? Bussy, tout insolent qu'il était, n'osa pas aiFronter cette vertu généreuse, et, comme il ne se sentait guère protégé par le roi, il ne songea plus qu'à mettre sa proie en li-
berté et à se faire pardonner son audace. Fidèle à son vœu, madame de Miramion se consacra entièrement à la piélé et à toutes sortes de bonnes œuvres. C'était une personne d'un grand sens, généreuse , qui , de sa tête et de sa bourse , eut part à des établissements d'une cbarité active; ce fut elle qui rétablit dans toute l'austérité de la règle ancienne la communauté de Sainte- Geneviève, où elle se retira, consacrant l'activité de son esprit , les forces de son cœur à l'éducation des orphelines et des jeunes filles sans fortune. Le roi ai ait et distinguait madame de Miramion ; elle fut remplacée dans ses bonnes œuvres par madame la présidente de Vermond, digne fille de celte femme célèbre par ses bienfaits.
Ainsi vécut et mourut (nous revenons aux plus illustres ! ) madame de Guise , princesse très pieuse et très occupée de bonnes œuvres. Elle était de la cour, dé tous lesMarly, soupant tous les soirs au
grand couvert, et cependant elle remplissait toutes les fonctions d'une religieuse hospitalière. Entourée des respects dus à une fille de France, et obstinée à l'obéissance de ses alentours, elle ne permit jamais à Tévêque de Séez, son diocésain, de s'asseoir devant elle; c'était pourtant la même femme qui passait les nuits à l'hôpital, agenouillée au chevet des malades , où elle acceptait avec joie les fonctions les plus dégoûtantes. On ne sut qu'à sa mort que son sein était rongé d'un cancer. Elle voulut être enterrée, non pas à Saint-Denis, dans le tombeau des rois, comme c'était le droit de sa naissance, mais aux Carmélites du faubourg Saint- Jacques, comme une simple religieuse : elle avait déposé l'orgueil royal à l'entrée de son cercueil.
Ces grands exemples, qui n'étaient perdus pour personne, auraient du profiler à la veuve du comte de Mondon ville; elle les tourna en habileté, <■! au profil «le son
ambition. Elle nt'lait pas, tant s'en iaut, assez avancée dans la perfection , pour ne pas prendre, au préalable, toutes les précautions mondaines ; et quand sa volonté fut bien arrêtée de vivre libre et honorée, de dépenser sa fortune et sa vie, à l'abri des folles passions et dans l'exercice des passions sérieuses , elle se conduisit avec une habileté, une prudence, une sagesse, un courage , une volonté dignes du plus vaste théâtre; en un mol, et c'est là ce qui devait la perdre, elle a fondé son institution religieuse comme si elle se fût créé un royaume, pour elle et pour ses hoirs.
Vous voyez qu'avant toute chose cette femme, qui méritait d'être célèbre et qui est à peine connue, marchait à la domination, à l'empire, à cette dignité qui fait vivre, parce qu'à chaque instant elle donne au corps de nouvelles forces et à l'esprit des ressources nouvelles. Elle remplaçait la vocation religieuse par l'énergie, la
ferveur par la volonté, et puisqu'elle ne pouvait pas être une femme heureuse au foyer domestique, elle se contentait d'être une femme obéie dans son cloître ; mais elle voulait un cloître basé à sa fantaisie, une règle écrite à son caprice, et, pour que rien ne manquât au moins à cette dernière ambition de son âme, elle résolut nonseulement de disposer et de se construire à elle-même son propre monastère, mais encore d'écrire la règle de sa maison, et de s'instituer elle-même, de son plein droit, la souveraine de cette maison dont elle serait l'âme, la volonté, la fortune, le confesseur et le docteur tout ensemble, chaque tille de céans ne reconnaissant pas d'autre loi que sa loi, d'autre règle que sa règle. « Que le roi de France commande à Versailles, moi je commande ici à mes filles; et lui et moi nous serons les deux volontés les plus obéies de tout le royaume. Je veux imposer ma loi aux consciences , je veux
ajouter un chapitre à 1 Évangile. » Ainsi elle se parlait tout bas à elle-même, oubliant déjà sa jeunesse et ses amours, afin d'appartenir plus étroitement à sa propre domination.
Dans cette tentative périlleuse et nouvelle, cetie femme étrange et née pour l'excès était soutenue, peut-être, par une grande espérance d'obtenir le royaume des cieux , mais, à coup sûr, par la volonté bien arrêtée d'arriver enfin à l'exercice complet des rares et excellentes qualités de commandement, de résistance, de rébellion même, qui étaient au fond de cet esprit que le ciel avait créé, non pas pour se débattre obscurément dans les partis, dans les cabales, dans les intrigues, dans les hérésies dune ville de province, mais bien pour dominer, à Versailles même, les tempêtes et les orages de la cour.
Une fois résolue à ce chef-d'œuvre de son ambition et de son orgueil, madame
de Moiulon ville comprit bien vite qu'a elle seule elle ne parviendrait jamais à son but de domination sans contrôle; mais ici le danger était double : se donner à soimême des pouvoirs si complets, comment l'oser? Se confier à quelqu'un de ces docteurs sévères, de ces confesseurs jaloux . de ces directeurs inflexibles qui, par l'autorité de leur exemple autant que par la véhémence deleurparole et l'énergie deleur conviction, dominent toute chose dans l'Église, c'était accepter à l'avance un joug de fer, une loi brutale; c'était renoncer à cette existence à part, mêlée de retraite et de domination, à cette vie active au dehors, souveraine au dedans; autant valait tout simplement s'enfermer dans le vœu éternel de silence, de pauvreté et d'humilité. Vous pensez bien que l'ambitieuse ne s'arrêta pas longtemps sur cette idée; au contraire, elle revint, plus violente que jamais, à sa volonté première : dresser à elle seule, et comme elle
l'entendrait, les Constitutions de son ordre, les disposer de façon à ce que rien, désormais, ne lui fît obstacle ni au dedans ni au dehors; se poser franchement, absolument, comme la tin suprême, le but unique de cette association des bonnes œuvres et de l'éducation publique, afin de tenir sous son joug les vieillards par l'espoir, les enfants par l'ignorance; vivre en reine de Toulouse, un peu au delà du monde, et cependant tenir au monde par la popularité et par l'empressement des multitudes ; être louée et bénie, aimée et respectée tout ensemble ; se servir de son génie à soumettre les âmes rebelles, de sa fortune à enrichir les misères obéissantes; régner par l'action, par la parole, par le bienfait, et si bien cacher l'art, le dessein, les hasards, les bizarreries de ce terrible jeu d'échecs, que les diverses opinions et les différents partis qui se partagent l'Eglise ne se doutent pas du piège ; telle fut l'œuvre de ce veu-
vage qui tenait la province en suspens.
Elle se mit donc à l'œuvre, et d une main ferme et délibérée elle écrivit avec l'ardeur de saint Bernard lui-même les Constitutions de la Congrégation des Filles de l'Enfance de Notre- Seigneur Jésus-Christ, et elle y mit tant de soins, tant de zèle, tant de précautions infinies, qu'une fois ces Constitutions adoptées il fallut, en effet, une longue et patiente étude, même aux plus habiles docteurs, pour deviner la grande part d'autorité morale que cette habile femme s'était faite à elle-même, dans l'établissement de cette maison religieuse dont elle fermait les portes, tout d'abord, au curé, aux religieux, au confesseur. Ainsi étudiées, et surtout par la comparaison attentive avec les lois qui régissaient les communautés de filles, les Constitutions de l'Enfance sont un chef-d'œuvre de force, de prévoyance, de despotisme, d'habileté.
Bossuet , qui en ce temps-là était avrc
I abbé de Rancé (l'abbé de Saint-Cyran était mort en 1643) le plus parlait directeur des âmes dans la vie monastique , une de ces têtes au-dessus des vues humaines autant que le ciel est au-dessus delà terre, s'est beaucoup occupé, même quand il n'était encore que le jeune doyen de l'église de Metz , de la conduite des âmes et de la vie religieuse. Lisez ses lettres à madame d'Albert de Luynes, religieuse à l'abbaye de Jouarre, à madame Cornuau, en religion aux béguines ; lisez surtout les Lettres à une demoiselle de Metz, et vous comprendrez quelle était la mission de ces grands esprits, inflexibles ennemis du chaos et de la confusion. On voudrait refaire aujourd'hui une Constitution religieuse, on la trouverait toute faite dans les lettres familières de Bossuet ; ce sont à chaque instant, à chaque ligne, des conseils, des exhortations , des prières, des ordres souverains, des indications fermes et nettes
contre les maux extrêmes, les pièges, les méprises, les ignorances; admirable commentaire de cette parole de 1 apôtre : // faut que les forts supportent les faibles, et de cet autre conseil : Soyez sages avec sobriété. Ainsi Bossuet recommande, de toutes ses forces , cette sagesse sobre qui encourage les faibles , cette force éclairée qui les soutient, cette indulgence qui attire l'inférieur au supérieur et dont se compose l'unité des c'œurs chrétiens. A chaque ligne on sent une âme éprise des perfections de l'Évangile, et cependant une âme prudents qui ne veut pas aller trop loin, même dans les sentiers difficiles de la perfection. Telles sont ces lettres de direction auxquelles on ne peut rien comparer, même dans tes Pères; si Fénelon a écrit son livre adorable de l'Éducation des Filles . ttossuet nous a laissé cetle suite merveilleuse d'enseignements sur les doutes . sur les difficultés qui s'élèvent ée temps à autres dans l'administration
des plus saintes maisons ; et toujours après la leçon , après la méditation profonde, revenait Tordre de prier pour l'Église, pour le pape, pour le roi, pour la famille royale, pour les pécheurs, et enfin pour lui-même, l'évêque de Meaux. Que d'onction , après tant d'éloquence terrible ! l'enthousiasme et le feu divin de la bouche d'or se calmaient, à parler la langue modeste du catéchisme. « Aimez j disait-il avec saint Augustin, et faites ce que vous voudrez, parce que si vous aimez' véritablement, vous ne ferez rien qui déplaise à l'époux réleste!» Ce grand homme, qui était l'arbitre des libellés de l'Eglise de France, le chef des évèques, le maître de l'éloquence chrétienne, quand il descendait à ces détails de la confession, do l'oraison , des austérités, des pratiques extérieures, il eût été impossible de rien entendre de plus clair, de plus naïf, de plus à la portée des humbles intelligènfcëèi Celui-là seulement qui veut se
rendre compte , en toute humilité , de ces prodiges du Saint-Esprit, parviendra à comprendre par quelle force surnaturelle l'établissement religieux a résisté , chez nous, même à l'esprit de Voltaire, et comment Voltaire a été moins fort que Bossuet. Voilà donc au milieu de quels trésors madame de Mondonville aurait dû chercher la règle et l'ordre de son institut, si elle eût aspiré à la vérité, à la modestie, à l'abnégation évangéliques; si elle se fût proposé un but moins direct, moins passionné de commandement, d'égoïsme et de doraination ; ou plutôt, dans cette tentative suprême d'un établissement religieux , madame de Mondonville devait-elle rester obstinément, absolument attachée à ce livre qui semble dicté par le stoïcisme chrétien : les Constitutions du monastère du Saint-Sacrement à Port-Royal. Rien qu'à ouvrir ces pages d'où s'exhalent la plus ardente ferveur et le plus cruel re»
noncement, on éprouve comme un vertige d'affliction et de pénitence. La main se refuse à tout reproduire dans ces préceptes qui nous semblent écrits au delà même de la charité. « Les religieuses du Saint-Sacre- « ment auront une révérence particulière « pour les ministres de l'Église. — Elles au- « ront une dévotion particulière à saint « Paul , à saint Augustin , à saint Bernard. « — Les confesseurs se présenteront tous « les huit jours au confessionnal. — Elles « auront soin de vivre de façon qu'elles « puissent communier tous les dimanches « et toutes les fêtes commandées. — Elles « garderont le silence dans tous les lieux « réguliers, au chœur, au dortoir, au cha- « pitre, au réfectoire. » Ainsi parlent les Constitutions du double monastère de Port- Royal, et si nous insistons principalement sur ces commandements généraux , c'est pour mieux indiquer les révoltes de X Enfance contre la règle féconde et prévoyante
MO
qui enseigne, en les faisant aimer, l'humilité, la charité, la pauvreté, les plus austères, les plus cruelles, nous avons presque dit les plus féroces vertus.
Comparées aux Constitutions de Port- Royal, les Constitutions de l'Enfance* se l'ont tout de su! te remarquer par les plus étranges nouveautés ; il n'y a qu'une femme , et une femme jeune, belle, opulente, qui ait pu écrire, dans une charte religieuse, les étranges détails qui vont passer sous vos yeux. Vous y cherchez l'austérité du cloître, vous n'y trouverez que les grâces et l'abondance d'une belle maison où se réuniraient, pour être heureuses, tout à leur aise, quelques belles jeunes femmes a peine revenues des daïrgér's d'un monde trompeur. On dirait, à
^1) Constitutions de in Congrégation des filles de VEn-
1 ,1ml'. contenues dans un mémoire présenté au parlement
de Toulouse par raessire Guillaume de .lulliard, prêtre,
docteur m théologie, prévôl de l'église métropolitaine de
roulouse. A Toulouse, i nez Jean Gûillaumette, 173.">.
lire les Constitutions quelle écrivait de sa belle main libéraie, que la supérieure Je Y Enfance a pris pour sa devise ce rêve de M. d'Andilly : « Sauver une belle âme qui « habite un beau corps ! » Ce ne sont que fêtes, enchantements, délices, heures tranquilles, abri précieux. Si nous étions assez hardis pour entreprendre, ici même, un parallèle entre la mère Angélique Arnauld et la profane abbesse de Toulouse, quelle page on pourrait écrire ! Mais ne tentons pas l'impossible, et d'ailleurs quelques citations nous suffiront.
« L'institution de l'Enfance de JSotre-Sei- «neur est fondée ( écoutez ! et vous allez reconnaître la femme battue par son premier mari, la femme qui a renoncé à son premier amour ) en faveur des filles qui n'ont point de vocation pour le mariage et point de vocation pour la religion , » c'està-dire pour la vie religieuse, pour le cloître. \ quoi bon attrister la vie, à quoi bon ces
U2 entraves et ces fardeaux? nous vivrons de noire sagesse , nous nous contenterons de notre prudence. Entre Marthe et iNiarie, entre l'action et la contemplation , n'hésitons pas, restons du côté de Marthe. «Jésus entra dans un château où une femme nommée Marthe le reçut ; or, cette femme avait une sœur nommée Marie; assise aux pieds du Sauveur, elle prêtait une oreille attentive à toutes ses paroles. Marthe, qui se donnait beaucoup de peine, s'arrêta et dit : « Seigneur, vous vous inquiétez peu de ce que ma sœur me laisse tout le soin du service; dites-lui de m'aider. » Et le Seigneur: « Marthe, vous vous donnez beaucoup de peine, et vous ne savez pas qu'une seule chose est nécessaire : Marie a choisi la meilleure part. »
Ainsi parle Noire-Seigneur. « Une seule chose est nécessaire, » nous dit-il ; la supérieure de X Enfance n'est pas tout à fait du même avis que l'Évangile; elle trouve,
au contraire, que Jésus-Christ lui-même a été trop rigoureux pour cette belle dame de Béthanie qui le recevait dans son château et qui se donnait tant de peines pour le bien recevoir. — « L'esprit de mon institution, » dit-elle, « ne sera pas celui de Marthe ni de Marie séparément, mais tous les deux ensemble. » Qu'est-ce à dire , sinon que, dans cette maison qu'elle prépare à l'exercice de sa toute-puissance, la jeune supérieure abandonne à ses filles le rôle de Marthe l'empressée , et qu'elle garde pour elle-même l'emploi de Marie la dame que l'on sert et qui se laisse servir? A moi l'empire, à mes filles l'obéissance ! Pendant que Marie gouvernera la communauté , Marthe « élèvera les enfants dans la connaissance des obligations de leur baptême; elle leur apprendra à lire et à faire les ouvrages dont elles sont capables : elle rendra service dans les hôpitaux qui pourront manquer de secours; elle assistera les pauvres malades
dans loin s maisons.» Do son coté, Marie, la dame châtelaine, « fournira aux pauvres les bouillons, les remèdes et les autres choses qui leur sont nécessaires; elle suppléera tout cequi manque auxcharités publiques.» Dans les temps de contagion , Marie et Marthe, c'est-à-dire madame de Mondonville et ses filles, « porteront aide et secours aux pestiférés. » Plus que jamais, vous le voyez, nous sommes dans le château hospitalier de Lazare, à quelques lieues de Jérusalem. Entrez, vous qui souffrez et vous qui avez faim : la maison est ouverte ; Marie et Marthe en feront les honneurs. Entrez ! et vous trouverez l'aide, l'appui, l'assistance, la consolation , le conseil , Marthe empressée et Marie d'une bienfaisance inépuisable. Dans notre maison de Béthanie on recevra les femmes mariées et quelque peu lasses du mariage qui veulent faire des retraites, les jeunes filles au desespoir qui ont besoin de méditation et de silence pour corapren-
dre enfin les secrets mouvements «le leurs cœurs; les veuves inconsolables à qui la solitude serait mortelle ! Entrez, et soyez les bienvenues , vous toutes qui apporterez à notre maison le reflet des passions et les bruits du monde extérieur. Vous serez aussi la bienvenue, vous-même , vous la Madeleine, la pécheresse aux blonds cheveux portant dans vos bras l'urne d'albâtre remplie de suaves parfums. Le pharisien s'étonne de l'audace de cette femme. « Je vous déclare, dit Jésus , que beaucoup «le péchés lui seront remis parce qu'elle a beaucoup aimé; celui à qui on en remet moins aime moins1. »
Ainsi, tout d'abord, les filles de l'Enfance échappent à la clôture, au voile, à l'habit religieux, au cilice, à la mort civile, à la pauvreté des prisonnières de Jésus-Christ ! « On ne les reçoit point indistinctement, au con-
(\) Bossuel, Sermon surPintégriléde \apénitencet f. Mil. p. 1 15, édition I-ebel.
traire; on les choisit avec soin parmi les plus intelligentes et les plus jeunes, et de pérférencecellesqui ont les meilleures qualités!» Leur cloître n'est pas un cloître, mais une belle et bonne maison entourée de jardins, parmi les fruits et les fleurs. On entre en ce beau lieu comme dans la maison maternelle; un prêtre cruel ne vousattend pas sur le seuil pour vous dépouiller de vos vêtements superbes et pour faire tomber sous le fer sacré l'ornement précieux de votre chevelure de vingt ans. Au contraire, les Constitutions de l'Enfance recommandent expressément que l'on ait soin de sa chevelure et de sa beauté. Ah ! que nous voilà bien loin déjà du renoncement, de cette pénitence sans fin, de ce désespoir dont la condition est de pleurer toujours, de ce Deprofundisperpétuel sur une tombe remplie avant l'heure, de cette cellule pareille à un sépulcre, de ce lit fait comme un tombeau !
« Chères filles, s'écrie la supérieure de
l'Enfance, d'un son de voix très doux el très engageant, il faudra choisir nos habits comme des femmes sensées qui ne veulent faire peur à personne. Nous nous servirons indifféremment de toutes les étoffes, honnêtes, simples et unies; nous attendrons même , quand ces étoffes seront trop à la mode, qu'elles aient perdu quelque chose de leur première nouveauté. »
Écoutez maintenant la mère Angélique Arnauld :
«Soyez pauvres, dit-elle à ses fdles, il n'y a rien à quoi les sœurs doivent plus travailler qu'à connaître la vraie pauvreté comme un trésor ! »
— « Nos souliers seront sans broderies el nos gants sans rubans, et nos manchons sans garnitures,» ajoute la supérieure de l'Enfance.
— « Des sabots, une tunique de ratine de Beauvais, une robe de serge de Mouy, faite à sac,» s'écrie le farouche Port-Royal.
« Los filles «le l'Knfanee changeront «le
linge tons les jours; elles porteront du linge très blanc, niais liés uni; le linge pourra être fin et u ême brodé, si la condition le permet. »
— « Les linges seront savonnés, quand il en sera besoin, » dit Port-Royal.
— « Les filles de l'Enfance portent les cheveux sans poudre ; pas de rouge, pas de mouches, pas de broderies aux jupons, mais toujoursdes ajustements de bon goût. Car,» ajoute madame la supérieure avec un lac! féminin, c'est-à-dire un tact exquis, « s'il faut éviter les légèretés de la mode, ce n'est pas une raison pour tomber dans les ridicules d'un usage passé. »
Que dit la mère abbesse du Saint-Sacrement au même chapiire? Voici ce qu'elle dit :
« Pas d'habits neufs. Aucun changement à la forme des habits. Chemises de serge ,
ceinture de cuir jaune, avec un anneau de corne pour l'arrêter. »
« Le tour de gorge....» car nous avons aussi le chapitre du tour de gorge; voici ce chapitre à Port-Royal : « l ne toque de chanvre sur la poitrine. »
Enfin , on se permettra , à l'Enfance, le bonnet de. gaze, la coiffe en taffetas, toute la petite parure que la mode peut apporter aux étoffes légères de l'été.
«Coiffe de toile; bonnet de laine en hiver; en futaine pour l'été; bandeau de toile sur le Iront. La robe couverte , le cou et le bras fermés, la manche en sac qui retombe sur les mains, » s'écrie la mère Angélique. Des gants! des mouchoirs! du linge! Qui donc y pense dans le troupeau de l'abbé de Saint- Cyran? Autant de péchés mortels.
La sollicitude maternelle de l'Enfance s'étend à toutes choses , et dans le moindre texte on retrouve le sentiment de l'élégance
et du bien-être : « Les bâtiments seront simples, commodes et bien entendus.
« Les appartements de ces chères lilles seront dignes de leur destination : une chambre tapissée , mais d'une tapisserie commune, tapissée de bergame, par exemple, ce qui est déjà un assez grand luxe; des lits d'étoffe de laine en hiver, de fil en été (la soie est tout à fait défendue aux rideaux : il faut bien savoir se mortifier) , une paillasse, deux matelas, et parfois un lit de plumes , un petit couvre-pied de soie à la tête du lit, mais pas d'ornements aux ruelles. En un mot, l'intérieur et le dehors seront également disposés, sans luxe, pour l'agrément et les commodités de la vie, d'un aspect sévère mais riant. »
« Une cellule et un lit de cendres; vigiles et matines !» dit Port-Royal. Et, s'il le faut, «foule ton père à tes pieds, pour arriver plus vite à ta croix : Per calcatum patrem perage, et ad vexillum crucis advola. »
Après la pauvreté, le travail; or voici le travail de l'Enfance :
« On se lève à cinq heures en été, à six heures en hiver ; on travaille trois heures ; on dîne à onze heures ; après le dîner : recréation, lecture, un peu de chapelet, travail à l'aiguille, broderies, festons, et avant le souper une petite récréation, prière, et coucher à neuf heures. »
Port-Royal ordonne ce qui suit :
« Les sœurs feront la chandelle, les vitres, lanternes, chandeliers et autres ouvrages de fer-blanc dont la maison aura besoin; jamais ni broderies, ni fleurs artificielles et autres choses semblables. »
Au chapitre des gâteries, la supérieure de l'Enfance est inépuisable :
«Je veux, pour mes filles, une table abondante et choisie, mais sans superfluité et sans luxe: le laitage, les œufs, les fruits, les conserves, le mouton , le veau , le bœuf, les pigeons, les poulets, les légumes; rare-
nient les perdrix et la venaison, à moins que le médecin ne l'exige ; alors nous aurons un peu de gibier. — L'eau fraîche et un peu de vin généreux pour en corriger la saveur. »
« Abstinence et jeûne! Jeûne éternel à Port-Royal! Trois onces de pain à la collation. Vaisselle de terre, écuelles de bois, cruche de grès. Stricte clôture, selon les termes du concile de Trente. »
Toute l'ordonnance de Port-Royal est empreinte de ces paroles du saint pape Célestin : Nobis dominentur regulis . et non do/niftemur regulis; elle est écrite , dans tous ses aspects, de ce même ton impérieux, lugubre , absolu, terrible, en vue de ce magnificat silencieux , féroce , sordide, dont se glorifiaient les premiers chrétiens. A Port-Royal on ne sait pas ce que c'est que de jeter dans l'eau tiède un peu de menthe ou de romarin, même pour laver les mains du prêtre à l'autel. A TLn-
1 53 lance de Toulouse , au contraire , ces innocentes élégances sont commandées. « La jeunesse a le droit de se parer, » disait la Dévotion aisée. « Quoi de mieux , en effet , « la parure et la jeunesse? La nature même « nous donne l'exemple de ces ornements « innocents. Elle a paré d'un clair rayon la « douce matinée qui est la jeunesse de cha- « que jour; elle pare de ses fleurs les plus « charmantes le frais printemps qui est la « jeunesse de l'année ; elle entoure de ver- « dure naissante les ruiss <nux jaseurs qui « sont la vie et la jeunesse des rivières et « des fleuves emportés par l'Océan. »
Mais voici bien une autre différence et très inattendue dans les Constitutions de l'une et de l'autre maison. Pendant qu'à Port-Koyal il n'y a que des sœurs, vivant sur une loi d'égalité parfaite, dans une espèce de république chrétienne (si j'ose parler ainsi), où la mère abbesse ellemême n'est que la première servante de ses
sœurs, la supérieure de l'Enfance, fidèle aux vanités du monde, établit trois ordres parmi ses filles :«lesdemoisellesdenoblesse, les demoiselles d'une inférieure condition, les filles de service ou servantes du gros emploi. «Quoi donc ! des maîtresses et des servantes dans une maison religieuse ! des filles nobles et des filles de service ! En un mot, nous restons dans la société commune, dans toutes les bienséances de la régularité, affranchie des vœux solennels, loin et bien loin de saint Bernard, d'Angélique Arnauld , de l'abbé de Rancé et de mademoiselle de La Vallière, fille de service aux Carmélites! Bossuet appelle ces précautions et ces différences : « la pru- « dence de la chair. » Tertullien se plaint aussi de ces faiseurs de constitutions qui se donnent tant de peines dans leurs égarements : Multum errando laboravit. Malheur à celles qui enfantent de pareils enfantements! Vœ pregnantibus ! mais il
(allait à madame la supérieure une hiérarchie de pouvoirs dont elle fût la souveraine, afin que l'on pût dire quand elle irait par la ville : C'est elle! — la voici ! — regardez- la! — lavez-vous vue? Videsne hanc mulierem ?
Vient ensuite, qui le croirait ? le chapitre de la livrée, comme cela se disait dans les bonnes maisons de Paris. Madame de Mondonville, en effet, aura sa livrée; les valets et les laquais peuvent rester garçons; les cochers seront mariés, les uns et les autres seront chassés pour la moindre faute; la maison aura ses carrosses, ses chevaux et ses chaises y « toutes simples, tout unies; de « couleurs non éclatantes; sans parements, « broderie , houppes, armoiries ou pein- « tures; les harnais et les boucles sans fa- « çon, qui aient moins de mode que de « beauté ! » Ainsi rien ne manque à cette charte heureuse ; notre charte raffine sur la propreté et sur la mollesse ; on s'y occupe
de toutes les petites délicatesses du boire, du manger, du repos; on y cultive avec toutes sortes de prévenances les aises et les soins de la personne 5 l'art du boire, du manger et du dormir y est poussé aussi loin qu'il peut aller honnêtement ; on y parle un peu du bon Dieu et beaucoup des habits, des meubles, des équipages. Madame la supérieure, entourée de ces jeunesses confiées à sa garde, les voulait entourer à son tour de toutes les prospérités de ce bas monde. Voilà pourquoi elle arrange, elle meuble, elle dispose son monastère comme elle ferait d'une maison de campagne pour passer sa vie au milieu d'une conversation agréable, entre le bruit de la ville et le silence du cloître. Religieuses moins le jeûne, la mortification et la solitude, elles auront , pour occuper leurs tendresses , l'éducation des enfants, et l'exercice facile de ces bonnes œuvres qui coulent si peu aux nobles cœurs, et qui rapportent, en
attendant la récompensé du ciel, l'estime, l'honneur, la considération, l'obéissance et le respect du monde d'ici-bas. Le projet était beau et mondain ; c'était, au reste, le rêve réalisé des esprits les plus distingués et des imaginations les plus ardentes de ce siècle. La plus grande dame de la famille royale , et la plus proche du trône , la grande Mademoiselle, au plus beau moment de sa l'or lune royale et de ses amours avec M. de Lauzun, à quoi songe -t-elle ? Elle songea se construire un champ d'asile à son usage. S'éloigner de la cour! voyez la fête ! afin de s'abandonner plus librement aux plaisirs de la conversation, qui est le
plus grand plaisir de la vie, sinon le seul;
«être plusieurs qui renoncent à l'ambition : choisir un bel endroit sur les rives de la Loire, ou de la Seine, ou sur les bords de la mer, dans le voisinage d'un grand Lois où l'on arriverait par de grandes routes, et se bâtir, de la façon la plus agréable, une
belle maison en plein midi. » — De vastes jardins, de beaux fruits, sur un bon terroir, assez d'eau pour avoir des fontaines; de la vue, et si la forêt nous gêne, nous y ferons quelque petite éclaircie. — « On « se visiterait à cheval , en calèche , en « chaises roulantes, quelquefois en carrosse. « On lirait beaucoup, donc on aurait beau- « coup de livres. — Il y aurait un jeu de « mail, car il est convenable de songer à « la santé du corps , sans négliger la santé « de l'esprit. On ajuste sa maison, on cultive « son jardin, on écrit parfois à ses amis de a la cour; les uns dessinent, les autres font • des vers; ceux-là chantent qui ont la voix « belle; les habiles jouent du luth, du cla- « vecin et des autres plus agréables instru- « ments. Quant aux violons, on les laissera <$. aux domestiques, qui finiront par faire « une bonne bande quand ils seront tous « ensemble. On ira moine au bal, mais pas m très souvent. — (-es belles oisives garde-
« ront les moutons clans les prairies; elles « auront des houlettes et des capelines; on «dînera, sur l'herbe verte, de mets rusti- « ques et convenables aux bergers; bref, « on imitera ce qu'on a lu dans FAstrée , « sans toutefois faire F amour l — Je vou- « drais enfin, ajoute la princesse, que nous « eussions un hôpital où l'on nourrirait de « pauvres enfants, où on leur ferait appren- « dre des métiers, et où l'on recevrait des « malades. L'on se divertirait à voir tra- « vailler les uns, et l'on s'occuperait à ser- « vir les autres. Enfin, je voudrais que rien «ne nous manquât pour mener une vie « parfaitement morale et chrétienne de la- « quelle les plaisirs innocents ne sont pas « bannis. »
Dans cesConstitutions qui sentent quelque peu l'idylle, la royale princesse aborde même la question du mariage : « cette erreur si commune, qu'une vieille coutume a rendue légitime.» Porter des habits sim-
pies et Jb/t propres, aussi éloignés de tevanitè que de la laideur, cela se comprend, mais où est la nécessité de se marier? « Au moins, une l'ois que nous serons veuves, tout sera dit. Nous ferons comme les veuves du village de Randon , en Auvergne , où jamais veuve ne s'est remariée, depuis que la comtesse de Randon leur eut donné l'exemple. Quant à l'air galant, c'est autre chose, on n'y veut pas renoncer. « Sainie Thérèse avait l'air galant. » disait l'évêque dOrma, qui la comparait à la reine Isabelle ! conservons donc soigneusement , cette galanterie générale et sans objet, ce bel air que célébrait le granddom Jean dePalafoxel de Mendoce, évêque d'Orma, ) espiritus de la senora reina catolica ,y de santa Teresa !» Nous entrons ainsi dans l'esprit des Constitutions de l'Enfance. . une reine qui se l'ail bergère, à condition qu'elle redeviendra reineaubesoin;... sainte Thérèsecouservanl son air galant et digne d'une infante! ï>ans
Mil
les Constitutions de Port-Hoyal , on ne lira pas sans respect le chapitre intitulé : L Office de la mère abbesse; c'est un chef-d'œuvre d'indulgence, de bonté, de charité, de bienveillance. En ce moment disparaissent toutes les austérités de cette règle sans pitié, et l'on n'en voit plus que les tendresses. L 'office de l abbesse , c'est d'être la plus tendre des mères ; sa bénédiction est inépuisable comme son indulgence; elle est la charité même , elle est la prudence , elle est la pitié! Elle répond sur son âme de toutes les âmes confiées à sa garde; elle esi en plein sacerdoce , c'est-à-dire en pleine terreur sur elle-même, et rien n'égale son dévouement, sinon sa profonde et complète abnégation. Au contraire, aussitôt qu'il s'agit de ses privilèges, la supérieure de X Enfance , jusque-là si prodigue on eâlineries et en aménités de tout genre, s'entoure de précautions incroyables. Il s'agit de son omnipotence, il s'agit de son